Témoignage : « Quand la grossesse n’était pas dans notre plan »

Témoignage : « Quand la grossesse n’était pas dans notre plan »

Voici le témoignage d’une jeune maman qui nous a partagé son expérience sur sa grossesse imprévue : un sujet encore compliqué à aborder dans notre société :

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Jeune maman, je souhaitais partager avec vous mon témoignage sur cette grossesse imprévue qui a bouleversé nos vies. Parce que le sujet des grossesses « surprises » est difficile à aborder dans notre société, je vous livre mon histoire.

Ils se marièrent…

J’ai rencontré mon mari alors que je m’apprêtais à entamer des études supérieures. Malgré notre jeune âge, nous savions dès le début que nous nous engagions dans quelque chose de sérieux. Après quelques années, nous avons choisi de donner une nouvelle dimension à notre histoire en nous fiançant. Conscients qu’en nous mariant nous serions probablement appelés à devenir parents, nous nous réjouissions beaucoup à l’idée de former une famille. Mais, si ce désir était profondément ancré en nous, nous avions pourtant convenu avec mon mari d’attendre un peu avant de nous lancer dans l’aventure de la parentalité. Après de longues fiançailles, nous souhaitions nous donner du temps pour nous construire.

Après notre voyage de noces, je me suis donc lancée dans la recherche d’un emploi. Mes cycles, réguliers avant le mariage, se trouvaient perturbés par tous ces changements. Ayant opté pour une méthode naturelle de régulation des naissances, nous nous sommes fiés tant bien que mal à mes observations mais, quelques semaines seulement après notre mariage, j’ai commencé à percevoir des signes annonciateurs d’une grossesse. Inquiète, j’en ai fait part à mon mari qui s’est précipité aussitôt à la pharmacie. A son retour, je me suis empressée de faire un test tandis qu’il patientait fébrilement derrière la porte. Je me souviendrai longtemps de cette attente : 5 minutes tout au plus qui ont été aussi longues que pénibles. Et quand le verdict est tombé, il était sans appel : j’étais bien enceinte.

Et eurent un enfant…

Terrassée par la nouvelle, je me suis – littéralement – effondrée sur le carrelage de notre salle de bain. J’étais en colère : contre moi-même d’abord, contre mon mari ensuite et, enfin, contre la terre entière. Moi qui rêvais de cette vie à deux quelques temps, j’étais submergée par une infinie détresse tandis que mon mari, sonné, me soutenait physiquement et cherchait, en vain, à me rassurer. J’ai su, plus tard, qu’il avait été très choqué par cette scène et qu’il s’était promis de tout faire pour que je ne me retrouve plus jamais dans une telle situation.

Une fois la sidération passée, il fallait agir : rendez-vous chez un généraliste, prise de sang au laboratoire, rencontre avec une sage-femme… Nous n’étions qu’au début de cette aventure et, déjà, cet enfant était au coeur de nos existences. Voyant ma détresse, le médecin nous a recommandé de consulter un psychologue. Enfermée dans un mutisme inquiétant depuis le résultat du test, je n’arrivais plus à dormir ou à m’alimenter mais, surtout, je m’enfonçais chaque jour davantage dans mon désarroi. Je tournais en rond dans ma tête : pourquoi moi, qui avais toujours voulu être mère, je ne parvenais pas à accepter cette grossesse ? J’étais débordée par tout un tas de considérations : matérielles d’abord (parce que nous venions de nous installer et qu’il fallait déjà chercher un appartement plus spacieux) ; professionnelles ensuite (parce que je tenais vraiment à travailler et que nous vivions sur le seul salaire de mon mari) ; sociales enfin (parce que j’appréhendais la réaction de nos amis : ceux à qui j’avais dit que nous voulions attendre avant d’avoir un enfant, ceux qui venaient de faire la douloureuse expérience d’une fausse couche, ceux qui souhaitaient en avoir mais pour qui ce n’était pas le bon timing…). J’étais comme prise au piège dans mon propre corps et ma détresse était telle que j’en venais à souhaiter une fausse couche ou, pire encore, à penser à un avortement sans que cela ne soit vraiment envisageable étant donné les principes sur lesquels nous avions souhaité fonder notre mariage.

La rencontre avec une psychologue, quelques semaines plus tard, a été décisive dans notre histoire. Grâce à elle, j’ai pu briser le silence dans lequel je m’étais enfermée et « mettre des maux sur mes maux ». J’ai compris que j’étais envahie par :

La culpabilité :

– De ne pas vouloir de cet enfant alors que nous étions dans de bonnes dispositions pour l’accueillir ;

– De ne pas me réjouir de cette nouvelle alors que je rêvais de devenir mère et que de nombreux couples autour de nous étaient en espérance d’enfants ou n’avaient pas pu en avoir ;

– De voler à mon mari ses premiers moments de joie en tant que futur père et de le mettre dans une situation inextricable face à ma détresse.

La colère :

  • De ne pas avoir su correctement déceler les signes de ma fécondité ;
  • D’avoir trahi la confiance de mon mari qui n’avait d’autre choix que de se baser sur mes indications et qui a subi les conséquences de cette erreur.

La peur :

  • De ne pas être à la hauteur et de ne pas aimer suffisamment cet enfant ou, pire encore, de lui reprocher sa propre existence plus tard ;
  • De ne pas arriver à me relever de cette épreuve et de me retrouver coincée dans une vie que je n’avais pas choisi ;
  • De trop en demander à mon mari qui, du coup, avait dû compenser mes manques et mes faiblesses et en venait à s’imaginer qu’il allait devoir aimer cet enfant pour deux.

Cette heure de « mise à plat » s’est avérée salvatrice puisqu’elle m’a permis de sortir de ma torpeur. Nous n’avons pas ressenti le besoin de poursuivre avec cette psychologue mais je ne la remercierai jamais assez. Après cela, nous avons pu mettre en place un « plan d’attaque » afin d’aborder les mois suivants plus sereinement. L’annonce officielle de ma grossesse à été cruciale pour nous car, touchés par l’enthousiasme de nos proches, nous avons progressivement réussi à voir cette naissance comme une vraie joie.

Un plan d’attaque

Avec du recul, je suis plus à même de partager avec vous ce qui m’a permis d’aller de l’avant. Peut-être que ces conseils pourront vous aider si vous vous trouvez dans la même situation :

  • Me faire à nouveau confiance en acceptant mes faiblesses et mes difficultés. Si dans notre société, l’annonce d’une grossesse est la source d’une grande joie (et heureusement !), nous sommes en droit de ne pas répondre à cette injonction. Il faut se détacher des « quand dira-t-on », éviter les comparaisons et chercher à comprendre les raisons qui nous poussent à mal vivre cet état.
  • Me reposer sur mon conjoint qui, bien qu’il ne partage pas mes craintes et ne ressente pas physiquement les choses, est aussi concerné que moi par cette grossesse. Il a été d’un soutien indéfectible et a d’ailleurs été la clef de tout lorsqu’il m’a dit vouloir garder cet enfant parce qu’il l’aimait déjà. Il m’a aidé à avoir un discours rationnel sur mes peurs et à trouver une solution pour chacune d’entre elles… C’est aussi ça la magie de la parité dans un couple.
  • Laisser du temps au temps. La nature étant bien faite, nous avons la chance d’avoir 9 mois pour que l’enfant à naître devienne un membre à part entière de notre foyer. Ce temps n’est pas seulement utile au corps, il est aussi nécessaire à nos coeurs et à nos esprits pour se faire doucement à cette idée.
  • M’ouvrir à des proches bienveillants. Sans pour autant rentrer dans les détails, nous avons choisi d’être transparents en annonçant ma grossesse à nos proches. Se confier à des parents ou à des ami(es) qui nous connaissent bien et qui ne sont pas dans le jugement permet souvent de dédramatiser la situation mais surtout de réaliser que nous ne sommes pas seuls dans cette galère.
  • M’entourer d’un personnel médical compétent et délicat. J’ai eu la chance d’être suivie par une sage-femme dynamique et bienveillante qui a su me rassurer et me booster tout au long de ma grossesse. Un bon accompagnement médical est déjà important lorsque la grossesse se déroule bien, vous imaginez combien il est crucial dans celles plus difficiles.
  • Tenir compte de mon état lorsque j’étais submergée par les émotions. Les femmes enceintes sont en proie aux hormones et aux sautes d’humeur, tout le monde le sait… Mais, si c’est une chose de le savoir, c’en est une autre de le vivre. Inconsciemment, notre manière de penser est biaisée par ces hormones et, sans tout leur mettre sur le dos, il est important d’en tenir compte.
  • Prendre mes problèmes à bras le corps. Après m’être apitoyée sur mon sort, j’ai cherché à mettre mon énergie dans des choses qui me permettaient de me sentir utile. Bien souvent, les obstacles ne sont insurmontables que si on ne souhaite pas les affronter.
  • Être dans le concret. J’ai pleinement investi chaque étape de la grossesse pour ne plus « subir » cette situation. Que ce soit par une démarche administrative, un examen médical, l’achat d’accessoires de puériculture ou le choix d’un prénom, il y a toujours une façon concrète de s’impliquer dans une grossesse et donc de se réconcilier avec elle.
  • Connaître le plus tôt possible le sexe du bébé. En connaissant le sexe, on parvient mieux à se projeter et donc à s’attacher. Nous avons choisi rapidement son prénom, ce qui nous a permis de donner à notre enfant une véritable identité et donc une place dans notre famille.
  • Réfléchir à deux au projet de naissance. En rédigeant mon projet de naissance, je n’ai pas cherché à établir une liste de directives ou de cases à cocher mais plutôt à dresser un bilan de cette grossesse et à définir ce qui, compte tenu de notre histoire, répondait le mieux à nos attentes et à nos besoins au moment de la naissance (dans notre cas, créer le plus rapidement possible du lien avec notre bébé).

Et aujourd’hui ?

Malgré des débuts compliqués, j’ai eu la chance de vivre une grossesse plutôt agréable. J’aimerais vous dire qu’il en a été de même pour l’accouchement et qu’à partir du moment où notre enfant est né, j’ai tout oublié… Mais ce n’est pas le cas. Affaiblie par ces mois compliqués et traumatisée par l’accouchement, j’ai mis du temps à me remettre physiquement et à m’occuper seule de notre bébé. Aujourd’hui, nous sommes tous heureux et même si des ajustements sont à prévoir, je peux vous dire que je n’ai pas de regrets. Lorsque je vois le regard de mon mari se poser sur notre merveille, je sais que j’ai fait le bon choix : celui de la Vie, celui de l’Amour.

 

Crédit photo : Nathalie Coster pour Maman Vogue