Regarde maman … comme la vie est belle !

Regarde maman … comme la vie est belle !

Un cœur ! Unnnn coeurrrrrrrrr ! Ohhhhhh, un coeurrrrrrrr ! En sortant du magasin, ma fille se met tout à coup à s’agiter et à crier ces mots en boucle. « Mais de quoiii tu parles, chaton ? » Et soudain, elle me file entre les jambes. Au sens littéral du terme. Elle se met à courir. Sur le parking de l’épicerie. A l’heure de midi. Je lâche mes courses entre deux voitures et je me lance à sa poursuite. « Mais attends-moi ! Attention, arrrrrête-toi ! » Mon cœur à moi rate un battement sur deux. Et tout à coup, elle s’arrête net. Et je comprends. Elle avait bien vu un cœur. Trois fois plus grand qu’elle. Sur un mur délabré. Dessiné au marqueur entre deux grilles de ventilation. Elle avait bien vu un cœur et elle ne pouvait pas passer à côté. Tant pis pour les glaces au fond du panier.
Quand on est parent, les Dépêche-toi ! Allez ! Je n’ai pas le temps ! Viens! côtoient de très près les Prends ton temps ! Doucement ! Arrête-toi ! Ne cours pas ! De quoi devenir un peu fous, non ?

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Vivre auprès d’un enfant, c’est jongler tout le temps entre deux dimensions temporelles. C’est sauter à cloche-pied entre deux planètes qui tournent difficilement à l’unisson et qui s’entrechoquent du matin au soir.

D’un côté, la société, qui impose un rythme, propose des rendez-vous, fixe des horaires, découpe les journées en demi-journées, établit trois repas par jour et le goûter à 16h. Celle qui transforme les kilomètres en minutes, les retours de l’école en sprints. On demande sans cesse aux enfants d’accélérer le pas, de mettre les bouchées doubles, de s’habiller en quatrième vitesse pour ne pas être en retard. Parce qu’on n’a pas vraiment le choix, parce qu’on vit en collectivité. Parce que c’est comme ça.

De l’autre côté, l’enfant, qui pour apprendre, pour se développer, pour grandir, va défier toutes les lois du temps, s’en affranchir, et … s’attacher à prendre tout le temps qu’il lui faudra. Pour étudier, observer, détailler, couper en tout petits bouts, chercher comment enfiler ce gilet, regarder ce chat faire sa toilette avant d’aller prendre son bain, ranger ses crayons de couleur dans l’ordre de l’arc-en-ciel, lire TOUS les livres de l’étagère avant de quitter la bibliothèque, donner à manger à sa poupée avant d’aller se coucher, faire un cœur dans la farine avant de nettoyer la table.

Mais un enfant, quand il appuie sur pause, ne nous ramènerait-il pas simplement à l’essentiel ?

Comme une façon de nous dire, simplement, du haut de ses quelques printemps : « regarde maman … comme la vie est belle. »

 

Photo : ©Virginie Hamon pour MAMAN VOGUE