Maman et femme de mili, mon quotidien particulier

Maman et femme de mili, mon quotidien particulier

Lundi :

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5h45 : le réveil du guerrier sonne. Je l’entend à peine et me rendors aussitôt après son départ. Ma journée à moi ne commence pas tout de suite, comme celle de beaucoup de mamans.

Lever les enfants, les habiller, leur donner un petit-déjeuner, faire leur toilette rapidement, enfiler manteaux, chaussures, écharpes à tout le monde, sauter dans la voiture, déposer les plus grands à l’école, rentrer à la maison, ranger la maison,….

10h45 : je reçois un texto « Réunion de dernière minute avec le commandant X, je ne rentre pas déjeuner finalement. A ce soir ma chérie ».

1er changement de programme de la semaine. Tout va bien, j’y suis habituée, je m’en remettrais. Facile.

A 18h30 mon mari rentre comme prévu, la soirée se déroule normalement : à deux tout est plus simple! Il m’annonce juste qu’il « prend la garde » le lendemain et ne rentrera pas de la soirée.

Mardi :

Début de journée ordinaire. Je lance une lessive de treillis et affaires de sport kakis, comme souvent. L’avantage avec l’armée, c’est que je ne repasse presque jamais de chemises pour mon mari ! Un point positif !

Puis je commence à remplir différents papiers et à appeler des déménageurs pour notre prochain départ qui approche.

16h30 : Après avoir récupéré les enfants à l’école, je les emmène goûter au parc pour qu’il se défoulent avant que nous n’entamions le tumulte du 18-20h. Que croyez-vous ? Je suis maligne, je sais que je vais devoir l’affronter seule, alors je prends mes précautions !

20h30…. ça y est tout le monde dort ! Je peux enfin me poser quelques instants, et souffler avant de me coucher à mon tour.

Mercredi :

« Mercredi, jour des punis », me répète souvent mon mari ! Je ne sais pas pourquoi mais ce jour-là c’est comme si la punie, c’était moi, et je ne comprends pas pourquoi ! Quoiqu’il en soit je dois occuper 3 enfants toute la journée, sous la pluie évidemment. Autant vous dire qu’à 18h, j’ai déjà la tête qui explose, une maison qui ressemble à un champ de bataille, des enfants qui ont trouvé de la peinture pour se faire des camouflages sur le visage « comme papa » et une motivation pour la soirée proche de zéro… Tant pis, ce soir ce sera dîner petit-déjeuner, soyons simples ! La bonne nouvelle c’est que mon mari m’a dit qu’il rentrerait tôt ! Je l’attends avec impatience !

19h, coup de téléphone : « Ma chérie ? On a une répétition pour une cérémonie qui aura lieu demain matin finalement, tu m’attends pour dîner? ». Bon, au point où j’en suis… je couche les enfants, leur explique que leur papa viendra leur faire un bisou dans leur lit, qu’ils le verront peut-être demain soir.

21h57 : j’attends toujours que mon militaire rentre, j’ai eu le temps de ranger entièrement la maison, j’ai déjà grignoté la moitié du pain, le plat est presque brûlé dans mon four, je baille… Il arrive finalement une demie-heure plus tard !

©Virginie Hamon Photo

Jeudi :

7h15 : je me réveille en me demandant qu’elle jolie surprise m’attend aujourd’hui ? A quel changement de programme vais-je avoir droit ?

11h, toujours rien, je suis confiante pour la journée !

18h30 : Mon mari rentre ! Cris de joie dans la maison par les enfants qui ne l’ont pas vu depuis lundi. Nous passons une bonne soirée en famille. Si beaucoup vivent cela tous les soirs, pour nous c’est presque exceptionnel. Demain, c’est le week-end, quelle joie. Nous prévoyons une petite promenade et une sortie au marché de Noël. En plus dans l’armée, le week-end commence généralement à midi le vendredi, mon mari va chercher les enfants à l’école, et moi, je savoure !

Vendredi

8h40 : Les déménageurs viennent estimer le cubage de notre maison pour faire un devis. J’ai l’impression de subir un interrogatoire :

« Combien d’enfants ? Vous vivez ici depuis combien de temps ? Grade de votre mari ? Vous partez où ? Appartement ou maison ? Avec ou sans ascenseur ? Vous emballez tout ou vous voulez qu’on le fasse ? Vous voulez déménager quand ? Et l’emménagement ? Signature s’il vous plait. On vous envoie un devis bientôt, merci au revoir !…. »

11h20 (j’aurais du me méfier) : clé dans la serrure, mon mari rentre !

« Ça alors, je ne t’attendais pas aussi tôt ?

-Non, ce n’ était pas prévu. Mais on m’a demandé de rejoindre un terrain pour quelques jours, j’ai deux heures pour préparer mon sac et repartir. Mais ne t’inquiète pas, je rentre dimanche soir, pas plus tard ! 

-…. »

Euh, comment dire ? Coup de massue. Ces changements de dernière minute arrivent souvent mais ça ne m’amuse pas pour autant. Le marché de Noël m’enchante beaucoup moins tout à coup. Je ne suis pas certaine d’apprécier autant la perspective de ce week-end finalement.

19h : Aux grands maux les grands remèdes, j’ai pris le taureau par les cornes. Une baby-sitter est venue me donner un coup de main et finit de gérer le dîner des enfants, pendant que je m’apprête à sortir. Après un appel aux copines dans le même cas que moi, nous avons décidé de nous offrir une sortie entre filles, non mais !

Voilà un bref résumé d’une semaine traditionnelle de femme de militaire. Et encore, en période de « présence » de monsieur. Car évidemment quand mon mari part plusieurs mois l’organisation n’est pas la même. Je guette ses nouvelles tout en essayant de ne pas m’inquiéter, je compte les jours (sans trop le dire) avant son retour, je rassure les enfants, on prépare ensemble des petites attentions pour leur papa,…et surtout, j’essaie de survivre à la LEM qui s’abat sur nous le jour de son départ. La LEM ? Oui, dit autrement, la « Loi de l’Emmerdement Maximal » qui prend un malin plaisir à remplacer notre mari à chaque départ, sans exception, de préférence quand il n’est pas joignable, et dans une suite perpétuelle d’événements indésirables  : une gastro, un enfant qui se casse une dent, la voiture qui tombe en panne, le lave-linge qui fuit, la chaudière qui casse, la bonbonne de gaz (qui pèse une tonne) qui se termine, le bébé qui recommence à se réveiller la nuit, le chéquier qui se termine alors que monsieur a oublié de nous faire une procuration, l’école qui nous appelle pour « un sujet à traiter à propos de votre enfant », les rendez-vous qui s’accumulent, la baby-sitter qui se désiste, le courant qui saute…Alors certains jours, on craque, on pleure, on râle, on peste contre l’armée qui nous prend notre mari au mauvais moment, contre la pluie qui tombe depuis trois jours, contre ce virus qui s’en prend à toute la famille, contre la pénurie de chocolat aux éclats de framboise au supermarché… Et parfois on arrive à prendre du recul, on respire, on compte les jours jusqu’au retour, on demande de l’aide, et on reprend le combat, obstacle après obstacle.

Car même si nous n’avons pas choisi le métier de notre mari, que nous n’avons ni passé de teste d’aptitude ni suivi d’entrainement, il nous faut assurer, et Dieu merci, on peut souvent compter sur les bonnes amies pour nous soutenir !

Alice de Champs

Credit photo ©Virginie Hamon pour MAMAN VOGUE