Que faut-il savoir sur les méthodes de lecture ?

Que faut-il savoir sur les méthodes de lecture ?

Chaque année voit son lot de livres d’apprentissage de la lecture fleurir les devantures, et ces dernières années la surenchère des éditeurs est telle qu’il devient difficile de s’y retrouver.

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Syllabique, traditionnelle, globale, intégrative, Montessori, …. Ré-éditions de vieilles méthodes ou de toutes nouvelles, toutes alléchantes par leur couverture au marketing recherché. Quelle grand-mère n’a pas acheté la très célèbre méthode Boscher (meilleure vente chez Belin, alors qu’elle n’est pas dans les écoles) pour l’amener à son petit-fils en difficulté ou tout simplement par nostalgie. Quelle jeune maman n’a pas revu avec quelques angoisses le livre « Daniel et Valérie » et repensé à ses années de Primaire où la lecture est devenue synonyme de difficultés insurmontables, alors que son amie, elle, n’avait eu aucun problème et avait racheté avec plaisir ce livre aux illustrations fraîches et enfantines.

Le problème de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture est tel que nombre de parents sont inquiets ou déroutés. Après Noël les premiers bilans sont là : certains enfants ânonnent, déchiffrent tranquillement et découvrent le plaisir de la lecture à travers la joie de lire quelques mots dans le journal de papa ou sur le paquet de céréales, pour eux le processus est lancé ; d’autres lisent de petites phrases apparemment sans souci, mais telle une mécanique bien rodée, ne sachant lire que le livre de la maîtresse, masquant les futurs problèmes  ; d’autres plongent et la lecture devient un cauchemar, une énigme. Et l’on cherche à aider son enfant.

Que l’on cherche à aider son enfant (ce qui est possible en prenant une autre méthode le soir) ou tout simplement que l’on veuille lui apprendre à lire en avance parce qu’il est demandeur, il y a quelques notions à bien comprendre. Les neurosciences sont aussi venues ces dernières années confirmer un certain nombre de choses et apporter une aide précieuse aux pédagogues ainsi qu’aux parents.

 Il existe deux ou trois sortes de méthodes selon la manière dont on les classe :

La méthode dite Globale ou analytique

Elle part des mots entiers, elle consiste à faire reconnaître aux enfants l’ensemble des mots avant d’en analyser les éléments. L’enfant ne déchiffre pas les mots, il les voit et les apprend comme des images, se constituant un stock de mots connus ; cela exige d’énormes efforts de mémoire. Il est reconnu qu’elle « endommage » le cerveau en empêchant l’établissement de connexions correctes entre les neurones. « Ces techniques d’apprentissage sont entièrement contredites par les lois du fonctionnement cérébral : les neurones ne savent pas photographier les mots et ne peuvent en retenir ni la forme ni la silhouette » Docteur Wettstein-Badour dans « bien parler, bien lire, bien écrire. »

Cette méthode privilégie une entrée par le « sens» , on va des unités complexes ( textes, , mots) vers des unités plus simples (syllabes, lettres). Stanislas Dehaene dans « les neurones de la lecture » explique bien que le cerveau est incapable de reconnaître un mot dans son ensemble, qu’il va du simple au complexe.  On laisse l’enfant découvrir comment les lettres se combinent pour former des sons ; c’est « l’apprenti lecteur » qui construit son savoir. Pour beaucoup, tous les mots qui ne font pas partie du stock seront alors inconnus. Cette méthode a eu cours encore ces dernières années et a fait beaucoup de dégâts. Elle tend à disparaître dans les écoles au profit d’une autre méthode, la Mixte.

methodes lectures maman vogue- nathalie coster

©Nathalie Coster Photographie

Les méthodes Mixtes

Elles veulent associer l’intérêt pour l’approche globale et la nécessité reconnue d’apprendre la maîtrise du « code » alphabétique à partir des lettres et des sons, simples puis complexes. Elles procèdent donc souvent d’un départ global et d’un savant mélange de syllabation ou bien d’un départ avec une approche syllabique mais avec très vite le global qui revient avec ses travers. Il s’agit souvent de reconnaitre et apprendre lettres et sons à partir de mots qui ne sont connus que de façon globale ; on utilise pour la mémorisation des mots repères, des mots outils,… là encore la mémoire visuelle est trop chargée et saturera . C’est l’exploitation du texte avant la lettre.

Difficile de formuler une critique positive, car c’est une méthodologie boiteuse ; il y a une multiplicité de ces manuels, beaucoup de variantes, mais qui doivent être tous rangés, malgré tout, dans les méthodes globales.

Aujourd’hui c’est la méthode le plus souvent utilisée et ceux qui disent utiliser une méthode syllabique utilisent en fait une méthode mixte (appelée aussi semi-globale) avec tous ses défauts. Elle conduit souvent à une mauvaise lecture et une mauvaise orthographe. Parfois très trompeuse car les enfants lisent en apparence assez bien. Soyez donc vigilants.

methodes lectures maman vogue- nathalie coster

©Nathalie Coster Photographie

La méthode Alphabétique ou synthétique

Elle procède en sens inverse, elle part du plus simple pour aller au plus complexe, de l’analyse pour aboutir à la synthèse. L’apprentissage part donc de la lettre et tout simplement des voyelles puis introduction des consonnes une par une associée aux voyelles ; les fameuses syllabes, et puis les premiers mots et premières phrases : « papa, toto a ôté ta petite pipe » la journée des tout petits, Boscher, p 8. Cette méthode correspond exactement à ce dont le cerveau a besoin pour lier les sons et les signes graphiques.

On enseigne le code, l’enfant ne devine pas, il est guidé pas à pas et elle lui permet de lire rapidement (à Noël, le principe combinatoire est compris pour tous). Tout simplement les mots proposés sont déchiffrables. Grâce au code l’enfant peut même aller au-devant des mots inconnus. Souvent y est associé une progression grammaticale qui donne du sens. Malgré la simplicité des débuts, il y a de merveilleux petits textes : « dédé a fumé la pipe de papa. Dédé a été malade. » p 28 je saurai lire vite et bien, Hatier-Lavauzelle.

C’est une méthode explicite, claire, simple, progressive et logique, elle procure plaisir et autonomie à l’enfant. Respectant le fonctionnement du cerveau, elle donne à l’enfant un outil, une structure mentale. Avec l’alphabétique/syllabique l’enfant entend, voit, prononce, écrit et trouve une cohérence ; il prend des repères solides et sûrs. (avec le global c’est l’œil uniquement qui travaille). Tout nouvel acquis s’appuie sur le précédent. L’automatisation viendra après il ne faut pas s’inquiéter.

 Il arrive parfois qu’il y ait quelques mots outils (les, un, est, et…) mais ils sont mémorisés dans le cadre d’une progression, mais ils doivent rester exceptionnels ; certains font apparaître des lettres muettes en couleur pâle, mais là aussi elles sont amenées avec précaution et expliquées. Certaines méthodes alphabétiques sont accompagnées ou non de gestes associés à une lettre ou un son (Jean qui rit, Borel Maisonny), ou d’un système de lettres rugueuses, lettres plastiques avec dictées muettes (Montessori). Mais toutes partent de la lettre, le maître mot.

Il faut donc privilégier ces méthodes alphabétiques, analyser la qualité d’entraînement au déchiffrage, la qualité des textes, des illustrations : sobres, colorées, claires.  Aucune surcharge graphique ; si la grammaire est initiée, si oui comment ? pas d’observation de la langue dépourvue de sens ou sous forme de devinette. La syllabation suffisamment détaillée. La nécessité d’une préface qui explique bien le déroulement de l’apprentissage.

Vérifiez le manuel de vos enfants et si besoin rectifiez l’apprentissage en ayant votre livre à la maison, afin de « donnez toutes leurs chances à vos enfants » disait le docteur Wettstein-Badour .

Il est possible d’aider efficacement son enfant, toute mère de famille un peu guidée peut le faire. Nous y reviendrons.

Véronique Lucas,

Maman de 4 grands enfants et grand-mère, spécialisée dans la remédiation auprès d’élèves en difficultés le soir à son domicile.

Crédit photo : @ninieli_