Conjoint militaire : son métier, nos sacrifices et ma fierté

Conjoint militaire : son métier, nos sacrifices et ma fierté

Je suis femme de militaire. Oui, le même homme en uniforme que celui que vous croisez au détour d’une synagogue, armé jusqu’aux dents. Le même encore qui se promène dans la gare fin août sous 40°C, vêtu d’un équipement bien chaud pour surveiller vos arrières, pendant que vous trainez votre valise pleine de souvenirs de vacances. Toujours le même que vous voyez, là-bas, en haut des collines, en plein exercice de mise en situation avec son régiment. Lui encore, qui se confine au régiment et non chez lui avec sa famille, pour rester « toujours prêt ». Le même que celui qui a sauvé une vie lors d’une prise d’otages dans un supermarché. Et oui, en effet, il pourrait bien être celui dont vous regardez actuellement l’éloge funèbre aux Invalides tandis que vous êtes bien au chaud sur votre canapé.

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Il est bien légitime de vivre une vie normale, loin de ce tumulte, mais je voudrais vous raconter les sacrifices que notre famille fait pour que nous puissions tous vivre dans un pays en paix. Je voudrais parler de l’héroïsme quotidien de mon mari. Je voudrais vous dire la fierté que j’éprouve en le voyant exercer ce métier si particulier.

À tout juste 20 ans, il a décidé d’offrir sa vie à sa patrie, considérant que sa place était au service de la France. N’écoutant que son cœur et son courage, se fichant bien de mon avis d’ailleurs, il est donc allé s’enrôler dans l’armée. Je n’étais pas réellement sa première supportrice dans ce choix et pourtant quelle fierté cela fut pour moi de le voir revêtir son uniforme pour la première fois, de comprendre tout le sens et l’honneur que cela représentait. Il portait dorénavant sur ses épaules, avec tant d’autres camarades, le salut de la France, son Histoire, ses personnages mythiques, ses valeurs et ses croyances.

Le voici soldat de France.

Les années passants, avec mon cœur d’épouse, de mère et d’enfant (car mon père avait également porté cet uniforme chéri pendant trente années), je mesure peu à peu ce que cela signifie, l’ampleur de cet engagement et les conséquences que cela a sur notre foyer.

Lorsqu’un époux militaire, un père, se donne tout entier au service de cette immense cause il est évident que cela a des répercussions sur la famille et sur chacun de ses membres. C’est un métier prenant avec un rythme soutenu. Nos maris doivent être toujours parfaitement opérationnels et pour ce faire ils sont envoyés régulièrement en stage de formation ou en terrain d’exercice. Les compétences exigées sont élevées et demandent un investissement certain. L’esprit et le corps tout entier de nos hommes sont pris dans cet engrenage et cela s’accentue évidemment à chaque départ. Chaque nouvelle mission nous oblige à supporter des mois d’absences, difficiles à vivre des deux côtés. Chaque séparation nous fait connaître le supplice des longues angoisses, quand les nouvelles se font rares ou inexistantes. Chaque nouvelle journée nous oblige à nous débrouiller seule, faire tourner la maison (ménage, papiers, voiture, etc.), éduquer les enfants (école, comportement, règles, activités extra scolaires, etc.) et à répondre à leurs questions, parfois terribles.

Pourtant, nous continuons à vivre avec joie et sérénité parce que la vie est ainsi, parce que nous connaissons la valeur de notre époux et l’amour qu’il possède en lui. Car il n’y a pas d’amour plus grand que celui qui donne tout ; le sacrifice est l’expression la plus noble de l’amour. Comme mon mari se sacrifierait pour sauver ma vie ou celle de nos enfants, il ferait de même pour la vôtre ou pour la France. C’est dire l’amour qu’il a en lui !

C’est un sentiment violent et très ambigüe qui nous fait à la fois lui reprocher son engagement auprès des autres et l’aimer pour la force de ce même engagement. Les accusations sont faciles, les disputes sont répétitives : on lui reproche de nous mettre au second plan, de ne pas être assez présent pour nous, de se consacrer à une cause qui nous dépasse et nous divise, alors que c’est tout l’inverse. Car autour de lui se crée non pas un esprit de corps, comme le diraient si bien les militaires, mais bien un esprit de cœur. À chacune de ses absences, un peu de nous part avec lui, si bien que chacune de ses réussites, de ses blessures, chacun de ses échecs, de ses sentiments nous affectent et inversement. C’est l’amour. Se donner tout entier. La fermeté et la fidélité face aux engagements pris.

Pour tout ceci, mon mari, comme mon père avant lui, est un héros. C’est une fierté immense de voir que les hommes qui comptent le plus dans ma vie ont pris la décision de se donner entièrement aux causes qui leur tenaient à cœur, en sacrifiant le temps précieux passé aux côtés de leurs familles mais en allant jusqu’à offrir leurs vies si cela devait arriver.

Je voudrais rendre un hommage particulier à toutes celles et ceux qui ont perdu leur père ou leur conjoint en opération. Je voudrais faire connaître au monde ces familles, ces épouses, ces enfants qui vivaient avec une crainte permanente et qui ont sacrifiés leur couple, leur foyer, une partie de leur vie pour que nous puissions, chacun d’entre nous, vivre dans un pays en paix et continuer à insuffler ce message au monde. Je voudrais dire mille fois merci aux hommes de ce pays qui servent notre cause parfois au détriment de leur propre famille. Je voudrais dire bravo aux femmes qui les soutiennent et les épaulent. Je voudrais dire courage aux enfants qui n’auront pas un baiser de leur papa ce soir en se couchant parce que celui-ci est en vadrouille quelque part où le monde a besoin de lui.

Merci à nos héros du quotidien.

 « La fidélité est ce parfum qu’on ne peut pas dire, cet incomparable parfum que respirent les âmes des soldats. » E. Psichari

Anne-Victoire G.

 

Photo : Pauline St James
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