Le désir d’enfant et top 5 des « gaffes » de l’entourage

Le désir d’enfant et top 5 des « gaffes » de l’entourage

Sur un ton léger afin d’aborder ce sujet si mystérieux et douloureux pour les couples concernés, un top 5 des gaffes, « conseils » ou remarques de l’entourage face à un couple en désir d’enfant – aucun n’étant moins violent/douloureux/vexant qu’un autre, et cette liste étant loin d’être exhaustive… Parole de femme qui s’est pris ces phrases, certainement bienveillantes au départ, dans la figure.

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  1. « Arrête d’y penser, ça va venir tout seul ! »

Punaise. Heureusement que vous êtes là, vous, la personne qui ne sait pas ce que c’est que cette galère du désir d’enfant. Vous qui ne vivez pas tous ces espoirs déçus chaque mois. Tous ces examens médicaux à passer. Tous ces pincements au cœur à chaque annonce de grossesse autour de vous. Toutes ces larmes qui ne demandent qu’à monter lorsque, autour de vous, on se plaint des nuits hachées et des bêtises de numéro 2. Tous ces faire-part de naissance que, finalement, vous retirez de la porte du frigo pour ne plus les voir sans cesse. Cette peur, à force de calculer « le bon moment » chaque mois, de perdre tout romantisme et désir au sein de votre couple.

Mais oui, merci, heureusement que vous êtes là pour nous conseiller d’arrêter d’y penser. Il serait même intéressant d’aller plus loin : comment feriez-vous, vous, pour ne plus y penser, alors que vous devez remplir chaque jour des observations précises relatives à vos cycles ? Alors que vous avez un traitement quotidien à prendre ? Alors que dans une semaine vos règles sont censées arriver et que vous espérez que cette fois-ci sera la bonne ? Alors que vous avez un régime alimentaire particulier supposé booster votre fertilité mais qui vous empêche de manger ce que vous voulez ? Alors que vous avez le sentiment d’être responsable de cette peine que vous pensez imposer à votre mari ? Alors qu’à chaque dîner que vous faites entre amis, vous devez faire attention aux aliments que vous utilisez car il y a une femme enceinte, qui n’est toujours pas vous ?

Franchement. Même si cela part certainement d’une bonne intention et que vous pensiez me rassurer. Ne me conseillez pas d’arrêter d’y penser. Soutenez-moi, mais ne me recommandez pas quelque chose que vous ne connaissez pas. Et n’oubliez pas, tout ce qui est plus facile à dire qu’à faire est relativement inutile… surtout pour cette phrase-ci ! Pour le bien de tous ces couples, bannissez  fameuse « arrête d’y penser » de votre vocabulaire.

 

  1. « Tu ne peux pas imaginer la chance que tu as de pouvoir faire la grasse matinée et de partir en week-end tranquille… »

Ah, ça, c’est vrai. Je peux me lever à peu près quand je veux, je ne manque pas spécialement de sommeil, et ma voiture ne ressemble pas à une camionnette de romanos avec des langes qui dépassent partout quand on part en week-end. C’est vrai.

Mais avoir des enfants est notre rêve. Donc tu ne peux pas imaginer, toi, ce que c’est que de ne pas pouvoir réaliser un rêve. Que d’envier tous ceux qui peuvent, autour de toi, le faire. Ce que c’est que d’écouter cette amie, pendant tout l’apéro, qui me confie ses défis éducatifs… et de rentrer chez moi, le soir, en pleurant à chaudes larmes. Tu ne peux pas imaginer la chance que tu as.

Mais bon, de quoi je me plains puisque, après tout, j’ai ma grasse mat’…

 

  1. « Tu as vu, elle ne boit pas et a arrêté de fumer… Et si …? »

Joie de se sentir épiée à chaque dîner. Dans ma tête, à ce moment-là, ça donne quelque chose comme « Alors de 1) : ça ne vous regarde pas. De 2) : c’est très malaisant parce que je fais ça sous les conseils d’une nutritionniste, justement pour essayer de contrer mes problèmes de fertilité. Vous voyez le topo ? De 3) : si vous saviez comme c’est difficile d’arrêter de fumer déjà, pas besoin d’en rajouter une couche. De 4) : pourquoi ne venez-vous pas, justement, me demander comment j’ai fait pour arrêter ? Sorry mais je ne suis pas uniquement une gestatrice en devenir. Et de 5) : mais foutez-moi la paix ! Je voulais justement une soirée tranquille avec vous, pour passer à autre chose juste le temps de quelques heures et essayer d’oublier ce foutu régime sans tabac ni alcool… »

 

  1. « Pourquoi vous êtes-vous mariés si c’est pour ne pas faire d’enfant ? »

Alors. Couple marié ou non, cela concerne l’intimité dudit couple. Et cela ne vous regarde en rien. Mais dans tous les cas, lorsque vous rencontrez un couple sans enfant, par pitié, faites attention. Ce que vous pensez être un choix peut en réalité être une réelle souffrance.

Je me souviendrai toujours de cette personne qui, ne me connaissant que depuis quelques semaines, avait noté que je buvais de l’alcool et n’étais que peu concernée par les problèmes et discussions de type attendsilmarchedéjàohmygooood ?

Peu finaude, cette jeune femme en avait conclu, à haute voix et devant nombre d’amis : « Non mais toi je sais pourquoi tu ne veux pas d’enfants (mon cerveau : j’en voudrais tellement si tu savais. Tais-toi avant de faire une boulette pire que celle-ci). Tu n’as pas envie de t’encombrer avec des enfants (m’encombrer ? tu penses sérieusement ça de tes enfants ?), tu veux pouvoir profiter de la vie et c’est tout (profiter avec des kids, franchement, dream come true), continuer à te pimper comme jamais (mamans, continuez à vous pimper comme vous le faites, vous êtes belles) et être une ouf de boulot (va dire ça aux working mum). C’est finalement un peu égoïste mais bon ça te passera peut-être (ultime coup, fatalité, cœur brisé). »

Ai-je vraiment besoin de continuer, d’expliquer ce que ce genre de discours peut faire au cœur d’une femme en désir d’enfant ? La colère et la tristesse que peut ressentir mon mari lorsqu’il entend ça, et me regarde tout de suite tristement et inquiet, espérant ne pas me voir fondre (encore) en larmes ?

Nous, on s’est mariés en espérant avoir des enfants. Mais en fait, le pourquoi du comment mon couple vit toujours à 2 et non 3 ou plus, ça ne vous regarde pas si je ne vous en ai pas parlé. En essayant d’expliquer, de justifier ce que vous ne comprenez ni ne vivez, vous me blessez. Soyez discrets et bienveillants.

 

  1. « Pourquoi fais-tu passer ta carrière avant de fonder une famille ? C’est quand même plus important… »

Aaaaaaaah, la fameuse dichotomie travail-maisonfamille-carrière. Ce genre de phrase qui ferait bondir, normalement, n’importe qui. Mais lorsque certains font face à un couple sans enfants, il semblerait que certaines barrières de décence n’existent plus, comme soudainement évaporées car inutiles. Ce qui permet aux mères, grands-mères, amies, connaissances et autres cousines de savoir instantanément pourquoi ce foyer n’est pas rempli d’enfants.

Eh oui, je travaille. Car non, je n’ai pas envie de rester à la maison sans enfants à éduquer. Oui, sortir de chez moi tous les jours et être obligée de penser à autre chose qu’à mon prochain RDV gynéco me fait du bien. Et, que je rêve de devenir mère au foyer ou working mum, ma situation familiale actuelle n’est pas entièrement choisie. Comment serait-il possible de faire passer ma carrière avant ma famille, alors justement que je n’arrive pas à en fonder une ? Vous vous rendez compte du jugement violent et hâtif que vous portez, dénué de toute once d’humanité ? Il me semble que vous avez oublié de tourner 7 fois la langue dans votre bouche avant de poser ce genre de questions accusatrices.

Si j’ai la chance un jour d’avoir des enfants, je leur apprendrai, justement, à tourner 77 fois 7 fois leur langue dans la bouche avant de parler. Ils deviendront peut-être ainsi des adultes plus délicats que beaucoup de ceux rencontrés jusqu’alors…

D’ailleurs, coucou Claire_s2c, et merci pour ton beau livre que toutes les lectrices de cet article vont donc s’empresser d’acheter désormais.

N’oubliez pas que vous faites face à deux êtres humains vivants une expérience qui relève du personnel, de l’intime. À moins que l’un d’eux se confie ouvertement, vous n’avez pas à essayer de rentrer dans cette intimité. Même pavée de bonnes intentions, cette volonté d’expliquer l’absence d’enfant peut faire de vous une personne blessante, qui remue le couteau dans la plaie. Si en revanche vous êtes proche du couple et qu’il vous ait déjà confié ses difficultés et peines, manifestez votre soutien par de petites attentions : demandez comment s’est passé le rdv de ce matin (et il y en a pas mal : listing) , proposez des sorties entre filles sans enfants, etc. En clair, face à un couple sans enfant, sachez rester à votre place.

Tout est une question de bon sens ! Et si vous avez besoin d’un petit coup de pouce, voilà le top/flop des phrases à prononcer.

Summary

Estelle de Fougerolle