« Tu t’attendais à quoi ? Ta vie c’est ta fille maintenant et c’est tout ! »

« Tu t’attendais à quoi ? Ta vie c’est ta fille maintenant et c’est tout ! »

« Une amie qui projette d’avoir un enfant m’a demandé ce qui me manquait le plus. Ce qui me manque le plus, ce sont ces longs moments de silence si agréables et si précieux.
Je n’ai jamais été très entourée et même quand je l’étais, je l’étais généralement de mauvaises personnes; ce qui a entraîné une misanthropie ponctuelle et une phobie des « complications sociales ».

Aujourd’hui, je n’ai plus le droit de penser et de me comporter ainsi. Non pas parce que j’ai changé, non. C’est à cause de la société qui ne m’autorise pas à être anticonformiste.

Avez-vous déjà osé dire à votre entourage que vous aviez besoin de silence ne serait-ce qu’une journée pour pouvoir vous consacrer à vous et rien qu’à vous ?
Moi oui. C’est là que mon combat a commencé. Quand on m’a dit:

– « Mais tu t’attendais à quoi ? Ta vie c’est ta fille maintenant et c’est tout ! Tu dois tu dois apprendre à t’oublier, c’est normal et c’est ainsi depuis la nuit des temps ».

Lorsque tu deviens maman, certaines femmes ont tendance à te parler comme on parle à un enfant, comme elle parlerait à leur enfant. Cette infantilisation est insupportable puisqu’elle signifie en quelque sorte « et si tu n’étais pas prête à avoir un enfant ? ».
Ce comportement est propre aux femmes et plus particulièrement à notre propre mère, notre belle-mère ou tout autre femme qui n’est « plus en âge de procréer ».
Ce comportement met en lumière le paradoxe lié à l’arrivée d’un enfant dans une famille. L’arrivée d’un enfant dans une famille engendre un processus de deuil intérieur chez ces femmes-là. Surtout lorsqu’il s’agit du premier « petit-enfant de la famille ».
Elles doivent endosser la « perte » de leur enfant qui a décidé de construire sa propre famille, accepter qu’elles passeront désormais au troisième plan et prendre un sacré coup de vieux sans l’avoir décidé.
Malgré toutes ces difficultés, elles restent heureuses pour nous mais ont beaucoup de mal à l’assumer. Etre complètement heureuses serait pour elles, accepter leur sort et faire leur deuil.

Cette infantilisation, ces petites réflexions, ces remarques insupportables sont le fruit de leur combat intérieur et j’aurai sincèrement aimé ne pas leur en vouloir. Toutefois, mon côté têtu et indocile refuse que je leur pardonne pour le moment. Elles m’ont fait tant de mal. Je sais que je finirai par leur accorder mon pardon. En effet, c’est tout de même grâce à elles que mon projet est né. Un combat engendre toujours un nouveau combat.

Quand j’ai avoué à l’une de ces femmes que j’écrivais un livre « décomplexé et sans tabous » sur la maternité, elle a tourné la tête. Cette image humiliante et blessante restera à jamais gravée en moi. Aucune de ces femmes n’a posé de question à ce sujet. Peut-être ont-elle peur de mes mots qui diront tout ce que ma bouche n’a jamais su leur dire »

 

Elodie-Jelena BOBOCEVIC

Jeune maman, blogueuse et rédactrice d’un livre en construction dédié à la maternité composé de récits personnels et de témoignages « sans filtre » et « sans complexe » de jeunes mamans. Le but de sa démarche ? Lever le voile sur des sujets encore trop tabous! www.lamaternitepourunenulle.fr

© Crédits photos Annaclick

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