Sexualité et couple : Faire l’amour pour être heureux ?

Sexualité et couple : Faire l’amour pour être heureux ?

La sexualité s’expose partout. D’un sujet quasiment insulaire, objet de mystère, empreint de beauté et de secret, nous en avons fait une chose publique. Publique dont tout le monde peut se saisir, se servir et se vanter. Une nouvelle norme écrite collectivement dont on s’empare avec concupiscence. Une nouvelle façon d’être cool ou pas cool. Dit autrement : encore une façon d’être différent. Pourtant, c’est un procès un peu injuste que  nous nous faisons à nous-mêmes car qui pourrait décrire la sexualité de son voisin ? C’est une comparaison abyssale qui ne s’appuie sur aucune réalité car heureusement, nous ne nous glissons pas encore dans les chambres à coucher des autres parents. Et pourtant, le doute est là, il s’immisce insidieusement. Les autres couples, les autres parents ont-ils une vie sexuelle ? Quand ? Comment ? A quelle fréquence ? Où ?

Faire l’amour à tout prix

Dans le domaine public, la sexualité est simplifiée à outrance. Elle est pénétrative, point. Les termes techniques et presque cliniques sont pauvres de la nuance qui traduirait tellement mieux la réalité. Les époux sont réduits à des instincts animaux « Mesdames, si vous tenez à la fidélité de votre mari, il faut être entreprenante ». Et on ne compte plus les multiples recommandations pour « raviver la flamme » qui s’éteint précisément au contact de pratiques qui ne nous correspondent pas. Le désir est roi en tout. Avoir peu de désir est devenu un trouble, à soigner (qu’il soit masculin ou féminin). En bref, pour être heureux en couple, il faut avoir des relations sexuelles.

La sexualité, différente dans tous les couples

Mais, cette injonction supplémentaire se heurte à sa propre essence car chaque sexualité de couple est unique. La somme des couples ne permet pas de codifier les relations intimes entre les corps.

« J’ai accouché il n’y a pas longtemps, j’ai peur d’avoir mal »

« Chez nous, ça dépend. Parfois c’est super, parfois c’est rapide, parfois c’est puissant et parfois c’est nul »

« Nous faisons l’amour tout le temps, nous essayons de nouvelles choses »

« Nous ne ressentons pas l’envie ou le besoin de faire l’amour souvent, ça a toujours été comme ça »

« Je ne fais plus l’amour du tout et ça me va »

« Je voudrais me reconnecter physiquement avec mon mari, sans aller directement à la case pénétration »

« J’ai plus envie que lui/elle »

« Nous voudrions faire l’amour plus souvent mais nous sommes trop déconnectés l’un de l’autre pour le moment »

« Nous ne le faisons que 4/5 fois par an mais c’est toujours génial ».

La pression qui est mise sur la sexualité épanouie, libérée et intense contient en elle-même sa propre contradiction. Comment pousser de l’extérieur à faire quelque chose qui doit venir d’un élan intérieur ? Comment créer une norme pour quelque chose qui se créé dans la relation entre deux êtres uniques ? Pourquoi ajouter une tierce personne à une danse qui se vit à deux et en privé ? Cessons d’introduire un juge dans les chambres à coucher !

Vivez la sexualité qui vous correspond

La sexualité est libre, certes. Libre de s’affranchir des injonctions. Libre d’être évolutive. Elle s’écrit dans l’histoire du couple, de sa relation, de leur tendresse, du rapport de chacun à son propre corps et au corps de l’autre, de leur vie quotidienne aussi. Libre d’être un secret. Libre d’être différente ou inexistante. Certaines femmes se sentent souvent mal à l’aise quand la conversation vient sur ce terrain et confient à demi-mot qu’elles font l’amour moins d’une fois par semaine ou d’une fois par mois. Certains ont honte de ne pas essayer tel truc ou tel autre. Libre d’être le fruit d’un désir individuel et non commun à tous. Il y a autant de sexualités que de couples et c’est là toute la beauté de la chose ! Le sexe ne se conjugue pas en « Il faut que » mais en « J’ai envie de ».

 

Crédit photo : @thealternativedaily.com

Paola Marceau

Working mum de 3 et expatriée, Paola aime particulièrement interroger le sens de la maternité, son impact sur les femmes que nous sommes et que nous deviendrons et remettre en question les étiquettes et les injonctions. D'après elle, maternité rime avec sororité et elle est ravie de partager avec vous son parcours, ses coups de cœur ou de gueule et ses astuces.

Ses sujets préférés: comment faire rentrer un rond dans un carré, plus communément appelé l'organisation familiale, la mise en musique de toutes nos ambitions dans la vie et les multiples nuances de féminin.