Travailler avec mon mari ? Je n’y aurais jamais pensé !

Travailler avec mon mari ? Je n’y aurais jamais pensé !

Elles sont trois autour de la table. Trois amies qui viennent de quitter leur bureau respectif pour déjeuner ensemble. Ariane s’occupe de tout le back-office chez IDIMED, Hélène travaille dans un laboratoire de prothésiste dentaire à Rouen, Irène est assistante pour Optimum Expertise Immobilière. Trois métiers différents dans trois domaines différents, et pourtant elles partagent un point commun : elles travaillent toutes avec leur mari. Travailler en couple, une évidence ? A priori, c’était plutôt audacieux, et finalement pour rien au monde elles ne changeraient de collègue !

Irène, Ariane et Hélène ont entre 35 et 40 ans, et elles travaillent toutes les trois avec leur mari. Une évidence depuis toujours ? Pas franchement ! « Au démarrage, je ne faisais que la partie administrative et comptable du laboratoire de Jean-Baptiste, en plus de mon métier, raconte Hélène. Et puis je suis tombée enceinte de notre deuxième enfant, j’ai traversé une période de chômage, et assez naturellement nous nous sommes dit que ce serait sympa de travailler un peu plus ensemble. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à manipuler le plâtre ». Pour Ariane le scénario de démarrage est semblable. « Un troisième bébé, un licenciement, un déménagement en province : toutes les conditions étaient réunies pour tenter l’expérience, raconte Ariane. C’est aussi arrivé à un moment où je n’imaginais pas forcément continuer le plan de carrière dans lequel j’étais lancé. Je ne voyais pas comment maintenir un équilibre familial et personnel en continuant comme avant ».  Irène, elle, n’avait pas travaillé longtemps avant de faire une longue pause pour élever ses quatre enfants. « Quand Arthur a monté sa boîte il y a deux ans, c’était pour moi l’occasion idéale de remettre un pied à l’étrier, surtout que le poste qu’il cherchait correspondait exactement à ce que j’avais fait comme études », explique-t-elle.

Et alors, bosser avec son homme, bonne ou mauvaise idée ? Pour Irène, cela ne fait pas un pli. « Arthur est hyper facile à vivre, et il ne change pas du tout quand il s’agit du cadre professionnel. Je suis son assistante mais nous avons une grande indépendance dans notre organisation qui fait que ce lien hiérarchique n’est pas du tout pesant. En plus on travaille de la maison donc c’est vraiment facile ».  Cela n’a pas été si simple pour Ariane et Hélène. « Au début, j’ai eu la sensation que j’avais un mari schizophrène, dit en souriant Ariane. Une crème à la maison, consensuel, qui ne fait jamais une remarque, souriant et drôle. Au bureau, un homme hyper sérieux, hyper rigoureux, qui veut tout voir, tout contrôler. C’était inattendu ! Je reconnais qu’au début ça m’a fait un vrai choc, maintenant je trouve que c’est une vraie force ». Ariane et Hugues sont associés dans leur entreprise, et cela Ariane y tient. « Il n’est pas mon boss, on est au même niveau hiérarchique, c’est vraiment important dans notre façon de travailler ensemble ». Quant à Hélène, qui sur le plan moulage de plâtre a tout appris de son mari, elle a dû « ménager sa susceptibilité pour accepter des remarques pas toujours très sympa, mais qui n’avait en fait rien de personnel ».

Hé oui, cela paraît évident, mais ce n’est pourtant pas toujours facile de distinguer vie professionnelle et vie personnelle : une remarque au travail n’est pas une marque de désamour !  « On apprend vite à passer tout son temps ensemble, reconnaît Hélène, et finalement c’est vraiment génial. Ce n’est pas forcément facile à imaginer parce que c’est rarement dans les projets de départ d’un couple de passer  24h/24 ensemble mais c’est vraiment une chance de passer beaucoup de temps avec son mari… et on apprécie aussi les moments où il part en déplacement ! ».

L’inconvénient, c’est qu’il est difficile, avec toute la bonne volonté du monde, de séparer les deux environnements – professionnel et personnel – quand la boîte dans laquelle on travaille nous appartient et a fortiori quand les deux membres du couples y travaillent. Laisser ses soucis de côté quand on franchit le seuil du salon familial, c’est faisable ? Sur ce point, Hélène Irène et Ariane sont d’accord : « Très souvent quand on est chef d’entreprise, on parle un peu boulot en rentrant à la maison : on partage ses soucis de trésorerie, de management, de clientèle avec son conjoint, donc le fait de travailler ensemble ne change pas grand-chose de ce point-de-vue-là ». Pour Ariane, le fait que tous les œufs soient dans le même panier a pu être un peu un facteur de stress. « J’ai pris conscience que si la boîte déposait le bilan, aucun de nous ne toucherait le chômage. Les années passant j’y pense moins, mais c’est sûr que c’est un facteur de risque ».

En revanche, sur le plan de l’organisation familiale, Irène, Hélène et Ariane sont unanimes : « Travailler avec son mari c’est extraordinaire ! Cela nous donne une liberté à laquelle je n’imaginerais pas renoncer un seul instant », explique Ariane. Enfant malade, dates des vacances, organisation du mercredi, livraison d’un meuble à 11h15, rendez-vous médicaux : plus rien n’est compliqué, tout est nettement plus simple pour la famille, sans pour autant travailler moins. Et tout le monde y trouve son compte, les enfants comme les parents ! Une liberté peut-être comparable à celle des professions libérales ? Certainement. Et à ce propos, arrivent pour déjeuner avec nos trois amies Aurélie, orthophoniste, et Valentine, psychologue temporairement mère au foyer (pas l’auteur de cet article, une autre – NDLR). A les entendre, nul doute que les cinq femmes savourent quotidiennement la liberté que leur donne leur profession. Travailler à son compte est une chance inimaginable à laquelle aucune d’elles ne renoncerait. Et travailler avec son mari, Aurélie et Valentine y seraient-elles prêtes ? « Passer plus de temps avec lui, oui, cent fois oui ! De là à travailler ensemble, je n’en suis pas si sûre », dit Valentine en souriant. Aurélie acquiesce. « A priori non, on est aussi bien avec chacun nos métiers ».  Pourtant, avant de franchir le pas, ni Irène, ni Hélène ni Ariane n’avaient imaginé travailler avec leurs maris. « Au contraire même, renchérit Hélène, jamais de la vie ! ». Mais aujourd’hui, à l’unanimité, pour rien au monde elles n’y renonceraient.

Valentine de La Celle

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