« L’après-naissance » , et si on en parlait sans tabou ?

« L’après-naissance » , et si on en parlait sans tabou ?

Pouvez-vous nous expliquer le contexte ?

(Situation familiale, 1er enfant, 2eme, enfant désiré, accouchement naturel, césarienne etc…)

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Nous étions en couple depuis plus de 1 an et demi. Lui et moi ça a été une évidence. On a quitté nos exs respectifs très vite (en mois d’une semaine), on s’est installés très vite (en moins de 2 semaines).  Nous avons décidé ensemble d’avoir un enfant. J’ai arrêté ma pilule et suis tombé enceinte 1 mois après : ça, ça a été une surprise car cela faisait plus de 15 ans que je la prenais et nous pensions que ce serait plus long mais on était content de ne pas avoir à trop attendre.

La grossesse a été compliquée : des nausées les 3 premiers mois à ne pas pouvoir ni manger ni boire (presque). J’ai perdu du poids. Puis le dernier mois, j’ai été hospitalisée d’urgence pour une pyélonéphrite avec pose de drains. J’ai accouché par voie basse 20 jours après avec l’aide de spatule toutefois.

Comment avez-vous vécu cette « après-naissance » ? Quelles ont été vos émotions ? Qu’avez-vous ressenti par rapport à votre bébé ? À cette nouvelle vie qui vous faisait peur ? Au deuil de l’ancienne vie ?…

Ma fille est arrivée à 01H24 du matin après un travail de 10H environ. J’étais fatiguée. Je suis arrivée en chambre vers 5 heures et à 08h00 le petit déjeuner est arrivé. Là j’ai commencé à vraiment la regarder. Je l’ai trouvé sublime mais je n’ai pas ressenti ce sentiment que toutes les femmes autour de moi ont eu ! le « tu verras quand on te met ton bébé sur le ventre, cet amour fait que tu peux tuer pour lui »…ben moi non ! oui je l’ai aimé mais pas à ce point et cela m’a énormément culpabilisé. A la maternité, le fait d’être entouré par le personnel a fait que je me suis sentie à l’aise avec mon bébé mais une fois arrivée à la maison j’ai paniqué. Paniqué d’être seule avec elle, de ne pas savoir faire. Je n’arrêtais pas de pleurer. Je disais sans cesse à mon homme « je dois vous quitter pour vous protéger ». J’avais la sensation de ne pas pouvoir assumer ce rôle. Je me suis demandée si j’avais eu raison de vouloir un enfant et si je ne m’étais pas mis un « fardeau » sur les épaules. J’ai beaucoup douté.

De quelles manières avez-vous géré ces sentiments ?

Beaucoup de pleurs, j’ai arrêté de manger mais j’ai eu de la chance d’être bien entouré. Ma sœur et ma mère m’ont beaucoup rendu visite et « déculpabilisé ».

Comment a réagi le papa ?

Une perle. Nous avons beaucoup parlé. Il a été à mes côtés et m’a beaucoup réconforté. Il m’a bousculé quelque fois et poussé dans mes retranchements mais heureusement qu’il était là.

Quelles ont été les paroles qui ont fait du bien ? famille, amis, médecins…

Mon homme me disait sans cesse « je n’aurais pas fait un enfant à une femme que je n’aimais pas, que je n’estimais pas et en qui je n’aurais pas confiance. J’ai attendu 40 ans ce n’est pas pour rien. J’ai confiance en toi et je sais que tu vas y arriver ».

Ces paroles-là, elles ont été déterminantes pour moi.

Quels actes avez-vous posé concrètement ?

Je suis allée voir une psychogénéalogiste qui m’a beaucoup aidé car je voulais vraiment m’en sortir, et dès que je regardais ma fille je me disais qu’elle ne méritait pas ça et qu’il fallait que je me prenne en main rapidement pour changer cette situation.

Aujourd’hui, que voudrais-vous dire aux mamans qui ont vécu cette même situation ? Si vous aviez un conseil à donner ce serait ?

Parlez à votre mari, votre famille contrairement à ce que l’on peut penser, ils ne sont pas dans le jugement et peuvent vous aider à surmonter cette situation. On est parfois trop dure avec nous-même. Faites-vous confiance et laissez-vous du temps même si cela peut paraitre égoïste. Tout rentre dans l’ordre et votre petit bout de chou ne vous en tiendra pas rigueur.

Crédit photo : @CarloNavarro