Se séparer : La rupture est-elle devenue à la mode?

Se séparer : La rupture est-elle devenue à la mode?

Se séparer est devenu à la mode ? Dans le monde de l’obsolescence programmée, la tentation est forte de consommer et jeter. Nos grands-mères raccommodaient, nos grands-pères ciraient leurs chaussures. Nos parents ont consommé, nous pratiquons l’économie circulaire qui n’est au demeurant qu’une autre forme de consommation plus responsable. A cette image, le couple est devenu une sorte de consommable. Non satisfait, on réclamerait presque remboursement.

Se séparer puisque je ne suis pas heureuse là, tout de suite

Le bonheur doit être immédiat et intense…« L’amour dure trois ans »…Une sorte de frénésie de vivre nous habite, une forme de résilience aussi. Si je ne suis pas heureuse, je ne vais pas m’en infliger davantage, je pars. Ce n’est pas si grave, je trouverai quelqu’un d’autre, rassurés que nous sommes par le mercato des divorcés et des éternels célibataires.

Le bonheur est un droit qui nous rend tout puissants. L’effort est le parent pauvre. Comme avec les télé-réalités où les candidats gagnent rapidement beaucoup d’argent sans trop en faire. Pourquoi devrais-je faire des compromis ? Pourquoi devrais-je me battre ?

Non, le couple n’est pas à la mode. Il n’offre aucune garantie de succès, exige de l’abnégation et de l’humilité et nous emporte sur un chemin mené de profondes embûches et de joies infinies. Mais n’en est-ce pas la beauté ? Et si nous réalisions que la richesse du couple est justement dans sa résistance aux tendances ? Et si le couple était cette matière immuable qui traverse le temps et les générations ? Et si nous choisissions d’entretenir plutôt que de se séparer ?

La rupture, parfois un choix de faciliter

Nous découvririons le bonheur du temps long, la grandeur de traverser une vie à deux, en restant à la fois tout à fait les mêmes et en devenant en même temps tout à fait différents. Nous constaterions la douceur qui sa manifeste dans le soin que nous apportons à ceux que nous aimons. Pensez à votre grand-père qui caresse sa chaussure avec son chiffon plein de cirage ou à votre grand-mère qui tendrement, doucement cherche la maille pour repriser un pull. La grandeur ne se dessine pas que dans le spectaculaire et le brillant, elle s’inscrit aussi dans la routine. La tendresse, la complicité, l’unisson d’un couple ont un éclat sublime, à l’image des communautés insulaires qui ne peuvent être appréhendées de l’extérieur.

Si la modernité s’écrit dans l’écart avec la tendance du moment, alors le couple est fièrement moderne et révolutionnaire. Est-ce que le vrai courage ce ne serait pas plutôt de rester et de remonter ses manches plutôt que de se séparer ? Est-ce que le soin et l’attention que nous portons à notre relation ne sont pas finalement un formidable pied de nez au monde, une résistance qui donne du sens à notre passage sur terre ?

J’entendais l’autre jour une philosophe se confier sur sa rupture amoureuse. Toutes en larmes dignes, elle explique « C’est ça la vraie souffrance: quand on aime, c’est intolérable, inacceptable que ça finisse. On voudrait que ça dure toujours »

 

Crédit photo : @boredpanda.com

Paola Marceau

Working mum de 3 et expatriée, Paola aime particulièrement interroger le sens de la maternité, son impact sur les femmes que nous sommes et que nous deviendrons et remettre en question les étiquettes et les injonctions. D'après elle, maternité rime avec sororité et elle est ravie de partager avec vous son parcours, ses coups de cœur ou de gueule et ses astuces.

Ses sujets préférés: comment faire rentrer un rond dans un carré, plus communément appelé l'organisation familiale, la mise en musique de toutes nos ambitions dans la vie et les multiples nuances de féminin.