Témoignage « J’ai été infectée au Covid-19 et j’ai accouché de mon 4ème enfant »

Témoignage « J’ai été infectée au Covid-19 et j’ai accouché de mon 4ème enfant »

Covid quand tu nous tiens.

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Infectée au Covid-19, j’ai accouché il y a 3 jours de notre 4ème enfant sans mon mari…  Un grand bonheur en conditions particulières.

Nous habitons à Shanghai depuis 7 ans. Nos trois (petits) aînés (4, 3 et 2 ans) y sont nés et nous y sommes très installés.

Début février, je suis alors enceinte de 7 mois et demi. Le Covid-19 sévissant là-bas dans des circonstances un peu opaques, nous prenons la décision – à reculons – de rentrer quelques semaines en France pour fuir le confinement, les écoles fermées, les cliniques désertes de nos médecins coutumiers et un climat anxiogène omniprésent. Nous décidons alors que j’y accoucherai malgré toute l’organisation, le chamboulement et la fatigue que cela suppose.

Nous rentrons à Paris

Nous atterrissons chez mes parents, à Paris, qui nous accueillent à bras ouverts. C’est alors une course fatigante et éprouvante qui commence pour moi: trouver des écoles et solutions de garde pour les enfants, gérer une situation de crise à distance avec le bureau, trouver un médecin et un hôpital qui puisse m’accueillir pour accoucher, être présente tout en restant zen auprès des enfants qui sont un peu bouleversés par ce changement de situation.

Je ne me ménage en aucun cas et je me dis que ce bébé que j’attends est un guerrier ! Je n’ai plus la force de me sentir fatiguée, je dors peu et mal, avec des réveils nocturnes la tête pleine: rien n’est près pour le bébé et tout fout le camp.

Enceinte alors de 8 mois et demi et alors que j’ai enfin trouvé comment caser nos 3 enfants, la fermeture des écoles est annoncée et, s’en suivent les mesures de confinement. Ce que nous avons fui en Chine il y a plus d’un mois nous poursuit, nous sommes maudits…

La bienveillance de mes parents les incitent à partir dans le sud-ouest avec nos 3 enfants sous le bras pour leur offrir un confinement au vert et nous laisser de l’air pour appréhender cette naissance imminente dans ce contexte mouvant. Un cadeau pour nous.
Enfin au calme, je prépare un coin bébé dans ma chambre de jeune fille retrouvée, une valise sommaire pour la maternité et m’équipe avec ce que je trouve dans les magasins encore ouverts malgré le confinement. Ce n’est pas parfait mais ça ira, au moins cet enfant peut enfin se sentir attendu.

Je me sens rapidement fatiguée, mal fichue et ça va crescendo les jours avançant. “Je suis sans enfant, prête pour aller accoucher et je relâche la pression des dernières semaines” me dis-je.

« Je suis positive au Covid-19 »

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Dans cet état de grande fatigue, je prends le temps, enfin, de me projeter dans ce qui m’attend: ce nouveau bébé, cet accouchement, l’après… C’est pour moi la quatrième fois et, pourtant, je me noie soudainement dans un océan de doutes et de panique. Je commence à réaliser que les précautions prises en maternité sont de plus en plus fermes. Amère, je les comprends. Puis, je discute avec mon gynéco qui me signale que les symptômes que je traine depuis quelques jours pourraient tout à fait être ceux du Covid. Il me fait tester en urgence et la nouvelle tombe: je suis positive.

Tout s’écroule: les mesures me sont expliquées et je réalise que je vais accoucher seule, pestiférée, sans mon mari, lui qui a toujours été un pilier essentiel dans la naissance de chacun de nos enfants. Je me projette le film des dizaines de fois, les contractions, le travail douloureux, la poussée et l’accueil du bébé. Tout ça, je le ferai seule. Une tristesse immense m’envahit. On va nous voler ce moment unique pour lequel nous avons déjà subi tant de chamboulements.

Mon terme se rapproche, mon état se stabilise, sans s’améliorer. Je suis consciente que mon petit bébé ressent toute mon angoisse. Il reste lui aussi confiné… Pour un quatrième, je vais finir par dépasser le terme, c’est une surprise et inimaginable quand je repense à notre cavale des deux derniers mois.

Trois jours passent, toujours rien côté bébé. Mon gynéco m’appelle et m’explique qu’il veut me déclencher le lendemain pour des questions d’organisation de leurs équipes: je suis une patiente Covid + et vais demander des mesures particulières donc c’est préférable que ce soit arrangé en amont. Je ne suis pas enchantée par cette option, plutôt partisane de laisser venir les choses mais c’est comme ça. Au moins, je vois l’horizon. Le fait de finalement savoir “quand”, était enfin une certitude dans un long tunnel d’inconnues. Et ça a tout changé…

Quelques minutes auront suffit après cette conversation pour commencer à ressentir des contractions plus fortes que d’habitude. Le fameux pouvoir du psychologique…! Nous nous sommes couchés comme d’ordinaire et, en pleine nuit, je me suis mise en travail. Prise de panique, je m’empêche alors de penser que ça y est, nous y sommes.

Mon mari m’accompagne dans mon travail jusqu’à ce que je n’en puisse plus. Je suis partagée entre la douleur des contractions et la douleur de le quitter. Guère sereine, nous y allons, avec en tête et en consolation, la péridurale qui m’y attend. A l’entrée des urgences, j’étais attendue: une sage femme vêtue de la tête au pied m’interpelle au loin et avec douceur: «On vous attend». Le ton est donné. Je ne veux pas y aller. Je ne veux pas y aller seule. Je laisse passer une puis deux contractions, les deux dernières dans ses bras. Il est 7h du matin, nous sommes sur le parking, en masque, c’est glauque et la douleur me terrasse.

« Ne touchez rien Madame »

Nous nous quittons les yeux brouillés, le cœur lourd. Je passe tout doucement le sas des urgences, on se suit encore quelques mètres au travers de la vitre, c’est fini. Je suis dans un état second…comme si plus rien ne pouvait m’atteindre. D’une certaine manière, j’encaisse mieux les contractions qui suivent alors qu’elles sont de plus en plus vives et rapprochées.

Le sinueux chemin dans l’hôpital jusqu’à la maternité me paraît prendre une éternité… “Ne touchez rien Madame” me dit-on alors que je suis dans un couloir transitoire. C’est très clair, je suis infectée et ils font TRÈS attention.

Une fois arrivée à l’étage de la maternité, je vais directement en salle de naissance avec ma valise. Pas question de prendre plus de risque pour les autres patientes et le personnel, il faut me confiner. Une sage femme, elle aussi très équipée, m’y attend, elle sera là en continu, “dédiée” à mon accouchement. Elle ne quittera pas la salle des 4 prochaines heures. Elle est en double-tout: double combinaison, double charlotte, double gants, double protection de chaussures, etc… La pauvre, avait-elle perdu à pile ou face? C’est avec beaucoup de reconnaissance mais désolée que je me retrouve là devant elle.

La suite est allée assez vite, j’étais très avancée dans mon travail, quasiment prête à accoucher. Quelle belle récompense! Devant l’effort qui me sépare encore de mon fils, je me réjouis d’avoir fait mon travail intégralement avec mon mari, ça restera un moment qui n’aura appartenu à personne d’autre qu’à nous deux.

Une péridurale posée en quelques minutes, le temps que le bébé descende et hop il fallait y aller. J’appelle mon mari sur FaceTime, avec qui la communication depuis notre séparation n’avait presque pas été interrompue, et j’accouche, avec mon FFP2 et lui au bout du fil. Achille est né. Je l’ai fait, et finalement dans la sérénité… ! Je me sens bien, il est là et je relativise sur les dernières heures. Quelle chance nous avons. Quel beau soleil dans cette tempête. Nous avons vécu tous ensemble ce grand moment de vie. Différemment. Mais ensemble!

« Je prends conscience de la situation irréaliste »

À ce moment là, je prend conscience de la situation irréaliste que nous vivons. Je suis entourée d’une sage femme, d’un obstétricien et d’un pédiatre, tous les trois silencieux et couverts de la tête aux pieds. Le calme aseptisé et la prudence prennent le dessus de leurs automatismes routiniers. Ils font leur travail normalement mais je ne les sens pas tout à fait à l’aise face à cette situation. Ils sont au front là pour nous et en permanence entre bienveillance, professionnalisme et danger personnel. C’est remarquable.

Les deux jours suivants sont passés très vite. J’étais en forme, mes symptômes du Covid vont enfin en s’atténuant. Achille super zen, FaceTime n’a pas arrêté. La joie de nos familles et amis nous a particulièrement frappé. Cette naissance est pour eux comme pour nous, un regain d’espoir, de normalité et de vie dans ce contexte étonnant. Les visites des sages femmes sont contenues et calculées. Le protocole vestimentaire lourd pour rentrer dans notre chambre conjugué au fait que nous allons vraiment bien tous les deux n’a pas donné libre cours aux allers et venues parfois envahissants. Je savoure ces moments volés avec mon fils, malgré le port du masque, les lavages de mains 5 fois par heures et la peur de le contaminer, le plus dur reste de ne pas l’embrasser.

Un bonheur immense

Au bout de 48h, nous sommes sommés de partir pour notre plus grand bonheur. Joie immense autour de la rencontre d’Achille avec son Papa et de nos retrouvailles.

Notre bataille maintenant que nous sommes à la maison est de continuer à protéger Achille de notre respiration et de nos mains qui, contre notre volonté, se retrouvent encore bien trop souvent en contact avec notre visage ou notre masque. Mais nous apercevons enfin la lumière au bout du chemin…: encore quelques jours et quelques précautions et nous partirons soulager mes parents et faire découvrir à nos enfants leur nouveau petit-frère.

La boucle est bouclée.

Photo @birthstoriesbyalexandriamooney