Billet d’humeur : Et si on arrêtait de se juger?

Billet d’humeur : Et si on arrêtait de se juger?

Avez-vous des souvenirs des moqueries que subissaient les petits premiers de classe ? Vous rappelez-vous de vos frères et sœurs qui jouaient à l’enfant parfait devant les parents, de vos amis qui se tenaient bien, qui levaient la main pour répondre, qui suivaient les consignes, … et qui récoltaient souvent plaisanteries, sarcasmes et ironie. Moi oui. Parfois, je me sens un peu comme eux quand j’essaie de bien faire et que je suis confrontée à certains amis qui ont « réussi » à « lâcher prise ».

Moi j’ai encore envie de me donner du mal pour certaines choses comme des goûters non industriels, un peu plus de présence, l’allaitement prolongé, le repassage de certains jolis petits vêtements, le cododo, les légumes, le bain tous les soirs, les couches lavables,…Je me sens l’énergie pour ça et j’ai l’impression que ce cadre fonctionne (pour l’instant) pas trop mal dans notre famille. J’ai personnellement indiqué que tous ces détails qui semblent des montagnes pour certaines ne me coûtent pas mais qu’ils contribuent à mon sentiment de bien faire.

Et j’en ai assez des jugements des mères qui ont « réussi à lâcher prise ». Je comprends le combat contre les injonctions dont les femmes et les parents font l’objet. Je suis consciente que la famille Cyrillus n’existe pas. Moi non plus je n’aime pas lire dans le regard des autres leur jugement silencieux lorsque mon fils fait une colère dans la rue. Moi aussi parfois j’ai envie de crier que je fais ce que je peux.

Mais j’ai aussi envie de demander qu’on arrête de m’en vouloir ou de me juger de m’efforcer de bien faire. Ce n’est pas à la mode de se donner du mal pour des choses universellement jugées comme futiles. « Ce n’est pas si important que les enfants aient un rythme, l’essentiel c’est qu’ils soient heureux » ou alors ce regard hautement condescendant de la maman qui a de l’expérience (et croit tout savoir) « oui oui c’est ça, continue avec les couches lavables tant que tu en as le temps, on en reparle quand tu auras repris le boulot ».

Celles qui brandissent le principe de (leur) réalité pour te faire bien comprendre que tu te berces d’illusions en pensant que tu vas y arriver. Celles qui te regardent avec un petit sourire condescendant qui veut dire que tu es trop stressée, trop rigoureuse, trop jeune,…Celles qui brandissent un paquet de gâteaux industriels comme si c’était une victoire de ne pas avoir fait un cake au yaourt, celles qui essaient de te démontrer par A+B qu’il te faut absolument une femme de ménage et une jeune fille au pair 3 soirs par semaine. Celles qui se vantent d’avoir abandonné la supervision des devoirs.

Toutes celles-ci te donnent parfois l’impression qu’on t’attend au tournant, qu’on attend que tu échoues, que tu tombes pour pouvoir te lâcher « je te l’avais dit » ou « tu vois, ça ne servait à rien de se donner tout ce mal ».

Au sein des parents, comme à l’école, il y a des groupes. Le groupe des cools n’écoute pas en classe, chahute pour exister, fuit les consignes. Ce même groupe qui rigolait de vous à l’école si vous aviez le malheur de récolter des bonnes notes et de vous mettre en rang à la sonnerie. Aujourd’hui, le groupe des cools a « lâché prise» et c’est tant mieux pour eux mais pas besoin de regarder de travers ceux qui « stressent » pour faire ce qu’ils estiment être bien pour eux-mêmes.

Ce n’est pas de la naïveté, de la bêtise, de la jeunesse ou même du défi, c’est un choix, le leur.

Chaque famille identifie son propre équilibre. Chaque parent, chaque enfant a des besoins différents. Chaque parent doit pouvoir identifier ce qui compte pour lui et choisir en toute liberté ses priorités. Si la norme dans le « trop d’injonctions » est rejetée, pourquoi la remplacer par la norme du « lâcher-prise » ? Alors de grâce, si vous voulez qu’on arrête de vous juger, arrêtez aussi de le faire. Laissez certains parents mettre le curseur de leurs exigences haut, laissez-leur le relever ou au contraire le revoir à la baisse aussi souvent qu’ils le souhaitent. Appliquez-vous à vous-même ce que vous demandez à la société : arrêtez de juger !

 

Photo @ameliafullarton

Paola Marceau

Working mum de 3 et expatriée, Paola aime particulièrement interroger le sens de la maternité, son impact sur les femmes que nous sommes et que nous deviendrons et remettre en question les étiquettes et les injonctions. D'après elle, maternité rime avec sororité et elle est ravie de partager avec vous son parcours, ses coups de cœur ou de gueule et ses astuces.

Ses sujets préférés: comment faire rentrer un rond dans un carré, plus communément appelé l'organisation familiale, la mise en musique de toutes nos ambitions dans la vie et les multiples nuances de féminin.