Témoignage : « j’ai été séparée de mon bébé à la naissance pour raison médicale »

Témoignage : « j’ai été séparée de mon bébé à la naissance pour raison médicale »

« Aujourd’hui j’ai décidé de parler de ma deuxième grossesse. Je ne sais a priori pas faire des grossesses de 9 mois. J’ai accouché à la 35ème semaine pour mon deuxième enfant et à la 36ème semaine pour ma fille ainée. Prématurés ou pas ? La question se pose puisque les médecins n’étaient pas forcément raccords au niveau de la réponse.

Mon deuxième accouchement a été rapide et plutôt violent physiquement et moralement. Une violence que j’ai ressenti au niveau des douleur physiques certes, mais surtout à travers les forceps et l’épisiotomie que j’ai vécu. Si j’ai décidé de partager mon expérience aujourd’hui, c’est en partie parce que j’ai beaucoup de mal à digérer cette deuxième naissance. Peut être parce que je l’avais idéalisée, peut être parce que je souhaitais quelque chose de différent de la première. Peut être parce que j’ai été arrêtée assez tôt et que de ce fait je pensais que cela m’éviterait d’accoucher avant le terme. Il n’en est rien. J’aurais dû accoucher en août, mais le travail a commencé le 19 juillet.

En arrivant à la maternité, on a essayé de stopper le travail mais quand la nature en a décidé autrement…  J’ai donné la vie ce jour là. Au moment où on a posé ma fille contre moi, elle s’est mise à tousser, de plus en plus. Elle a été emmenée par les sages femmes. Je n’ai pas su ce qu’il se passait immédiatement. Une heure et demi plus tard, le pédiatre est venu me voir dans la salle d’accouchement pour me dire qu’elle n’ allait pas bien, que c était vraisemblablement un problème de maturité des poumons.

 

On m’a enfin emmené la voir en neonat, ils lui faisaient des radios, diagnostic confirmé, les poumons ne sont pas matures absence de surfactant, les alvéoles ne s’ouvrent pas. Le médecin m’explique qu’ils vont réfléchir à un transfert dans une maternité niveau 3. On me ramène dans ma chambre. Le téléphone sonne, on me dit de venir dire au revoir à ma fille, le samu vient la chercher.

Je la vois partir, je ne l’ai pas eu dans mes bras, je n’ai pas de photo d’elle sans tuyaux. Mon mari est parti chercher notre fille aînée, je lui donne des nouvelles à distance. Mais il a déjà compris, car en partant il a croisé le samu avec une couveuse. Je me retrouve seule dans ma chambre sans bébé et en face de la nurserie. Le personnel médical rentre dans la chambre pour me dire qu’on ne m’a pas donné les couches pour le bébé, puis ils cherchent le berceau du regard.

Le pédiatre repasse et me voit pleurer. Puis me dit « je me demandais quand vous alliez craquer », je me suis sentie tellement seule à pleurer les hormones et ces instants avec mon bébé que je n’avais pas eu. Je me suis sentie aussi coupable. Coupable de pas avoir réussi à la garder dans mon ventre cinq semaines des plus. De réitérer ce mois de gestation manquant. 

Nous sommes jeudi et en théorie je dois sortir le lundi. On me dit que pour aller voir mon bébé il me faut une permission de la sage femme pour le rejoindre en ambulance à partir du lendemain. Mon bébé est seul dans un autre hôpital et je ne sais pas comment elle va. On lit partout que les premiers instants sont importants et nous les avons pas.

Cette nuit a été horrible. Quand j’ai le service de neonat au téléphone le lendemain matin, on me dit qu’elle a passé une nuit difficile, mais on ne peut pas encore me dire vraiment si elle souffre. Elle est sous appareil respiratoire. Dans la matinée, la sage femme passe me voir. Cette bonne fée plaide ma cause auprès du gyneco pour me faire sortir à midi. C’est validé. Mais, procédure obligatoire, on me fait rencontrer une psy pour s’assurer que l’on gère la prématurité et la séparation. Elle me déculpabilise et me dit que c’est normal, qu’il faudra du temps pour digérer tout ça.  J’ai été voir mon bébé dès la sortie. Ma puce est si petite, si fragile, elle a le souffle très saccadé. Des tuyaux sur le visage. Une sonde gastrique un catheter dans le nombril. Je ne peux pas la prendre. Je peux juste la caresser. On nous dit que si ça ne va pas mieux lundi ils devront l’intuber. Il faut trouver maintenant le juste milieu entre nos deux enfants, ne délaisser aucune des deux.

Expliquer que maman n’a plus de gros ventre car bébé est né mais qu’elle n’a le droit de prendre bébé à la maison. Trouver les bonnes réponses. Ne pas transmettre son stress, sa peur, car a deux ans et demi les enfants sont des éponges sentimentales. Durant le week-end, vient s’ajouter la jaunisse, c’est courant mais ça cumule et c’est dur pour nous.

 

Je suis maman avec un bébé fantôme . J’ai accouché, je suis à la maison, mais je ne peux pas m’occuper de mon bébé, je n’ai pas de biberon à donner ou de couches à changer, je suis avec mes questions, mes inquiétudes, je pleure pour tout et rien. Le seul moyen d’évacuer.

Pendant le week-end un sursaut de progrès. Même si l’appareil respiratoire a changé et est toujours présent mais nous avons évité l’intubation. Mon bébé est sorti de l’hôpital aujourd’hui, mais les inquiétudes sont toujours là. Elle respire, elle respire pas ?

10 jours après sa sortie, elle est encore sous surveillance mais hors hôpital. Elle se fatigue assez vite sur les biberons mais on prend notre temps.  J’essaye de me dire que tout ça est derrière maintenant mais le traumatisme est toujours présent.

Je pense beaucoup à toutes ces mamans en neonat, comme moi, qui font acte de présence mais qui subissent la prématurité. On attend, on est dépendantes du personnel médical qui veillent sur nos enfants et les maternent. Elles prodiguent des soins que nous ne sommes pas aptes à donner.

Je ne suis pas la plus à plaindre, je le sais car mon bébé est sorti assez vite de neonat et se remet plutôt bien. Mais j’ai vécu l’angoisse de cette séparation moi aussi. Cette première rencontre qui doit être magique a vite basculé en inquiétude. Aujourd’hui je me sens encore un peu coupable. J’essaye de faire le deuil de cet instant que j’ai rêvé magique. Je vais tout faire pour avoir de beaux instants magiques autres maintenant avec mes deux filles. »

Camille

© photo MAMAN VOGUE

Gianina Plesca

Journaliste et maman d'une petite fille. Gianina a beaucoup travaillé dans la presse féminine, c'est un secteur qui la passionne, forcément il y a tant à dire ! Elle est sportive aussi, enfin elle essaye !

Elle adore échanger avec d'autres mamans, découvrir les univers de chacune et partager toutes ces expériences enrichissantes et bienveillantes sur Maman Vogue.

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