Témoignage sur le burn-out : « La montagne me semblait trop haute à gravir »

Témoignage sur le burn-out : « La montagne me semblait trop haute à gravir »

Je m’appelle Blandine et j’ai 3 enfants. A la naissance de mon deuxième, mon ainé avait 15 mois. Nous étions très contents d’avoir des enfants rapprochés, ayant pu expérimenter la complicité qui va avec quand nous étions enfants.
La réalité nous a vite rattrapé, surtout moi.

Notre deuxième était un bébé qui ne dormait pas beaucoup, et l’ainé non plus à partir de la naissance de son frère. En journée mon deuxième dormait, mais l’ainé ne faisait plus la sieste. Et la nuit c’était mon bébé qui ne dormait pratiquement pas pendant que le grand récupérait de sa journée. J’avais calculé que pendant un mois et demi je dormais environ 3-4h par 24h…
Mon mari travaillait la journée et rentrait une fois les enfants couchés, et nous venions de déménager dans une ville où nous ne connaissions personne.

Fatigue, responsabilités, organisation, solitude…

Petit à petit, j’ai vraiment senti que je coulais totalement. La fatigue me rendait folle. Je me souviens que je pleurais la journée en attendant que mon mari rentre… J’appréhendais de rester seule avec mes deux petits enfants qui me demandaient tellement d’énergie. L’organisation quotidienne me semblait compliquée, je ne voyais pas comment gérer ces deux petits avec des rythmes complètement désynchronisés.
Je voulais mettre mon ainé à la halte-garderie de notre ville mais tout me semblait compliqué. Je ne voyais pas où j’allais trouver l’énergie de réveiller mon bébé (qui dormait bien le matin) pour emmener tout le monde à la halte-garderie et faire l’adaptation qui se faisait sur de minuscules créneaux pendant 3 semaines. Les quelques journées où j’avais un peu d’énergie, j’en profitais pour rattraper tout le retard accumulé: aller à la poste, la pharmacie, chez le médecin etc, ce qui m’obligeait à mettre les enfants dans la voiture et les descendre  à chaque halte. J’en ressortais encore plus fatiguée et je ne voyais vraiment pas comment ça pouvait s’arranger. La montagne me semblait vraiment trop haute à gravir.

J’en ai parlé un peu à mon mari qui ne prenait vraiment pas conscience de l’ampleur du truc. Pour lui c’était de la fatigue et ça allait passer quand notre deuxième dormirait mieux.

Notre deuxième a fait ses nuits à 1 mois et demi, et pourtant je garde le souvenir d’être restée dans le brouillard pendant pas loin de 6 mois. Je ne sortais pratiquement pas car nous connaissions peu de monde, et que chaque déplacement me semblait trop compliqué, allait se payer trop cher après. Quand j’allais quelque part souvent mon bébé pleurait beaucoup et mon grand jouait tranquillement, et en rentrant c’est l’ainé qui me faisait des crises terribles à hurler et se jeter par terre. C’était trop de fatigue physique et morale, et clairement ça n’en valait pas la peine.

Trouver de l’aide auprès des communautés de mamans

Un jour j’ai exprimé tout ça sur un groupe Facebook et j’ai eu énormément de conseils, plein de bienveillance et de tendresse. J’ai eu l’impression que toutes ces mamans étaient avec moi, prêtes à m’épauler et à me guider pour que je remonte cette pente que j’avais tellement descendue.

Le fait d’en discuter et de mettre des mots dessus m’a aidé à prendre conscience que je n’étais pas seule. Avoir envie de planter tout le monde sur place pour partir seule très loin ne faisait pas de moi une mauvaise mère. Et j’ai eu des pistes, des conseils.

Ça m’a donné l’élan nécessaire pour repartir. L’après-midi même, j’ai appelé l’ADMR pour avoir une aide avec un financement de la caf. J’ai eu une aide ménagère pendant plusieurs mois qui rangeait et nettoyait la maison (et ça fait du bien au moral!) et une travailleuse familiale (TISF) qui allait promener les enfants pendant que je faisais la sieste, que j’allais SEULE faire 3 courses ou faire l’adaptation de mon ainé à la crèche. J’ai pu faire des choses pour moi!

Sortir du burn-out petit à petit…

Petit à petit j’ai remonté la pente et j’ai fini par ne plus avoir besoin de toute cette aide. Un jour j’en ai eu marre d’avoir du monde chez moi et ça a été  pour moi le signe que j’étais vraiment prête à assumer à nouveau seule (avec en partie mon mari) la charge de la maison.

Le printemps et l’été sont revenus et avec le temps qui s’améliorait, j’ai vraiment senti le soleil et le beau temps revenir dans ma tête et faire partir toute la grisaille et les larmes.

Ça fait maintenant quelques années puisque mon deuxième est à l’école mais je garde de cette période un souvenir gris et triste, comme un jour de novembre quand il fait mauvais dehors et qu’il y a très peu de luminosité.

Ça a été une période sombre pour moi, et je pense pour mes enfants aussi. Mon ainé m’a un jour dit que je pleurais quand il étais petit. J’espère qu’il ne se souvient pas que je criais aussi, et que j’avais envie d’être ailleurs, sans eux…

Alice de Champs

Je suis donc Alice, mariée à un militaire et maman de trois petits garçons. Infirmière au foyer pour le moment, je gère ma petite famille au gré des mutations régulières (nous fêterons nos 5 ans de mariage dans une 5éme maison...) et essaye de prendre la vie du bon côté malgré les difficultés qui peuvent survenir. Plutôt sereine dans la vie, je suis une maman décontractée qui ne se pose pas 50 mille questions, mais organisée au quotidien.