Mon enfant vaut bien toutes les cernes du monde

Mon enfant vaut bien toutes les cernes du monde

Encore un cauchemar. Le troisième cette nuit. Dommage, j’allais enfin m’endormir. Tes sanglots sont chargés de sursauts, tu as l’air si perdu.
Tu te blottis dans mes bras comme dans un refuge, pour loger ton petit nez tout mouillé au creux de mon cou. Ta main s’est accrochée à la mienne. Comme un secret, je te murmure des mots doux qui t’apaisent peu à peu.

Tes doigts s’agrippent encore plus fort quand tu me sens partir, j’entends dans ta respiration qui s’accélère tous ces sanglots que tu retiens. Si tu savais comme je suis fatiguée… Mais là, tu as besoin de moi. Je vais rester encore un peu pour chasser les cauchemars, j’ai promis de veiller sur toi. Adossée contre ton lit, je reste là, à garder ton sommeil encore fragile. J’entrouvre les rideaux. La Lune est là, elle aussi. Alors que la ville dort, il n’y a qu’elle, toi et moi, au milieu de la nuit. Dans ce moment hors du temps, pourtant épuisée, je réalise à quel point cet instant est précieux.

Au bout de mes doigts, au centre de mon monde, il y a ce petit bonhomme qui me donne tant de pouvoirs magiques. Faire fuir les monstres, distribuer des bisous qui guérissent les bobos, transformer mes bras en château fort… Je suis comme une fée à travers son regard d’enfant. Mais je le sais bien, ces pouvoirs magiques sont éphémères.

Dans quelques poignées d’années, mes insomnies seront différentes. Je viendrai peut-être là, regarder la Lune, dans la chambre vide de mes enfants. Ils auront construit d’autres châteaux forts, n’auront plus besoin de bisous magiques, ni d’une fée pour veiller sur leurs nuits. Que serai-je alors, sans ces pouvoirs extraordinaires qui me donnent tant de force ?

Envahie par tout ce vide, je me raccrocherai alors au souvenir de ces nuits, où nous étions, l’un pour l’autre, le monde entier.

Ta respiration est redevenue calme, tes petits doigts ont relâché ma main, les mauvais rêves sont partis. Le sommeil m’appelle enfin… enfin presque… C’est sans compter ce petit coup de pied. Dans mon ventre, ton futur acolyte s’est réveillé. Pour le sommeil, ça pourra bien attendre quelques années. Car après tout, ce n’est pas de ça que l’on vit. L’amour transcende tout le reste. Et ma double dose, jour et nuit, inconditionnelle, vaut bien toutes les cernes du monde.

 

Pauline du Chatelle, venez retrouver son blog 

Photo : @Nathalie Coster pour Maman Vogue