Espérance Banlieues : le témoignage d’une maîtresse

Espérance Banlieues : le témoignage d’une maîtresse

Il y a quelques temps, Maman Vogue vous parlait d’Espérance Banlieues (relire notre article ici) : en quoi c’est un super projet éducatif, sa spécificité, ses valeurs, etc. Aujourd’hui, nous avons souhaité faire un bilan, aux deux-tiers d’une année scolaire, à travers le témoignage d’une maîtresse. Astrid enseigne en CP, au sein du Cours Charlemagne, une école située à Argenteuil (Val d’Oise) qui a ouvert en septembre 2017. Sa classe compte 10 élèves avec un niveau hétérogène.

Par quels moyens adaptez-vous votre enseignement à chaque enfant, selon son rythme, son niveau, ses lacunes ?

J’ai un élève qui sait déjà lire alors il ne suit pas les cours d’apprentissage de la lecture avec moi et rejoint les élèves de CE1 au moment des cours de français. En dehors de cela, grâce aux petits effectifs, j’essaye de passer plus de temps avec les élèves ayant le plus de difficultés pendant que les autres travaillent en autonomie, dès que cela est nécessaire (notamment en écriture et en mathématiques).

Nous avons par ailleurs chaque soir un temps d’étude, pendant lequel les élèves font leurs devoirs. Lors de ce temps, un jeune en service civique vient de temps en temps dans la classe pour faire lire un ou deux élèves, lorsqu’ils ont besoin de plus d’entraînement.

Enfin, lorsque je remarque qu’un élève a plus de mal à assimiler une nouvelle notion (un nouveau son, par exemple), j’essaye de trouver des astuces pour l’aider : je lui pose par exemple une image sur sa table pour l’aider à mémoriser la notion en question. Je la retire lorsqu’il n’en a plus besoin. Nos nombreux échanges avec l’équipe pédagogique nous aident à trouver des idées pour mettre en place des aides personnalisées pour les élèves les plus en difficultés.

Avez-vous constaté des progrès sur les apprentissages ? Si oui lesquels et au bout de combien de temps ?

Oui, d’énormes progrès !

J’ai par exemple une élève qui est arrivée à la Toussaint, avec de grosses difficultés d’écriture et de graphisme, et un gros retard par rapport aux autres élèves de la classe : elle ne parvenait à écrire que quelques majuscules, très lentement, sans réussir à rester sur une ligne, ni à reproduire correctement les lettres. J’ai passé beaucoup de temps avec elle (tandis que les autres élèves travaillaient en autonomie), et l’ai beaucoup encouragée. De petits conseils en petits conseils, elle a pris conscience de ses progrès, et a repris confiance en elle. Aujourd’hui, elle arrive à reproduire avec aisance chaque nouvelle lettre, à écrire sur les lignes, en respectant la taille des lettres. Ses parents eux-mêmes étaient impressionnés par les progrès réalisés !

Autre exemple : un de mes élèves a redoublé son CP. Il ne savait pas lire à la rentrée, et lors des premières séances de lecture ne déchiffrait pas les syllabes, puis les mots, que je lui montrais : il essayait de les deviner (ce qui ne marchait jamais !). Je lui ai réexliqué petit à petit la méthode consistant à dire le son de chaque lettre pour déchiffrer (c’est la méthode syllabique). Il s’est vu réussir à lire ! Il a alors repris confiance et arrive maintenant à très bien lire ! Sa mère est très heureuse de ses progrès, et de le voir heureux d’aller à l’école, ce qui – nous a-t-elle dit – n’était pas le cas l’année dernière : il y allait avec une boule au ventre.

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Avez-vous constaté des progrès sur le comportement des élèves ?

Oui, notamment chez deux de mes élèves, qui étaient particulièrement agressifs à leur arrivée dans l’école. Un travail avec toute l’équipe pédagogique nous a permis de les aider à entrer en relation plus calmement avec les autres élèves, et à davantage obéir aux règles. Le travail n’est pas terminé, mais avance ! Nous travaillons également énormément en lien avec les parents sur ce sujet.

Nous utilisons par ailleurs dans nos classes un tableau de comportement. Ce tableau est composé de 6 couleurs : bleu, vert, blanc, jaune, orange et rouge. Des étiquettes portant le nom de chaque élève y sont accrochées. Chaque matin, les élèves démarrent la journée en blanc : l’ensemble des étiquettes est positionné sur la couleur blanche du tableau. Au cours de la journée, des points sont régulièrement réalisés : lorsqu’un élève a bien respecté les règles de vie de la classe et de l’école, il monte dans le tableau vers la couleur bleue ; au contraire si son comportement a nui à l’ambiance de travail, il descend vers la couleur rouge. A la fin de la journée, nous regardons la couleur correspondant à chaque élève : les élèves qui terminent en haut du tableau sont félicités, ceux qui terminent en bas sont sanctionnés. L’objectif du tableau est de permettre aux élèves de visualiser leur attitude vis-à-vis des règles de vie de la classe et de l’école : les respectent-ils correctement ou non ? Il permet également aux élèves de prendre conscience de ce dont nous avons besoin pour créer une ambiance favorable au travail, et les aide ainsi à y contribuer. Ce tableau motive énormément les élèves !

 Avez-vous eu besoin de laisser tomber les matières secondaires pour insister sur les Maths et le Français ?

J’insiste bien entendu sur l’apprentissage du français et des mathématiques, qui a lieu chaque jour. Nous n’avons pas, pour autant, laissé tomber les matières « secondaires » : les élèves font du sport, ont des cours d’éveil à l’art, des séances de découverte du monde. Toutes les matières que l’éducation nationale demande à enseigner le sont, à l’exception des langues vivantes. Nous avons en effet fait le choix de nous concentrer sur le français, qui n’est pas toujours bien maîtrisé par les enfants, car il n’est pas toujours leur langue maternelle.

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Quelle est la place du jeu, de la manipulation et du concret ?

Le jeu a une grande place dans les apprentissages, surtout en CP : il motive énormément les enfants !

Je fais également beaucoup manipuler les élèves : en dictée, les élèves manipulent des lettres découpées pour former des mots ; en mathématiques, ils manipulent énormément (cubes, jetons, cartes, objets de la vie quotidienne …) pour rendre concrètes les différentes notions abordées (c’est une des spécificités de la méthode que nous utilisons dans l’école : la méthode de Singapour) ; en découverte du monde, ils observent et analysent le monde qui les entoure.

Espérance Banlieues à Argenteuil : comment ça se passe avec les familles et avec les écoles des environs ?

Très bien ! Nous avons de nombreux échanges avec les familles, le matin et le soir à l’entrée de l’école. A chaque fois qu’il y a un point difficile – par exemple des difficultés avec le comportement d’un élève – nous prenons le temps d’en discuter avec les parents, autour d’une table pour nous écouter et décider ensemble des solutions à mettre en place, à l’école et à la maison. Nous travaillons avec les parents pour aider les élèves à progresser, que ce soit au niveau du comportement ou des apprentissages plus scolaires. Ce travail a déjà porté de beaux fruits !

Concernant les écoles des environs, nous n’avons pas de relations pour le moment. Nous entrons cependant en contact avec différents partenaires éducatifs existant au sein de la ville d’Argenteuil – tels que la médiathèque ou les personnes responsables de faire découvrir le patrimoine de cette ville – pour mettre en place des ateliers avec les enfants. Notre vendredi après-midi est dédié à ce type d’activités.

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Quel bilan à 3 mois de la fin de l’année scolaire ?

– De très beaux progrès réalisés par les élèves en lecture, écriture, mathématiques. Je suis très contente des méthodes que nous avons choisies d’utiliser pour ces matières fondamentales. En lecture, nous avons opté pour la méthode « Fa-ci-le de li-re » de Françoise Ansart de Lessan, inspirée de la méthode Fransya, du docteur Wettstein Badour. Cette dernière est très complète : à chaque nouvelle leçon, les élèves apprennent un nouveau son ; ils travaillent son écoute, son écriture et sa lecture ; puis, ils réalisent des exercices de copie et de dictée en lien avec ce son. En mathématiques, nous avons choisi la méthode de Singapour. Les élèves ont beaucoup de goût pour ces deux matières fondamentales, et ont déjà acquis des bases très solides. C’est très prometteur et encourageant !

Des progrès sur le plan du comportement pour de nombreux élèves qui avaient du mal à entrer en contact avec les autres sans agressivité, à leur arrivée à l’école.

Un dialogue fort et un travail d’équipe avec les parents qui porte ses fruits, et qu’il faut continuer !

– Une belle première année pour le Cours Charlemagne qui doit maintenant se préparer à accueillir de nouveaux élèves et à ouvrir de nouvelles classes à la prochaine rentrée ! Pour cela, nous aimerions impliquer des personnes bénévoles au sein de l’école. Ce, afin, notamment, d’être capable d’organiser des cours de remise à niveau en lecture, pour les élèves qui en auraient besoin au début de l’année. Cette année nous avons en effet réalisé cette remise à niveau pour plusieurs élèves de CE1 et de CE2 qui ne maîtrisaient pas la lecture en arrivant, ce qui les bloquait dans leurs apprentissages et dans leur travail en classe (lecture des consignes impossible, …) : après deux mois de travail régulier avec notre méthode d’apprentissage de la lecture et nous, ils ont été remis à niveau, ont repris confiance, et ont alors pu faire d’énormes progrès !

Envie d’ajouter quelque chose ?

Grande joie d’être au cœur d’enjeux essentiels pour les enfants et de pouvoir participer à leur donner quelques clés et des bases solides pour la suite de leur vie !
La diversité des origines des enfants est une richesse précieuse pour l’école, et l’occasion de s’ouvrir les uns les autres à des cultures que nous ne connaissons pas . L’apprentissage de l’ouverture à l’autre et à la diversité, très concret et très précieux !

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© photo Espérance Banlieues, cours Alexandre Dumas

Perrine de Robien

Rédactrice web, maman de 4 enfants et épouse d'un mari kaki !

Après avoir été professeur des écoles, elle a repris des études de journalisme pour pouvoir faire ce qu'elle aime par dessus tout : écrire et si possible vous faire sourire.

Ses sujets de prédilection ? L'éducation et l'organisation.