J’ai accouché dans un hôpital strasbourgeois en plein confinement

J’ai accouché dans un hôpital strasbourgeois en plein confinement

Quand on décide de donner la vie, on est tous d’accord pour se dire que notre vie va changer (notre façon de dormir, de s’organiser…) mais de là à se dire que le monde dans lequel nous vivons ne sera plus le même, il y a un énorme fossé !

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Je me présente, je suis Natacha, maman de deux magnifiques enfants : Juliette 20 mois et Maxence 2 semaines.

Quand nous avons annoncé l’arrivée Maxence, la phrase qui est le plus revenue après « toutes mes félicitations » ça a été « ah ben vous en aurez des choses à lui raconter », c’est le cas de le dire !

Maxence aurait dû arriver le 31 mars 2020 mais il a décidé de pointer le bout de son nez le 19 mars et ça a fait toute la différence sur la gestion de cet accouchement.

Pour Juliette, j’avais eu un très bon accouchement. J’avais accouché à l’hôpital Hautepierre, à strasbourg, par voie basse, accompagnée de mon conjoint et d’une chouette équipe hospitalière. Assez logiquement, je souhaitais le même scénario (avec une péridurale efficace en plus si possible).

Jusque là, mes craintes se résumaient au temps de transport pour me rendre à la maternité (ayant déménagé à la campagne entre temps). Mais quand cette histoire de coronavirus a vraiment pris de l’ampleur, qu’on a commencé à être confinés et que les hôpitaux alsaciens étaient saturés, je me suis dit : « ok, va pour accoucher sans péridurale, mais pas son mon conjoint ! ».

J’essayais bien sûr de ne pas trop y penser pour ne pas me stresser et stresser mon bébé. J’avais passé une grossesse tout à fait normale et épanouie, je ne voulais pas tout gâcher…

Confinée depuis le 16 mars, je commence le faux travail le 18 mars matin. Je passe cette journée à contracter. Des contractions un peu douloureuses s’invitent aux contractions de Braxton Hicks de façon complètement irrégulières. Mais la journée passe et le constat est sans appel : j’ai plus contracté que le contraire dans cette journée. Après avoir pris plusieurs spasfon, j’appelle la maternité. J’étais vraiment partagée entre le fait de ne pas « déranger » car je savais que le travail n’avait pas commencé et le fait quand même de se rassurer sur cette journée assez intense. Je ne voulais pas non plus aller « dans la gueule du loup », dans un hôpital pleins de malades d’un virus virulent. Une sage femme me conseille de prendre un bain et de passer faire un Check up si ça ne va pas mieux. A 19:30, après un long moment de réflexion, je me dis que je ne peux pas prendre de risque pour mon bébé juste parce que j’ai peur d’aller à l’hôpital pour les raisons citées plus haut. J’informe donc mon conjoint, qu’on met juliette au lit et qu’on file à la maternité pour vérification. Nous avons beaucoup de chance de vivre actuellement chez ma belle mère et que la garde de notre fille soit ainsi facilitée !

Vous vous doutez bien que ça a roulé tranquille ! Arrivés à l’hôpital, nous découvrons un parvis et des couloirs déserts. Pour entrer dans l’hôpital, il faut parler à un interphone et expliquer la raison de notre venue. Il faut savoir qu’à ce moment-là, j’étais persuadée que j’allais rentrer chez moi. Qu’on allait me dire qu’il fallait que je me repose mais que ce n’était pas pour tout de suite. D’ailleurs, de la façon dont j’ai raconté ma journée à la sage-femme qui m’a accueillie et qui m’a mis sous monitoring, je pense que c’est ce qu’elle pensait aussi. Elle nous accueille avec un masque, nous invite à nous laver les mains avec son gel hydroalcoolique, nous demande si nous ne sommes pas malades ou si nous avons des symptômes quelconques. Je lui explique qu’à part quelques nausées, tout va bien. Et elle me répond, que ça fait partie des nouveaux symptômes du covid. Ah…

Elle me met sous monitoring. On remarque que la situation a évolué depuis le début de la journée : les contractions sont plus intenses et régulières et bébé ne les apprécie pas toutes de la même façon. La sage-femme décide de me mettre en surveillance, toujours sous monitoring, dans une salle de naissance. Même scénario jusque minuit. C’est à ce moment-là qu’on m’informe que je passerai la nuit à l’hôpital, dans une chambre classique, pour refaire un Check up le lendemain matin. Quand je demande à mon conjoint s’il veut rentrer, la sage-femme nous interrompt en nous disant que si monsieur part, il ne pourra plus revenir le lendemain car la procédure aura changé. Bon ben la décision n’a pas été longue à prendre : mon conjoint reste avec moi !

Je passe une nuit chaotique, entre les contractions et bébé qui fait la java dans mon ventre. Pourtant, je me réveille avec une sensation de légèreté et je me dis « là c’est sûr, c’est pas pour aujourd’hui, je vais rentrer ». On me place à nouveau sous monitoring, les contractions sont régulières, plus rapprochées et… je perds les eaux à 9h ! Bon, vous vous en doutez, à ce moment-là je me dis que je ne vais plus partir sans mon bebe.

La sage-femme qui s’occupe de moi est très calme et pédagogue. Elle prend le temps de m’expliquer tout ce qu’elle fait. Elle porte un masque, comme tout le personnel de la maternité mais à part ça, on ne se douterez pas que dans d’autres services c’est l’hécatombe… L’anesthésiste vient très rapidement. Très gentille, calme et pédagogue également. J’accouche à 13h par voie basse d’un magnifique petit Maxence.

On prend le temps du peau à peau, de la première tétée. On s’occupe de mon bebe et de moi, toujours très calmement, jamais une once de précipitation. On nous ramène dans notre chambre. Là, on me demande quand même quand est-ce que je veux rentrer. On ne me met pas dehors, mais je sens bien que tout le monde serait rassuré si je rentrais plus tôt car le week-end qui arrive risque d’être compliqué pour l’hôpital. J’ai entendu dire également qu’il y avait eu des premiers cas de mères covid dans le service… je réponds que j’attends que mon bébé soit vu par le pédiatre pour prendre ma décision. Mon conjoint peut profiter un peu de notre bébé avant de partir pour s’occuper de notre « grande ». On le sait, son départ fait qu’il ne pourra plus revenir…

Mais finalement, je vais vous le dire en toute honnêteté, ça fait un bien fou de se retrouver seule avec son bébé qui vient de naître ! Bien sûr, la présence de mon conjoint ne m’aurait pas gênée, bien au contraire, mais j’étais contente qu’il soit avec notre fille également. Avec Maxence, nous avons pu faire connaissance tranquillement, sans stress, à ma façon… je pouvais traîner en culotte filet si j’avais envie 😂

Finalement, le contrôle du pédiatre se passe bien et je décide de rentrer un jour plus tôt. Mon conjoint ne pouvant plus monter dans ma chambre, c’est une étudiante sage-femme qui viendra m’aider pour prendre toutes mes affaires.

Comme vous avez pu le lire, nous avons eu beaucoup de chances dans toutes cette histoire ! Si Maxence était venu un jour plus tard, tout ce serait passé différemment. Actuellement, l’hôpital d’Hautepierre (hôpital de stade 3) n’accueille plus que les mères covid et les grossesses à risque. Toutes les autres grossesses sont dirigées vers d’autres établissements…

Aujourd’hui, Maxence et moi allons bien. Je ne pense pas que nous ayons apporté le virus chez nous même si j’y pense quand même. Je reste vigilante et informée sur tout ce qui se dit concernant les bébés. Le confinement, nous le vivons bien ! Nous avons la chance de vivre à la campagne avec un très grand extérieur. Les visites de la famille et des amis ce sera pour plus tard. On a tout le temps maintenant. Que chacun reste chez soi en bonne santé !

Je pense à toutes ces femmes qui vont accouchées dans les heures, jours ou semaines à venir. Je leur souhaite un très bel accouchement. En fonction de votre situation et de là où vous vous trouvez, ça pourra être plus ou moins dur… cependant gardez en tête que vous êtes des guerrières et qu’avec ou sans papa, qu’avec ou sans péridurale, vous y arriverez parce que tout ce qui compte c’est la santé de votre bébé ! 💪🏻

Crédit photo : @birthstoriesbyalexandriamooney