« Vous voir grandir est le plus beau spectacle auquel j’ai assisté »

« Vous voir grandir est le plus beau spectacle auquel j’ai assisté »

Lettre ouverte à mes enfants

« Mes très chers amours,

Avant mon dernier voyage en avion, et vous savez combien je suis courageuse dans ces engins là, j’ai songé à vous laisser une lettre, un cahier, un mot, pour vous dire, au cas ou l’appareil s’abîmerait quelque part en pleine mer (je faisais un vol Paris-Cracovie, si vous avez eu une bonne note à votre dernière éval’ de géo vous comprendrez la faille…), combien la vie avec vous est une surprise de tous les instants. Un véritable spectacle : personnages principaux, secondaires, intrigues et rebondissements. Et cette histoire entière qui se déroule sous mes yeux admiratifs, nous la fabriquons ensemble chaque jour.

L’avion ne s’est pas écrasé, et l’histoire va pouvoir continuer. Tant mieux ! Mais si je devais maintenant faire le point sur ce que nous avons déjà vécu ensemble, voilà ce que je vous dirais : Vous êtes le plus beau des spectacles. Un spectacle de la plus intense des émotions, de la joie la plus pure, aux doutes les plus profonds. Comme ce film que nous regardions hier tous ensemble, pelotonnés dans le canapé : les images sont belles et authentiques, le décors est vivant et la musique résonne. A aucun moment je ne regretterai d’être passée « à coté » de mon travail, de ma carrière, pour pouvoir contempler vos vies.

Le rideau s’ouvre sur l’éblouissement de la première naissance. La découverte de ce que deux corps humains qui s’aiment peuvent produire de plus incroyable : un enfant. Qui sera t-il ? Que deviendra-t-il ? Dans quel monde évoluera-t-il ? Voilà l’intrigue principale. La chute des hormones faisait monter mes larmes à toutes ces questions en préambule, admirant la courbe parfaite de ce nez minuscule. Par quatre fois nous avons assisté à ce levé de rideau ; le début de l’histoire d’un Homme. De votre histoire, à chacun. Et à chaque fois la même émotion, la même plénitude et raisonnait en moi, comme une bande son, le refrain d’une chanson d’Etienne Daho « le premier jour du reste de ta vie » ; « un matin comme tous les autres, un nouveau pari, rechercher un peu de magie, dans cette inertie morose, clopin clopant sous la pluie, jouer le rôle de sa vie… ».

Nous jouons tous le « rôle de [notre] vie », sans filet, sans souffleur et sans entracte, avec le sentiment de n’avoir pas le droit à l’erreur. Et pourtant des erreurs, qu’est-ce que nous en faisons ! Est-ce si grave au fond ? Le spectacle ne serait-il pas ennuyeux à mourir si nous ne le pimentions pas un peu avec quelques cascades (et points de sutures), soucis (et punitions injustes à rédiger), disputes (et réconciliations). Votre vie vous appartient, elle nous émerveille. Nous y avons un rôle évidemment, le rôle de vous aider à choisir le bon scénario. Nous pourrons toujours interagir, la vie n’est pas un film de cinéma où tout est écrit d’avance. Mais notre rôle à nous est de vous lancer dans votre histoire, de faire de vous les vrais acteurs de vos vies : ne soyez pas des pantins de théâtre ! Inventez votre personne, votre identité, n’ayez pas peur de l’improvisation ! Faites vous confiance. Nous sommes là pour vous apporter les clés, les accessoires, le décors.

De notre coté, nous continuons d’apprendre ce rôle si naturel et pourtant si peu évident de parents. Nous pouvons bien faire valoir nos compétences auprès des autres, endosser des missions, mettre des costumes ou des tailleurs et porter un cartable en cuir foncé : nous pourrons toujours avoir une doublure sur la scène professionnelle. Mais ne pas passer à coté de vos premières années est bien la seule responsabilité, le seul rôle, que nous devons prendre au sérieux. Il n’y a bien qu’auprès de vous que nous sommes uniques. Vous nous faites découvrir tant de choses, tant d’émotions, tant de beauté qu’aucun livre n’apprend cela à l’école. Aucun effet spéciaux, aucun film hollywoodien ne sait transcrire ce qui se passe dans le cœur des vos parents qui vous contemplent. Et Dieu sait si la pression sociale, si l’engouement des réseaux sociaux, nous fait parfois oublier que le temps que l’on vous donne est plus riche que n’importe quel dossier à finaliser.

Aucun risque ici de spoiler la fin de l’histoire, personne ne la connaît. Ni le jour, ni l’heure. Comme j’étais présente au levé de votre rideau, je prie pour que ce soit vous qui fassiez tomber le mien, avec vos affectueux applaudissements pour vous avoir transmis le goût de la contemplation, de la joie, de l’essentiel. Et pour vous avoir appris à prendre le temps de regarder à votre tour votre œuvre, quel qu’elle soit, à avoir su résister à un quotidien trop prenant. Ainsi vous pourrez vous dire que vous n’avez pas perdu une miette de l’histoire, et que votre vie est telle que vous souhaitiez la mettre en scène.»

Une maman

©Virginie Hamon pour MAMAN VOGUE 

À lire aussi :

Devenir maman : un drôle de jeu

Devenir mère ma rapprochée de ma maman

  • Ma grossesse
    semaine après semaine

    Retrouvez chaque semaine :

    • Des infos personnalisées
    • Les conseils de nos experts
    • Un rappel des démarches
    • Nos bons plans
    Je m'inscris

    Renseignez la date prévue de votre accouchement

  • Jeux concours - Les cadeaux de Maman Vogue