Les avantages et les inconvénients de faire sauter une classe à mon enfant

Les avantages et les inconvénients de faire sauter une classe à mon enfant

Vous avez un enfant studieux ou un enfant en double niveau. L’école vous propose de lui faire sauter une classe. Cependant vous ne savez pas trop ce qu’il y a de mieux pour votre enfant. Oui ou non, vous acceptez de lui faire sauter une classe ?

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Voilà trois témoignages qui pourront peut-être vous aider à poser un choix sur la proposition que la maitresse ou que le directeur vous fait pour faire sauter une classe à l’un de vos enfants.

Merci à B., jeune femme de 26 ans qui a sauté deux classes (une en maternelle et une en primaire) et qui nous ouvre son cœur sur ce qu’elle a vécu et ressenti pendant toute sa scolarité et ses études.

Merci à A. et PH., parents d’une petite fille qui est passée de la Moyenne Section en CP, sans passer par la case Grande Section. Ils nous expliquent les conditions dans lesquelles ce « saut de classe » s’est déroulé.

Merci à A., institutrice qui nous donne son point de vu sur le fait de faire sauter une classe à un élève.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

B. : « Je suis du début d’année, ce qui m’a permis de sauter ma Moyenne Section lorsque j’habitais en France. Après une année en CE2 en à Djibouti, je suis passée en CM1 dans une classe double niveaux (CM1/CM2) avec environ 35 à 40 élèves. J’ai effectué mon premier trimestre en CM1. Après les vacances de Noël, je suis passée en CM2. »

A. et PH. : « Nous sommes parents de trois enfants et notre ainée a commencé sa scolarité dans une classe avec trois niveaux (petite, moyenne et grande section). Pendant l’année de moyenne section, sa maitresse nous a dit que notre fille avait besoin d’être nourrie pour ne pas s’ennuyer et que si nous acceptions, elle pourrait lui donner des activités de grande section pendant le dernier trimestre pour envisager un passage en CP l’année suivante. »

A. : « Je suis enseignante depuis 17 ans. J’ai fait quatre ans de CM1/CM2, une année de GS/CP/CE1 et depuis j’enseigne dans une classe de CP. »

 

Pourquoi sauter telle ou telle classe ?

B. :« J’étais une bonne élève. En CM1 je m’ennuyais… Je répondais à toutes les questions de mon maître, je finissais tout le temps mon travail avant les autres. Le niveau de classe des CM1 et la double classe CM1/CM2 sont des facteurs qui ont aidé mon passage d’une classe à l’autre. Il y avait un côté rassurant pour moi : si ça n’allait pas en CM2, je savais que je pouvais repasser dans la classe inférieure sans problème. »

A. et PH. : « L’école ayant des classes multi-niveaux, elle fait le choix de faire avancer les élèves à leur rythme et de diminuer les barrières entre les classes. Notre fille n’ayant plus besoin de faire une sieste, c’est naturellement qu’elle a travaillé avec les grandes sections. »

 

Avez-vous eu des craintes ou des appréhensions vis-à-vis de cette décision ?

B. : « Oui, ça me faisait peur. Je me souviens que nous avons été convoqués avec mes parents dans le bureau de mon maître d’école. J’ai eu la chance de faire partie de la décision. Ils m’ont laissé le temps de réfléchir pendant toutes les vacances de Noël. Et le maître m’a fait confiance, comme mes parents. J’avais peur de rater des notions de CM1 que je n’aurais peut-être pas eu en CM2 car il n’y a pas eu de rattrapages de prévus. Je craignais aussi de ne pas avoir le bon niveau. D’un autre côté, je n’avais pas de lacunes particulières et au 1er trimestre je voyais bien ce que faisaient les élèves de CM2. J’ai eu une autre appréhension au niveau social. Je me suis demandé si mes amis de ma classe de CM1 n’allaient pas être jaloux, et si j’allais être acceptée dans le niveau supérieur. »

A. et PH. : « En écoutant ce que nous a expliqué la maitresse, cette proposition nous a paru évidente. En revanche, notre fille ayant tissé des liens avec les enfants de moyenne section et connaissant peu ceux du niveau supérieur, nous nous demandions si nous n’allions pas le regretter. »

A. : « Il faut faire attention car l’enfant n’a pas forcement la maturité. Intellectuellement l’enfant est souvent prêt, comme à l’oral, mais il ne l’est pas forcément dans le graphisme ou l’écriture. Il faut que l’enfant ait un gap énorme par rapport aux autres élèves. Idéalement il doit être prêt psychologiquement, physiquement.

Notre système français nous fait beaucoup écrire. C’est dans nos gênes de poser notre pensée par écrit. Il faut donc aussi que l’enfant soit prêt pour l’écriture.  Et souvent les mathématiques sont la matière qui nous fait hésiter à faire sauter une classe à un élève.

Dernière crainte qui me semble importante à prendre en compte, même si l’enfant est prêt dans tous les domaines scolaires, il faut aussi qu’il soit prêt dans le domaine social (à quitter son groupe classe, ses amis, etc …) »

Quels sont selon vous les avantages de sauter une classe ?

B. : « J’ai l’impression d’avoir gagné deux ans de ma vie ! C’est une chance aussi pour moi, car je n’ai pas eu de problème pour me faire des amis. Et, de plus, je ne me suis jamais sentie en décalage au niveau scolaire, comme au niveau social. Un dernier avantage pour moi, est que j’étais une bosseuse. J’ai toujours aimé travailler et j’ai toujours été habituée à travailler. »

A. et PH. : « Cela permet de cultiver la soif d’apprendre de l’enfant sans être lassé de répéter des choses sues. »

A. : « Un des gros avantages de faire sauter une classe à un enfant est de lui redonner confiance, de le remotiver s’il s’ennuyait dans la classe inférieure. Si l’enfant ne saute pas sa classe, il peut fortement se lasser. Il sera d’autant plus tiré vers le haut. De plus il va continuer à être au travail.

Un autre avantage est celui de rester un an de moins dans le système scolaire, de gagner du temps dans le cursus. »

Quels sont selon vous les inconvénients à sauter une classe ?

B. : « Pour mon cas, je n’en vois pas ! En revanche, attention, car il peut y avoir un gros décalage au niveau social qui peut se former. Tout le monde ne peut pas aller trop vite dans l’apprentissage et la réussite. Peut-être que ma vie pro a débuté un peu tôt. Pour cela j’ai un regret ; j’aurais dû profiter de ces années d’avance pour partir à l’étranger ou en humanitaire. Une autre chose pour laquelle cela peut être un inconvénient : il peut y avoir des refus pour passer un concours, car l’élève est trop jeune. Et pour la petite anecdote – En terminale, j’avais 16 ans. Tous mes amis allaient en boite et moi je ne pouvais pas ! J’ai dû attendre ma deuxième année de prépa pour pouvoir entrer dans un bar sans m’inquiéter ! »

A. et PH. : « Nous n’avons pas assez de recul pour voir les inconvénients… Nous comptons être vigilants sur l’évolution de notre enfant vis-à-vis de son niveau et de son aisance à grandir avec des enfants plus âgés qu’elle. PH ayant également sauté la moyenne section étant du début d’année, il a senti au collège que cela pouvait être gênant quand avec l’adolescence, certains élèves peuvent manquer de bienveillance ! »

A. : « Il faut faire attention aux années à venir pour l’enfant. Il peut ne pas être prêt à choisir son avenir. Et le côté psychologique est aussi très important à prendre en compte. »

 

Avez-vous une conclusion à nous donner ?

A. : « En conclusion, je dirais qu’il faut aussi penser aussi aux enfants qui auraient besoin de rester un an de plus dans un cycle. Cette solution est à penser le plus tôt possible dans le cursus de l’enfant pour que cela ne soit pas  pris pour un échec. En effet, il y a des enfants qui sont matures pour passer dans la classe supérieure et d’autres qui ont besoin de prendre leur temps. Au vu de tous ces avantages et ses inconvénients, c’est aux parents et aux éducateurs d’expliquer à l’enfant que c’est pour son bien. Ne pas oublier de lui rappeler aussi que pour l’instant il a des facilités et mais qu’il pourra un jour se heurter à des difficultés. »

Merci pour ces témoignages. Sentons-nous libre si la décision nous est proposée en fonction de l’évolution de notre enfant. Nous espérons que ces quelques lignes vous aideront à faire un choix si l’occasion se présentait pour l’un de vos enfants. N’hésitez pas à partager vos témoignages si vous aussi votre enfant a sauté une classe !

 

Florence COURCIER – @laplumedeflo

Photo : Caroline Blu Cicada photo pour Maman Vogue

Florence Courcier

Addicte au rangement et spécialiste de l’organisation. Diplômée en communication /événementiel, elle a monté sa petite entreprise de prêt-à-porter pour enfants, pour enfin devenir assistante de son mari. Mère de 3 enfants (bientôt 4), Florence aime se détendre en buvant (du café), en cousant, en tricotant et en écrivant.

Ses sujets de prédilection ? L'éducation et l’organisation.