Mère parfaite ? Et si on renonçait !

Mère parfaite ? Et si on renonçait !

Renoncer. Rien que de prononcer le mot, nous nous sentons dépassées, amoindries, incapables. Renoncer c’est l’obstacle non franchi, le palier non atteint, le projet non mené. C’est faire partie des perdants. Renoncer se conjugue au négatif.

Et pourtant, renoncer c’est avant tout faire un choix, c’est notre décision libre. Ce n’est pas forcément une défaite, au contraire c’est une grande victoire. Une victoire sur nous-mêmes et notre besoin de tout régenter, de tout contrôler. Renoncer c’est un « laisser tomber » un peu plus décidé.

Renoncer à tout faire parfaitement et renoncer même à vouloir que tout soit parfait. Renoncer aux cinq fruits et légumes par jour, aux cheveux bien peignés, aux vêtements propres, à la maison rangée, aux horaires stables, …Renoncer à vivre dans une publicité Cyrillus et à incarner une image de papier glacée, une femme que personne n’a jamais rencontrée dans la vraie vie. Quand on a été une petite fille obéissante, une jeune fille sage et une jeune femme volontaire, qu’il est difficile de renoncer au 20/20 partout. Premier prix de vie de couple, félicitations du jury en éducation de marmots, médaille d’or de la maison la plus instagramable, césar de l’entrée-plat-dessert et ceinture noire d’éco-responsabilité… « et ce qui ne gâche rien, elle est drôle et a de la conversation ». (C’était presque plus facile de calculer des intégrales triples…presque). A la force de sa volonté, la jeune femme aux 20/20 décrochait ce qu’elle voulait. Elle a été biberonnée à la possibilité (et au devoir) d’avoir le choix, au « Having it all » et à « l’empowerment » et elle est persuadée que sa résolution fera la différence. Tout du moins, grâce à ses efforts, elle sera citée en exemple pour sa ténacité et son abnégation. Mais que restera-t-il de sa gestion quotidienne dans 5, 10, 20 ans ?

La vie de famille, la maternité et la parentalité ne se vivent pas dans un rapport performatif. La vie de famille est une matière vivante changeante sur laquelle nous avons peu de contrôle. Elle surprend, déstabilise, bouleverse, attendrit, chamboule, dérange. Elle n’est pas uniquement le fruit de nos efforts. A chercher le contrôle à tout prix, nous gérons mais ne vivons pas.

Renoncer c’est accepter de laisser de la place pour autre chose qu’on ne connait pas encore et qui s’appelle la vie tout simplement. C’est un aveu de faiblesse salutaire ! Renoncer est plein de la promesse d’une plus grande disponibilité à l’imprévu avec ses bons et des mauvais côtés, d’une plus grande paix intérieure libérée des obligations que l’on se met à soi-même, des sens en éveil à ce qui va se créer ou se présenter tout seul sans que nous l’ayons généré. Renoncer à ce que tout le monde nous trouve formidable et nous aime pour se reconnecter à soi-même et s’accepter en tant que mère et en tant que femme. Les autres nous aimeront mieux quand ils nous connaîtront vraiment, vulnérable et imparfaite.

La maternité est une école d’humilité. Parce que les journées ne font que 24h, que les personnalités de nos conjoints et de nos enfants ne sont pas de la matière malléable, parce que la perfection n’existe que sur des instantanés, parce qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, renonce à t’acharner.

 

Photo : Virginie Hamon pour Maman Vogue

Paola Marceau

Working mum de 3 et expatriée, Paola aime particulièrement interroger le sens de la maternité, son impact sur les femmes que nous sommes et que nous deviendrons et remettre en question les étiquettes et les injonctions. D'après elle, maternité rime avec sororité et elle est ravie de partager avec vous son parcours, ses coups de cœur ou de gueule et ses astuces.

Ses sujets préférés: comment faire rentrer un rond dans un carré, plus communément appelé l'organisation familiale, la mise en musique de toutes nos ambitions dans la vie et les multiples nuances de féminin.