Témoignages AAD:  » j’ai accouché à la maison ! « 

Voici les témoignages des mamans qui ont décidé d’accoucher à la maison. Elles nous expliquent leur choix, souvent incompris, et ne reviendraient en arrière pour rien au monde. Ça vous donne des idées ?!

« Je savais que je laissais la vie advenir, par moi, en moi, à travers moi »

La question du risque

La première question qui vient généralement est celle du risque, donc je vais commencer par celle-là : j’entends quasi-systématiquement « haaan, mais t’as eu de la chance, si y’avait eu un souci ?! », voire « haaan t’es fooooolle ! ». Non, je ne suis pas folle, et j’avoue être assez agacée que l’on puisse penser spontanément que je mettrai en danger ma vie ou celle de mon bébé pour le plaisir d’accoucher devant mon lave-vaisselle. En réalité, un AAD soigneusement préparé, avec une sage-femme de confiance (tout est là !) ne présente pas plus de risque qu’un accouchement en maternité. Un accouchement ne peut pas dégénérer en quelques secondes. Une sage-femme compétente sait déceler les signaux avant-coureurs d’un accouchement qui peut mal évoluer (liquide amniotique teinté, rythme cardiaque du bébé irrégulier, etc). Et une sage-femme sérieuse demande aux parents de s’inscrire dans une maternité proche, au cas où il faudrait partir. Le « pire » qui aurait pu arriver en accouchant chez moi était donc de prendre la voiture pour aller à la maternité. Ce que font 99% des femmes de toute façon…

La préparation : mon corps sait accoucher !

Bien sûr, sachant que j’allais (si tout se passait bien) accoucher à domicile, je tenais à faire une préparation « en béton », pour être au mieux de mes capacités. Je l’ai fait en sophrologie, toujours avec Geneviève. Outre les « trucs » qu’elle nous a donnés qui m’ont été très utiles (la respiration ventrale, la relaxation), la confiance et le respect qu’elle m’a témoignés m’ont comme dopée pour le jour J. Elle s’insurgeait contre l’expression « le médecin qui accouche telle ou telle patiente ». Non ! C’est moi qui accouche, et moi seule, personne d’autre que moi ne peut mettre cet enfant au monde ! Le corps médical n’intervient que si l’accouchement se « pathologise », et il est alors, évidemment, le bienvenu, mais lorsque tout se passe normalement, je suis et demeure seule aux commandes, avec le soutien et l’encouragement de mon mari et de la sage-femme.

L’AAD : pour fuir la violence obstétricale ?

Le choix de l’AAD est plus lié à un chemin personnel par rapport au monde médical que je vis vraiment comme une pression, voire une humiliation. Je dis souvent : « le jour où j’aurai un cancer, j’irai à l’hôpital ; pour l’instant j’ai un bébé, je reste chez moi ». En me renseignant après mon premier accouchement, j’ai réalisé que, lors de la grossesse et de l’accouchement, mon corps est livré aux médecins sans que je garde ma pleine capacité de décision. Exemple : l’épisiotomie. Geneviève, ma sage-femme, m’a expliqué qu’elle n’en pratiquait plus, jamais, parce que c’est une aberration physiologique : une déchirure est peut-être moins facile à recoudre pour un médecin, mais elle présente beaucoup moins de risques d’hémorragie, dans la mesure où les tissus ne se déchirent jamais sur une artère, trop solide pour être déchirée. Une déchirure naturelle suit donc toujours le long de l’artère, alors qu’une épisio risque de trancher au milieu. Et statistiquement, une déchirure cicatrise mieux qu’une épisio, encore une fois parce que les tissus déchirés sont les plus fins. Et quand on sait que 90% des femmes apprennent qu’elles ont eu une épisio quand le gynéco leur dit « je vais vous recoudre »… cela me scandalise. Ce fut moi-même mon cas lors de mon premier accouchement. Je ne remets pas en cause la bonne volonté du gynéco qui m’a découpée sans me demander mon avis : il était sûr de faire ce qui était mieux pour moi. Mais je préfère maintenant me soustraire à cette bonne volonté, et me centrer sur l’enfant que je mets au monde sans devoir surveiller mes arrières d’un coup de scalpel, aussi bienveillant soit-il.

La relation avec la sage-femme : la bienveillance nécessaire pour mesurer la grandeur de la naissance

C’est donc avant tout un besoin de bienveillance, de respect, voire de tendresse, qui m’a poussée à rechercher une sage-femme pour m’accompagner afin d’accoucher à domicile. C’est ce que j’ai trouvé avec Geneviève G., une femme extraordinaire qui m’a bouleversée, et à laquelle je reste très attachée. Elle a posé sur moi le regard dont j’avais besoin : avec ses manières bourrues, en toute simplicité, elle nous a laissé l’espace de contempler le miracle que nous vivions, pendant la grossesse et plus particulièrement pendant la naissance. Quel sentiment de force, de puissance, ce matin de mai, lorsque j’ai senti les contractions s’intensifier et se rapprocher… J’allais mettre au monde une nouvelle personne ! Qu’y a-t-il de plus grand qui me soit donné de faire, dans ma vocation de mère de famille ? Entre deux contractions, j’ai repensé en souriant à Marie au pied de la Croix : au cœur de la douleur la plus intense, je savais que je laissais la vie advenir, par moi, en moi, à travers moi. Je n’étais qu’un passage, mais un passage indispensable, pour donner au monde une personne nouvelle. Gloire immense de la condition féminine…

Tout cela je n’aurais pas pu le penser, le savourer, si j’avais été dans une pièce froide et sentant la javel, au milieu d’instruments médicaux et de personnes inconnues. Je l’aurais vécu en aveugle, et ç’aurait été vraiment dommage.

En sécurité chez moi, trop facile !

Sans compter que, détendue et heureuse comme je l’étais, cela a très certainement facilité le travail : la première contraction s’est manifestée à 6h30 du matin, et ma fille est née à midi. Confort suprême de me faire un thé, prendre autant de bains que j’en avais envie… Le travail a été douloureux, bien sûr, et j’ai pleuré d’angoisse, mais en sachant que c’était mon chemin, qu’il fallait en passer par là pour donner la vie. Et j’aime autant pleurer sur mon canapé que sur une table d’examen, en position gynécologique… Moins d’une heure après la naissance, j’ai pu prendre une douche dans MA salle de bains ; le soir même, je mangeais les petits plats apportés la veille par ma maman, assise sur mon canapé, transformé pour l’occasion en lit au milieu du salon… ces jours après la naissance ont été idylliques, d’un repos parfait.

accouchement a la maison - mamanvogue

Chacun sa place

J’ajouterais aussi que, dans le contexte d’un AAD, le papa prend beaucoup mieux sa place que dans une maternité, où tout est pris en charge par les « compétents », c’est-à-dire le personnel médical. Les parents sont donc corollairement les « incompétents », les spectateurs, qui essaient de gêner le moins possible les médecins. Et pour un homme (en tout cas pour le mien !), il est extrêmement important d’agir, de faire : il est allé acheter une bâche au plus vite (la petite avait 15 jours d’avance, il nous restait quelques courses à faire !), m’a fait couler un bain, a préparé le lit sur lequel je pensais accoucher, a sorti les alèses en attendant la sage-femme, m’a massée et rassurée quand je me suis sentie submergée par la panique. Bref il a pris toute sa place de papa, et a même bafouillé, alors que la sage-femme était allée se laver les mains : « euh… Geneviève ! le bébé arrive ! ». Une heure après, fou de joie, il est allé nous acheter trois sandwiches, que nous avons dévorés en contemplant la merveille toute fraîche… Bref, il a été là, pleinement là, j’ai pu m’appuyer sur lui de tout mon poids. La sage-femme nous a laissé faire, n’est intervenue que très discrètement mais à point nommé : pour me conseiller une position pour percer naturellement la poche des eaux, puis, au moment fatidique, alors que je cherchais encore, pour me dire « allez ! il faut oser maintenant, il faut y aller ! ». Ça a été le déclic, la phrase qui m’a permis de lâcher pour pousser mon bébé vers le monde et hors de moi.

L’inconvénient (ben oui, il n’y en a qu’un !)

Le seul inconvénient que je pourrais trouver à mon expérience de l’AAD et que j’étais tellement en forme, et tellement surprise d’être aussi en forme, que je ne me suis peut-être pas reposée autant que j’aurais dû. Je dirais aussi que j’étais contente de pouvoir faire garder le ou les aîné(s) (ce que mes parents ont fait dans notre cas), pour l’accouchement mais aussi et surtout pour les jours suivants, afin de prendre le temps de découvrir le nouvel arrivant et de se reposer de toutes ces émotions… Mais sur cette question, chaque maman a son avis… Lakshmi L. 

« Un accouchement plus respectueux de la femme et de la relation mère-enfant »

Je m’appelle Blandine, j’ai quatre filles, nées en 2009, 2012, 2014 et 2015. Toutes sont nées, comme prévu, à la maison, pour notre grand bonheur.

Lors de ma première grossesse, je ne me sentais pas du tout concernée par cette idée saugrenue, accoucher chez soi alors qu’il y a des lieux spécialisés pour faire cela, je n’en voyais pas l’intérêt. Je me suis donc inscrite à sainte Félicité à Paris, comme beaucoup de mes amis d’alors. Le côté catholique de cette maternité a achevé de me convaincre, ainsi que le bon accueil des religieuses.

J’ai ensuite participé à des séances de préparation à la naissance en piscine avec une sophrologue étonnante, une personnalité décalée et chaleureuse, qui m’a appris beaucoup de choses sur la physiologie de l’accouchement, sur les premiers moments avec son bébé, sur l’allaitement. En parallèle, je suis allée m’informer sur l’allaitement maternel auprès de la Leche League, en assistant à des réunions.

Tout cela m’a fait réaliser qu’accoucher ce n’était pas seulement être entourée de religieuses catholiques, et d’avoir la messe tous les jours. J’ai compris ce qu’étais un accouchement physiologique, et l’intérêt que ça avait. Le témoignage d’un accouchement épouvantable dans une maternité classique a achevé de convaincre mon mari: Ce n’est pas ce que nous voulions pour cette première naissance. Qu’existait-il d’autre?

De recherches en discussions, je suis arrivée au Groupe Naissance, à Paris. Les sages-femmes y proposent des accouchement naturels dans leur maternité, ou bien des accouchements à domicile. Un rendez-vous n’engageant en rien, je suis allée poser toutes mes questions à une sage-femme. Il me fallait un accouchement le plus respectueux de la femme, de son corps, du bébé, de la relation mère-enfant… Et aussi avec toute la sécurité nécessaire. La vie de la maman comme du bébé est trop précieuse pour qu’on se permette de manquer de sérieux quant à son choix. Forte de toutes mes réponses j’ai exposé les deux propositions à mon mari: Un accouchement naturel à la maternité, ou un accouchement encore plus paisible et physiologique, chez nous tout simplement… L’Accouchement à Domicile (AAD) me tentait terriblement, mais sans lui ce choix était impossible. Il n’a pas fallu longtemps pour choisir…

Accoucher est quelque chose de très naturel, finalement… Même pour mon premier enfant, je savais combien mon corps était fait pour cela. Et bien des risques sont créés par les protocoles du milieu hospitalier… Par exemple, accoucher en position gynécologique est très pratique pour le gynécologue bien installé face à la sortie… Mais hautement inconfortable pour la maman. Accoucher en position plus verticale permet à la tête du bébé d’appuyer sur tout le pourtour du col de l’utérus, et donc de favoriser la dilatation.

De plus je ne voulais pas de péridurale, afin de ne pas être anesthésiée de mes sensations, et de ne pas donner à mon bébé une dose de produits peu naturels. Mais je suis faite de chair, comme toutes les mamans. Et la grande douleur dont on parle lors des accouchements me faisait un peur, comme toutes les mamans. Je ne voulais pas céder pour la péridurale, acculée par la douleur, parce que c’était la seule solution possible pour m’aider. Or, l’AAD me donnait les moyens de gérer mes contractions au mieux avec l’aide de ma sage-femme, des massage de mon mari…. Car la péridurale est un acte médical, et est posée par un médecin. Donc à la maison, pas de péridurale. Mais tellement d’autres moyens efficaces pour gérer la douleur! Oui, ça fait toujours mal d’accoucher chez soi, mais c’est supportable.

Un AAD n’est possible évidemment quant toutes les conditions d’un accouchement eutocique sont réunies. A tout moment la sage-femme peut décider que ça n’est pas possible, même pendant le travail. Il s’agira alors de se diriger vers la maternité. Habitant assez proche de ladite maternité, cela nous a semblé convenable.

C’est une véritable relation de confiance qui doit se nouer entre la maman, le papa et la sage-femme… Un accompagnement global le permet, toujours la même sage-femme du début à la fin.

Je ne crois pas avoir eu vraiment peur des complications en choisissant un AAD. Parce que je savais qu’en faisant ce choix, je m’épargnais aussi nombre de facteurs parasitant. Ainsi, il est souvent interdit de se nourrir ou de boire pendant un accouchement. Mais c’est comme courir un marathon à jeun! Ca n’aide pas à remporter la victoire! Ou encore, les mamans sont souvent ficelées sur un lit avec un monitoring… Mais pour gérer des contractions, il faut pouvoir bouger, écouter son corps et ses sensations, il ne faut pas être entravée! On peut très bien suivre les contractions et la façons dont le bébé les supporte de manière ponctuelle, sans gêner les mouvements de la maman.

De plus, pour qu’un accouchement se déroule au mieux, il faut que la femme débranche le cortex, la partie du cerveau qui permet de penser et réfléchir finement, pour écouter son cerveau reptilien, plus archaïque. Cela est permis par une hormone, l’ocytocine, qui a pour antagoniste l’adrénaline. Donc, pour pouvoir être dans ma bulle pour accoucher sereinement, il fallait que j’évacue tout ce qui pouvait enlever ma quiétude. Où est-on mieux que chez soi pour cela?

Hormis mon mari qui avait fait ce choix avec moi, mon entourage a eu du mal à me comprendre… Il m’a beaucoup fallu me justifier. Mais nous savions pourquoi nous faisions cela, et nous ne cherchions pas à convaincre qui que ce soit.

C’est ainsi que Jehanne est née, chez nous un soir… Dans une atmosphère paisible et douce, sans cris ni angoisses. Une partie des contractions vécue dans ma baignoire, un accouchement merveilleux. Mon mari a tout naturellement trouvé sa place, a appliqué les conseils de massages que nous avions appris ensembles. Tout s’est très bien passé…

A tel point que nous n’aurions pas du tout envie de faire autrement pour les enfants suivants… Et au gré des déménagements et des grossesses, j’ai toujours cherché et trouvé des sages-femmes acceptant de me suivre dans mes projets d’Accouchement à Domicile. Si un jour je devais accoucher à l’hôpital, ça me ferait d’ailleurs bien peur, et je ne me sentirai pas en sécurité de prime abord.. Blandine P

 

© Photos life alaskan style

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