Témoignage : « J’ai été victime de harcèlement à l’école »

Témoignage : « J’ai été victime de harcèlement à l’école »

Marie, jeune maman âgée de 36 ans a été harcelée du CE1 jusqu’à la seconde parcequ’elle est rousse. À l’époque, ses professeurs et ses parents ont minimisé sa souffrance en lui conseillant de s’endurcir. Ce n’est qu’en redoublant et surtout en se faisant des teintures qu’elle a réussi à s’en sortir. Il n’y a que depuis peu de temps qu’elle a de nouveaux des cheveux roux.

Pour Maman Vogue, Marie, encore écorchée vive, revient sur ses douloureuses années vécues seule et dans la souffrance. Même si elle considère que ce témoignage « n’y changera plus rien, qu’elle a appris à grandir avec et qu’il est trop tard »…

Une « proie facile » à l’école

Quand j’étais au CP mes parents avaient décidé que l’école de mon village ne « suivait » plus… Je suis donc allée en CE1, dans une école privée dans la ville d’à côté, comme mes cousins, roux aussi.

J’avais une innocence totale. J’étais polie, propre sur soi : la petite fille bien élevée ! Ma mère m’obligeait à porter une blouse pour le plus grand plaisir de ma maîtresse de l’époque, une enseignante à l’ancienne, une dure à cuire, une « bonne maîtresse » comme on dit… Disons que là, sortir du lot avec cette blouse c’était déjà compliqué. Je n’étais pas prête à ce qui allait suivre. Pas du tout.

Je pense qu’ils ont tous très vite compris que j’étais une proie facile. un petit agneau tout sage ! Je ne me souviens plus comment ni par quelles phrases ça a commencé mais j’avais une seule amie et j’étais rousse. Il n’en a pas fallu plus.

J’ai eu le malheur d’être « amoureuse » d’un garçon, ils se sont tous un jour mis à me dire que j’étais nulle parce que j’étais rousse. Avec mon innocence totale je ne comprenais même pas pourquoi ils disaient ça.

J’ai pensé que c’était parce que j’avais une blouse ; ma mère m’a forcée à la porter jusqu’en CE2 mais ça n’a rien changé. Ca restait encore supportable, j’avais une maîtresse adorable je crois…

Je courais très vite, j’aurais pu me servir de cette faculté, mais non. J’étais juste « nulle » sans même savoir ni comprendre pourquoi

Ils jouaient au « facteur », je devais rester sur un banc, je les regardais. on ne m’y invitait pas. Ils jouaient au loup, pareil, au loup-bisou n’en parlons pas… J’étais au milieu d’eux, entourée, mais complètement seule.

CE1, CE2, CM1… J’étais avec toujours la même classe, la même bande d’élèves.

En CM1, mon père a voulu aider un garçon de ma classe : ses parents n’avaient pas les moyens de payer la classe de neige et par solidarité (merci papa-maman !) mes parents ont décidé de ne pas m’y envoyer aussi. Sous la pression de la maîtresse il y est allé. Moi pas. Je me suis retrouvée un peu plus à l’écart encore de cette « classe » et pour couronner le tout : du CM1 ils m’ont fait passer 1 semaine d’école chez les CE1 !

CM2, les mêmes.

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Au collège, le harcèlement scolaire s’intensifie

6ème : Je me retrouve avec les mêmes élèves. J’étais encore bonne en classe mais j’ai enfin commencé à comprendre que j’étais juste rousse. Moche. Bête. Stupide. Puante. De trop. Tout ce qu’il ne fallait pas. Et intelligente de surcroît.

5ème : Encore les mêmes. À ce moment, j’ai lâché l’école. J’avais toujours la moyenne quand même. Là j’ai réussi à dire à ma mère ce que je subissais. Mais on m’a dit de m’endurcir, d’arrêter de prêter attention aux autres, de prendre un peu sur moi aussi, d’arrêter de jouer les victimes (dixit les profs…). Et oui : mes cousins étaient bien roux eux, ma soeur aussi, et ils ne se plaignaient pas EUX ! J’avais deux copines mais elles n’ont jamais pris ma défense ouvertement de peur que tout se retourne aussi contre elles… Évidemment je les comprends.

4ème : Encore les mêmes. Mes cousins s’y mettent et se moquent de moi aussi…

3ème : Les mêmes. Une variante : j’étais devenue « roukmout », marquée au fer rouge.

Au lycée, fin du harcèlement grâce à un redoublement et une transformation physique

2nde. J’ai la chance de ma vie : je pars l’été de ma fin de 2nde en camp de sport à l’étranger. Je fais la connaissance d’une fille de mon âge avec un caractère de dingue et sans nos parents avec nous… je me fait une teinture : ROUGE !!!

Je redouble également ma seconde. Je crois que mon inconscient a été intelligent… J’allais enfin être libérée de cette bande de « connards« . Parce que, oui, encore aujourd’hui je le pense vraiment.

2ème seconde. On est sept à redoubler et je me rends compte que les autres nous prennent pour des « fun » parce qu’on est plus « vieux », on met le souk et aussi parce que devinez quoi !? J’ai les cheveux teints ! Et ça, à l’époque c’était vraiment « fun » ! J’avais les cheveux rouge et j’étais « fun » alors que rousse j’étais « une sous-merde«  ? Mes neurones se sont connectés et ont réagi tout seul : c’était quoi ces idiots qui pour une couleur sur la tête changeaient d’avis sur moi ?

J’ai grandi, j’ai trouvé un amoureux, je n’ai quasiment plus jamais été rousse « naturelle »… J’ai fait toutes les couleurs je crois ! Rouge, auburn, aubergine, blonde, brune, noir… tout !

J’ai grandi mais j’étais quand même marquée au fer rouge, blessée pour toujours, avec zéro confiance en soi.

Je l’ai ressenti beaucoup plus tard, quand j’ai réalisé que mon copain qui était devenu mon mari, était surtout un beau et magnifique pervers narcissique à me rabaisser au besoin. Je ne risquais pas de me rebeller en fait j’ai appris à grandir comme ça, cassée, à baisser la tête… Voilà le résultat de tout ça : j’ai grandi en m’entendant dire que j’étais « nulle » comme ça… pour rien… plus de 9 ans.

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Des séquelles encore adulte

En 2004 je suis devenue brune complètement et j’ai eu ma fille. J’ai toujours juré que si un de mes enfants étaient roux, et que même si a 8/9 ans elle se plaignait, je l’autoriserais à se teindre les cheveux si besoin !

J’en ai parlé à ma mère vraiment en tant qu’adulte, elle m’a avoué ne s’être jamais rendu compte à quel point j’avais souffert, ni à quel point les profs n’en avaient rien à faire de ma condition. Pourtant ils savaient. Ils savaient tous mais ne disaient rien.

Une fois, notre prof d’italien nous a demandé quels étaient nos surnoms par nos parents : j’ai dit « roukmout ». elle s’est indigné. Je lui ai répondu que la classe entière m’appelait comme ça depuis que j’avais 6 ans. elle a fermé la bouche et on a continué. J’ai pleuré.

J’ai divorcé. J’ai grandit. J’ai eu 2 autres enfants.

Je suis rousse au naturel seulement depuis 3 ans je crois… Les gens qui ne le savaient pas ont toujours cette réaction bizarre : « ah mais t’es rousse ? » genre « ah t’es sûre ? » : c’est complètement dingue ! Ils ont des idées sur notre peau, notre soit-disant réaction au soleil, se demandent de quelle couleur peuvent bien être nos poils…

Je me souviens une fois chez la coiffeuse, avoir entendu une adolescente rousse dire à sa mère qu’elle ne voulait plus de ses reflets cuivrés. Sa mère ne comprenait vraiment pas et j’ai essayé de lui expliquer mais je crois que c’est comme être « noir » ça ne s’explique pas et c’est vraiment dur. Vraiment. Je pourrais encore pleurer aujourd’hui en y repensant. Je pourrais les gifler aussi car tous ces petits « cons » savaient aussi parfaitement quelle personne cibler, ils n’insultaient pas n’importe quel « roux », ils cherchaient les plus faibles. Mes cousins n’ont effectivement jamais été insultés ! Ma sœur un peu : elle c’était « frameto » (produit anti-rouille) mais elle était sûrement plus forte… Les blagues peuvent être drôles mais je ne comprends pas tous ces adultes qui voyaient bien le mal et la destruction que ces abrutis cherchaient à provoquer. C’était eux les incompétents.

On dit « Ce qui ne tue pas nous rend plus fort » , après avoir été complètement mis à terre, je ne sais pas. Pour moi c’est se relever la réussite surtout.

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Perrine de Robien

Rédactrice web, maman de 4 enfants et épouse d'un mari kaki !

Après avoir été professeur des écoles, elle a repris des études de journalisme pour pouvoir faire ce qu'elle aime par dessus tout : écrire et si possible vous faire sourire.

Ses sujets de prédilection ? L'éducation et l'organisation.

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