Est-ce que j’ai le droit de dire non? Puis-je parfois me donner la priorité?

Est-ce que j’ai le droit de dire non? Puis-je parfois me donner la priorité?

Pendant le confinement, nous avons plus ou moins été mis à l’épreuve. La façon dont nous avons vécu (et revivrons ?) cette période peut être révélatrice de notre personnalité, de nos forces ou au contraire de nos faiblesses. Dans mon cas, le constat est sans appel : je suis une usine à culpabilité, je ne sais pas dire non, j’ai une tendance naturelle à m’oublier derrière les autres. 

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En congé parental pendant cette drôle de période, j’ai vu re-débarquer à la maison un mari qui travaille 12h par jour, 2 enfants entre 3 et 6 qui sont venus régaler les journées du nourrisson de 3 mois qui ne demandait que ce spectacle permanent. 

Spectacle oui, mais à quel prix ? Au prix d’une multi-casquette qui a pesé bien lourd sur les épaules de Maman (et que dire des mères qui ont dû travailler…). Dans mon cas, qui dit congé parental dit « parental ». Évidemment, pas vraiment besoin de discuter partage de l’espace de silence/de travail ou partage des heures à s’occuper des enfants avec mon conjoint puisque je n’avais « rien d’autre à faire » que de justement diligenter foyer et occupants. Il a donc fallu être assistante de direction, femme de ménage, cuisinière, maîtresse, GO, promeneuse d’enfant, gouvernante, Tout en continuant de combler les besoins d’un tout petit bébé. 

Ajoutez à ça : gestionnaire du planning social de chacun, lorsqu’on nous a permis de ressortir de chez nous sans rouvrir les écoles ni la crèche…

Je continue de me demander comment font les mères au foyer pour trouver la ressource en elle de tout gérer sereinement. Moi, je n’ai pas arrêté de me sentir coupable de ne pas être à la hauteur des attentes que le foyer semblait mettre en moi. Je m’en suis voulu de m’agacer de plus en plus rapidement d’un jeu qui tournait aigre, d’une leçon qui était apprise avec mauvaise volonté. 

Coupable de choisir de préparer le repas au lieu de jouer aux Barbies, mais l’avais-je vraiment choisi ? Coupable de ne pas pouvoir les emmener faire un tour de vélo parce que j’avais décidé qu’il était temps de faire un coup de ménage. Coupable de ne pas assez alimenter leurs jeux, leurs journées parce que j’avais l’impression d’avoir déjà tellement à faire. Coupable de devoir laisser le bébé pleurer quelques minutes de plus, car ses frères étaient en train de s’entretuer dans la salle de bain. Coupable qu’une crise intergalactique ait interrompu une réunion zoom à grand renfort de hurlements parce que j’étais en train de surveiller les pâtes. 

Coupable aussi auprès de cette amie qui proposait qu’on se retrouve au parc pour que nos enfants jouent ensemble alors que je n’avais simplement pas l’énergie de me lancer dans une balade-caravane ce matin-là. Coupable de ne pas avoir envie de regarder un film avachie sur le canapé, avec mon conjoint qui a bossé toute la journée et aimerait partager ce moment de détente avec moi alors que je rêve de 1) silence, 2) solitude. 

Je m’en suis voulu de lui demander de l’aide alors qu’il essayait déjà de gérer ses équipes à distance, de se rendre le plus indispensable possible pour conserver son boulot. Je me suis sentie horriblement coupable de m’énerver qu’il mette sa tasse à café au-dessus et non dans le lave-vaisselle parce que je saturais de passer après tout le monde pour ramasser « ce qui traîne ». 

Coupable parce que pour être le cœur névralgique de la maison en temps de crise COVID, il a fallu un peu s’organiser pour répondre aux besoins de chacun et essayer de ne pas m’oublier. Coupable du temps qui passe, coupable des horaires, coupable de l’organisation qui est pourtant là pour satisfaire les besoins primordiaux de tout le monde, coupable de ne pas avoir lâché trop de leste niveau bouffe et ménage,… 

Coupable parce que parfois, j’ai choisi de m’économiser, de mettre en place mon organisation pour tout tenir, d’orienter le planning familial de façon à me ménager une heure de tranquillitéCe qui a aussi parfois généré de la tension dans la famille. 

Bref, coupable de tout gérer, mais à ma sauce. Force m’est de constater combien ça a été dur pour moi, combien il m’a été difficile de poser et d’assumer mes choix, combien je me suis sentie mal à l’aise lorsque je me donnais un tout petit peu la priorité. 

Et pourtant, je sais que l’humeur générale dépend souvent de la mienne. Et encore plus quand nous vivons tous ensemble 24 heures sur 24. Mon énergie et ma joie de vivre, le soutien que je peux apporter ont un effet papillon sur le reste de la maison. Mais je suis comme tout le monde : je ne peux donner que ce dont je suis remplie. Si je m’oublie, si je m’efface tout le temps derrière les besoins de tous, je vais perdre mon feu intérieur, je vais tout simplement m’éteindre. Alors, je ne serai plus un soutien pour qui que ce soit…

Cependant, cette réflexion est une vraie question : mes besoins sont-ils légitimes parce qu’indirectement ils influent sur la vie de famille (organisation et ambiance) ? 

Nos besoins en tant que parents ont-ils la même valeur que ceux de nos enfants ? Comment on arbitre entre aller au parc pour qu’ils puissent jouer ou rester à la maison pour pouvoir rédiger un article ? Comment ne pas s’oublier quand on a l’impression d’avoir tant à faire pour les autres ? Comment accepter de ne se consacrer qu’à soi de temps en temps ?

Paola Marceau

Working mum de 2, la maternité est pour elle un sujet intarissable d'échanges et de questionnements et une aventure galvanisante au quotidien.

Elle partage avec joie son vécu, ses interrogations et ses petits tips !