Être mère au Québec, nos amies québécoises vivent-elles la même expérience de la maternité que les françaises ?

Être mère au Québec, nos amies québécoises vivent-elles la même expérience de la maternité que les françaises ?

Il est toujours intéressant de regarder comment ça se passe ailleurs, de s’inspirer des bonnes idées, des façons de faire dans d’autres pays, d’autres cultures. Si proches de nous et pourtant si différentes, nos amies québécoises vivent-elles la même expérience de la maternité que les françaises ? Voici quelques éléments en témoignage d’une maman qui a vécu les deux. Une expérience parmi d’autres, représentative d’un état d’esprit.

Une grossesse bien acceptée au travail

Annoncer à mon patron la bonne nouvelle a été une source d’angoisse. Echaudée par les réactions de mes managers et collègues en France, j’ai été plus qu’agréablement surprise par celle de mon manager canadien. Sur un poste avec plus de responsabilités, plus d’enjeux et de travail que celui que j’avais en France, j’ai été d’emblée félicitée avec une joie sincère. Lorsque j’ai dit que j’avais conscience que cela mettait à mal toute l’équipe dans laquelle nous ne sommes que deux, il m’a très gentiment ri au nez « Tous ces livrables ne sont pas importants à côté de la famille. Et puis d’ailleurs, on ne planifie pas de tomber enceinte, vous n’alliez pas vous glisser entre deux clôtures fiscales ».

Ma grossesse puis mon congé maternité ont été des « no brainer », comme on dit là-bas. Ma grossesse était simple et lorsqu’il y a eu quelques doutes sur une malformation du bébé, j’ai reçu un grand soutien sans qu’il soit intrusif. Je me suis sentie respectée dans ce que je vivais et pourtant traitée comme tout le monde. Je n’étais pas une petite chose à protéger mais je pouvais totalement travailler de la maison si j’étais fatiguée.

Et fatiguée, je l’étais. En effet, au Québec, les femmes partent en congé maternité au dernier moment. Je ne compte plus les exemples de celles qui travaillent jusqu’à quelques jours avant d’accoucher. Mais loin de mettre une quelconque pression, je l’ai aussi vécu comme un appel au lâcher-prise et à en profiter. N’ayant jamais été une énorme fan de la grossesse (je préfère avoir le bébé avec moi), j’étais contente de ne pas être chez moi à tourner en rond et à répondre au 22000 « Alors ?? » qui m’arrivaient chaque jour. J’ai eu 3 semaines avant la naissance puisque mon bébé n’était pas pressé de naître et c’était tout à fait suffisant. A noter qu’il est tout à fait possible de partir plus tôt. Le congé maternité est un stock de semaines que l’on peut déclencher quand bon nous semble avant ou après la naissance.  Chacune adapte sa formule à son cas particulier.

Un congé maternité d’un an

Au Québec, la formule de base est d’un an et c’est ainsi qu’elle est anticipée par les entreprises. Il s’agit d’un congé maternité puis d’un congé parental à partager avec le papa. Oui, vous avez bien lu : avec le papa. Exit les 11 jours calendaires consécutifs lorsque j’étais en France, ici votre conjoint pourrait s’arrêter un trimestre et s’occuper seul ou avec vous de votre nouvelle petite merveille. Un magnifique cadeau pour les hommes et une belle façon d’inciter à appréhender ensemble la vie avec un bébé. Il me semble l’avoir perçu comme un message envoyé par la société que l’homme et la femme sont à égalité devant les défis de la parentalité, qu’ils peuvent aussi bien faire l’un que l’autre et que la charge n’en incombe pas qu’aux mères.

Par ailleurs, un congé maternité aussi long montre bien l’importance qui est accordée à la mission. 1 an pour allaiter sans tirer son lait entre deux réunions, un an pour profiter des premiers moments avec son bébé, un an pour consolider les liens d’attachement, un lien pour le garder protégé du monde extérieur. 1 an où nous vivons au rythme de l’enfant. Ce qui dit bien aussi l’importance de l’enfant dans la société québécoise : un an c’est le temps qui lui est 100% dédié, qui prend le pas sur tout le reste, 1 an juste pour lui.

Ce qui m’amène à apporter une certaine nuance. Un an de congé maternité c’est un an au service du bébé et nous ne sommes pas toutes faites pour ça. Certaines se sentent devenir esclaves des humeurs et des besoins d’un petit être et perçoivent cette mission comme une pression de la société. « Si on me donne tant de temps, c’est que c’est nécessaire à son bon développement, c’est que je dois me consacrer seulement à lui, c’est mon job ». Oui et non. Ne pas s’oublier au cours de cette année est vital. Vital pour soi, vital pour l’image que nous avons de nous-mêmes et pour être en capacité d’accueillir les phases par lesquelles passe l’enfant. Je dirais donc que ce n’est pas parce que vous pouvez prendre un an, que vous le devez. Ce n’est pas parce que vous avez un an pour votre bébé que vous êtes obligées de vous laisser de côté pendant tout ce temps.

Un accouchement naturel et un allaitement accompagné

En comparaison avec ce que j’avais vécu en France, l’accouchement au Québec était plus naturel et plus respectueux de mon corps. L’ambiance est assez peu médicalisée et la péridurale n’est pas légion. Nous avons la possibilité de faire des projets de naissance qui deviennent de priorités pour le corps médical. En France aussi, c’était possible mais peut-être moins massivement accueilli. Ici, c’est accueilli comme une norme, toutes les femmes décident elles-mêmes comment elles veulent accoucher. De la même façon, le personnel intervient le moins possible si vous ne le souhaitez pas et qu’il n’y a pas de problème. Toutes les expériences sont différentes et même si nous ne voulons pas faire de généralités, mon expérience a été celle d’un corps médical qui se met au diapason de la maman et non l’inverse.

L’allaitement est la norme. Les infirmières qui vous accompagnent en suite de couches sont formées pour vous aider à le mettre en place. Elles nous apportent un soutien bienveillant et en même temps, très concret. Tout en n’imposant pas. Par exemple, elles recommandent de ne pas habiller du tout l’enfant pendant tout le séjour à la maternité pour faire autant de peau à peau que possible, que vous allaitiez ou non.

Une anecdote qui m’a marquée : avant de quitter la maternité, vous devez avoir une formation au « bébé secoué ». Une infirmière vient vous voir pour vous rappeler qu’il est extrêmement dangereux de secouer votre bébé et passe du temps à chercher avec vous les ressources qui vous permettront de ne pas en arriver là. Ce qui m’a positivement surpris c’est l’approche. Au lieu de culpabiliser la mère et de lui faire comprendre que c’est son job de supporter les pleurs, les infirmières véhiculent le message que c’est dur pour tout le monde et qu’il est tout à fait acceptable de trouver ça insupportable, d’être nerveuse et d’avoir du mal à gérer. Le point focal est mis sur la protection physique du bébé. Ainsi je me suis entendue dire « Madame si vous sentez que vous perdez le contrôle, sécurisez votre bébé dans son lit et allez vous isoler à l’autre bout de la maison ou même sortez marcher 10 minutes ». Non pas qu’il fasse laisser votre bébé seul régulièrement mais j’ai trouvé l’approche plutôt bienveillante et déculpabilisante. Je crois qu’une maman qui vient d’accoucher a plus besoin de ça que de jugements.

Enfin, pour celles qui n’aiment pas rester à la maternité, vous serez comblées : en 48h pour un accouchement « normal », vous êtes chez vous.

Pour conclure, j’ai personnellement préféré mon expérience de la maternité au Québec. J’ai vécu mon meilleur accouchement et des suites de couches aussi faciles que possible. Tous les jours, je mesure combien l’équité homme-femme est ancrée dans leurs mœurs et combien l’expérience de la parentalité est perçue comme un sujet non genré.

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