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Accouchement "Je suis fière d'avoir vécu un accouchement physiologique !"

 
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« Pouvez-vous nous expliquer le contexte ? »

Pendant longtemps je me suis imaginée vivre sans enfant. Je ne ressentais pas le besoin impérieux de procréer, et ne me reconnaissais nullement dans l’image maternelle. J’ai toujours aimé les enfants, et j’en ai gardé à plusieurs reprises sur des périodes relativement longues, appréciant ces moments avec les enfants des autres finalement. La vie m’a rattrapée et, comme souvent dans mon parcours, m’a presque prise de cours en me confiant cette responsabilité que l’on nomme assez justement en français de porter un enfant.

Avec étonnement et plaisir j’ai vécu une grossesse idéale, sans complications ni désagréments en dehors des nausées les premiers mois. Spontanément et dès le début, je me suis sentie envahie d’une joie inédite et d’un amour tout aussi nouveau pour ce petit être qui se développait en moi.

C’est avec la même confiance que je souhaitais un accouchement sans péridurale, aussi dit naturel ou physiologique. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agissait nullement d’une défiance à l’égard de la conception médicalisée de l’accouchement que nous avons aujourd’hui, ni même d’un défi personnel qu’il faudrait relever, par orgueil envers soi-même ou désir de prouver quoi que ce soit. Le choix de l’accouchement naturel ne s’inscrivait pas à mon sens dans une réminiscence new-age, et encore moins dans une volonté de prouver un quelconque courage face à la douleur.

Il m’apparaissait simplement comme une évidence pour le corps et une nécessité mentale pour vivre l’accouchement. C’est un peu comme si, dans ma grande naïveté, j’avais eu peur de ne pas me rendre compte de la naissance de mon enfant si l’on m’anesthésiait, la peur d’être attachée et retenue à un lit, ou encore assistée par d’autres et non guidée par mes propres ressentis. En somme, moins libre.

Mais il y avait aussi une fascination certaine pour cette expérience qu’est l’accouchement : j’éprouvais une réelle curiosité mêlée d’envie pour les sensations corporelles et mentales de ce moment.

À cette volonté clairement exprimée de l’accouchement naturel, j’ai entendu un consensus de réponses de la part du personnel médical comme des personnes avec qui j’abordais ce sujet : on ne sait pas ce qui nous attend en termes de douleur lorsque l’on déclare cela, la plupart des femmes change d’avis, et il ne faut pas vivre cela comme un échec si tel est le cas. Comme il s’agissait de mon premier enfant, les avis convergeaient aussi pour dire que cela pouvait être plus long et donc plus difficile sans péridurale.

En France, près de 87% des femmes accouchent sous péridurale, sans compter les césariennes et certains hôpitaux atteignent les 98 ou 99%[1]. Il peut en effet paraître étonnant de vouloir faire l’expérience d’une douleur que l’on qualifie d’insupportable voire d’insurmontable, pour autant j’y trouvais un sens qui me renvoyait presque à l’ordre des choses. Intriguée par ce que le corps peut accomplir de lui-même, et dotée d’une confiance certaine en la nature, je concevais l’accouchement comme une expérience. Un peu à la manière de celui qui s’impatiente fébrilement dans la queue d’une attraction de fête foraine qu’il redoute en même temps.

C’est seulement en me renseignant ensuite sur l’accouchement naturel que je pus y trouver d’autres avantages collatéraux, pour le bébé comme la maman, ce qui me confortait dans un choix irrationnel de manière rationnelle[2].

« Comment s’est passé votre accouchement ? »

Lorsque les premières contractions sont survenues, vers deux heures du matin, je trouvais cela douloureux mais supportable. Huit heures plus tard, alors que leur fréquence et leur force augmentaient, j’étais en pleurs en train d’espérer qu’il s’agissait de faux travail car je me sentais (ne riez pas) trop fatiguée après une nuit blanche pour accoucher. J’étais alors loin d’imaginer que ce n’était rien par rapport à ce qui allait suivre. Vers 13h nous sommes partis avec mon conjoint à la maternité, même si je continuais à douter que j’allais accoucher.

Assez curieusement je me suis habituée à la douleur des contractions, alors que j’en pleurais dans la voiture, et me concentrer sur la respiration et la visualisation m’a permis de tenir relativement mieux les huit heures suivantes. La douleur était vive mais surmontable. La fatigue, en revanche, s’accumulait et je pense que l’on ne saisit pas forcément qu’accoucher ressemble plus à un marathon qu’au sprint si souvent illustré au cinéma.

J’ai eu la chance d’être dans une maternité proposant une « salle nature » équipée d’une piscine, de gros ballons, d’un immense lit avec arceau et de suspensions, et ces conditions ont été idéales, voire indispensables, pour supporter la suite. La piscine m’a permis de gérer de fortes contractions jusque 19h. C’est après, en sortant de l’eau, que les choses se sont corsées.

« Quelles ont été les paroles qui ont fait du bien ?

Je me considère plutôt comme résistante à la douleur, mais celle qui est survenue après la rupture de la poche des eaux était inouïe. À chaque fois qu’un seuil de douleur dépassait le précédent, je me disais que ça ne pouvait pas être pire, et pourtant ça l’était. C’est sans doute cette conviction qui m’a permis de tenir : la sensation que la douleur était déjà à son apogée, et qu’elle ne pouvait que diminuer. Je me suis souvenue de certains conseils glanés auparavant, comme le fait de traverser une phase dite de désespérance, et de ne pas se laisser submerger par l’angoisse alors. Les contractions étant de plus en plus longues, intenses et rapprochées, il est en effet difficile de ne pas perdre pied.

Je me souviens me répéter intérieurement « je marche dans un champ de fleurs » comme un mantra, en soufflant le plus lentement possible, « comme à travers une paille » avait conseillé une sage-femme. Je me souviens sentir les contractions arriver et monter comme des vagues immenses, puis comme une lame de fond. Je me souviens me dire qu’il fallait accompagner la douleur et ne pas céder à l’impuissance qui nous envahit alors. La douleur vient de notre propre corps et ne peut nullement cesser, presque comme une sensation de claustrophobie à laquelle il ne faut pas céder. Je me souviens des voix de la sage-femme et de mon conjoint, je me souviens lui serrer la main, et puis, je ne me souviens plus de rien.

Ou plutôt d’images éparses et saccadées, comme des flashs. Je ne me souviens plus de ce que j’ai dit, ou plutôt hurlé, c’est mon conjoint qui me l’a raconté. J’ai surtout senti une brûlure immense dans tout le bassin, mes os s’écarter, et l’impression qu’un boulet de canon et un chalumeau me traversaient tout le corps. J’ai cru mourir, et il semblerait que je l’ai dit plus d’une fois, de même que, pour l’anecdote, j’ai hurlé « ne coupez pas ! » en voyant les ciseaux qui allaient servir… au cordon ombilical. À minuit seize, ma petite fille était sur moi, d’un calme olympien, alors que j’entendais qu’on me disait que c’était fini, et que je tentais de reprendre mes esprits. J’ai vu mon conjoint la prendre dans ses bras et lui sourire, et il m’a fallu un peu de temps pour revenir, atterrir, et pour que la douleur me quitte. J’ai eu littéralement la sensation de mourir et de redescendre ensuite.

« Aujourd’hui, que voudrais-vous dire aux mamans qui ont vécu cette même situation ? Si vous aviez un conseil à donner ce serait ? »

Aujourd’hui je suis heureuse d’avoir tenu et pu surmonter la douleur. Non, pas la douleur en fait. Mais l’épreuve. J’ai eu l’accouchement que je voulais, sans analgésie ni aucune intervention. Et c’est de cela qu’il faut tirer, je pense, une fierté : non pas celle d’avoir vaincu la douleur, mais celle du corps humain et de ce qu’il est capable d’accomplir seul.

« Au Moyen-âge, nous aurions survécu » : cela peut faire sourire, mais c’est cette pensée qui m’est spontanément venue, alors que je revenais dans ma chambre, en ayant très mal au bassin mais en marchant, mon petit bébé dans le berceau poussé par la sage-femme.

Je me suis aussi dit que jamais je ne revivrais pareil supplice et qu’en effet, la nature est bien faite, on ne sait pas ce qui nous attend.

À celles qui se posent la question de l’accouchement naturel, je pense qu’il est primordial d’avoir confiance en sa propre capacité mentale, bien plus que physique. La sage-femme qui faisait les cours de préparation à l’accouchement m’avait dit « tout se joue dans la tête ». Cela peut paraître simpliste mais rien n’est plus vrai. C’est pourquoi le second conseil que je donnerais est d’être accompagnée par une personne de confiance : sans le soutien de mon conjoint je pense sincèrement que je n’y serais jamais arrivée, aussi forte qu’ait été ma volonté. Les dernières heures de l’accouchement avaient changé ma perception extérieure, et la souffrance m’a presque fait perdre connaissance. Dans tout ce chaos et ce tunnel de douleur – car ç’en fut un – il me restait la voix de celui que j’aimais, et sa main serrant la mienne. Et je crois que, rien que pour cela, et pour le souvenir de ce moment-là surmonté à deux, ça en valait littéralement la peine. Et ça, personne ne me l’avait dit.

[1] Pamela Druckerman, « Bébé made in France », chapitre 2, « Avec ou sans péridurale ? », Flammarion, p53.

[2] Un article du Monde fait un bilan sur le sujet : https://www.lemonde.fr/maternite/article/2017/08/30/accoucher-avec-ou-sans-peridurale-naissance-d-un-debat_5178710_1655340.html

Audrey

Crédit photo : @Luma Pimentel

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