Témoignage « mon enfant a sauté une classe » : avantages et inconvénients

Témoignage « mon enfant a sauté une classe » : avantages et inconvénients

Faire sauter une classe à son enfant, pour ou contre? Cela peut-être une source de grande angoisse qui doit être réfléchie par les parents et les enseignants. Témoignages de ces mamans qui sont passées par là. 

 Marie, enseignante en CM1 et maman de Claire passée en GS. Et Stéphanie, maman d’un petit Nolan diagnostiqué THP (très haut potentiel) à 6 ans qui a sauté le CP et qui est passé directement en CE1.

Comment avez-vous décidé de faire sauter une classe à votre enfant ? Était-ce une proposition de l’école ?

Marie : Ma fille Claire est de début d’année (24 janvier), c’est une numéro 3 après 2 garçons. Elle a toujours été très dégourdie, elle parlait comme un livre à deux et a toujours eu envie de comprendre et faire plein de choses. Dès qu’elle fut chez la nounou cette dernière dont la fille avait sauté une classe en maternelle m’avait dit qu’elle pensait que Claire avait le profil et les dispositions pour le faire. Alors, il faut savoir que mon mari a aussi eu 1 an d’avance et mon papa 2 donc je savais ce que cela pouvait engendrer. De plus, lorsqu’elle a évoqué ceci, mes antennes de maîtresses se sont affolées.

Des enfants toujours plus précoces

Marie : Tous les ans, nous avons des parents qui viennent nous expliquer que leur enfant est précoce, voir surdoué et qu’ils souhaiteraient donc que nous puissions leur faire sauter une classe. Entendons-nous bien, je ne suis pas contre le saut de classe, mais je pense que les capacités intellectuelles ne sont pas les seules à prendre en compte. Dans un monde qui va de plus en plus vite, nous ne laissons plus le temps à nos enfants de grandir à leur rythme selon leur âge. Un enfant qui intellectuellement sera en avance sur sa tranche d’âge ne le sera peut-être pas au niveau affectif et encore moins au niveau motricité (l’écriture par exemple).

J’ai très vite trouvé que ma nounou stimulait trop notre fille, ce qui avait pour conséquence des troubles du sommeil. J’ai attendu sagement l’entrée à l’école faisant entièrement confiance en mes collègues de maternelle.  Car là encore, les parents ne nous font pas toujours confiance en tant que professionnel et ne sont pas toujours à l’écoute des observations que nous pouvons faire en classe.

Claire a fait son entrée en PS à presque 4 ans puisque nous avons fait le choix de ne pas lui faire faire une rentrée en cours d’année, mais attendre le mois de septembre. C’était en septembre 2017 en PS/MS, puisque dans l’école où nous sommes il y a 2 classes de maternelles une PS/MS et une MS/GS.

Dès le mois de décembre ma collègue commence à évoquer le fait que Claire s’en sort très bien et que même peut-être envisager de ne pas faire de MS. Mais Claire étant de début d’année devait passer en septembre 2018 dans la classe MS/GS. Elle a donc fait tranquillement sa PS avec une attention un peu plus particulière de la part de sa maîtresse, mais qui attendait aussi l’avis de son collègue pour l’année suivante. En septembre 2018 Claire entre en MS. Et là, c’est un peu le drame pour elle, car cette année-là seuls 4 MS sont avec les GS et elle est la seule fille.

Marie : Elle ne trouve clairement pas sa place dans le groupe et son maître nous le signale très vite. Avant Toussaint, Claire ne veut plus du tout aller à l’école, pour une maman c’était horrible, ce sont mes parents qui ont pris le relais pour l’y amener le matin, même si c’était à l’endroit où je travaillais, c’était plus facile moralement pour moi. Mon collègue nous donne très rapidement rendez-vous et là il évoque la possibilité de faire passer Claire en GS. La disposition de la classe le permet facilement car même si elle change de niveau elle est toujours dans le même lieu physique. Mon mari a totalement fait confiance à mon collègue, j’étais plus sur la réserve. La conclusion fut que très bien elle passait en GS mais si l’année se passait mal et si je ne la sentais pas prête à passer en CP elle referait tranquillement une GS l’année suivante avec le groupe de son année de naissance.

Je n’ai pas du tout été à l’initiative du saut de classe, se sont même mes collègues qui ont dû me convaincre d’accepter.

Stéphanie : Le premier saut de classe nous a été proposé à la fin de la moyenne section par sa maîtresse. Elle le trouvait en avance sur ces camarades de classe.

Nous avons été très surpris car l’année d’avant en petite section, son autre maîtresse, nous avait tiré le portrait d’un enfant hyperactif, qui ne tenait pas en place et qu’il fallait faire suivre psychologiquement selon ses propres mots !

Nous avons refusé le saut de classe car nous déménagions et nous ne voulions pas faire un trop gros bouleversement pour notre fils.

Arrivé dans la nouvelle école, nous avons décidé de ne pas faire part des observations de la maîtresse de moyenne section. Nous nous sommes dit on verra bien, s’il y a vraiment quelque chose, sa nouvelle maîtresse nous ne dira si non on laisse couler.

Avant les vacances de la Toussaint, sa maîtresse a voulu nous rencontrer car notre fils ne tenait pas en place dans la classe. Mon Dieu, c’était dit voilà le scénario catastrophe de petite section qui revient. Et non, la maîtresse très douce et maman également d’HP a commencé à nous parler d’enfant HP. On s’est regardé étonnés, car même si son autre maîtresse nous avait parlé de saut de classe à aucun moment elle avait parlé de Haut Potentiel.

De là, sa nouvelle maîtresse Sabine, nous explique que c’est normal qu’il bouge en classe car il a fini son travail et du coup il s’ennuie. Elle nous propose dans un premier temps après les vacances de la Toussaint de lui donner plus d’exercices si nous sommes d’accord. Nolan est ravi.

En janvier, nous sommes de nouveau convoqués car le travail supplémentaire ne suffit plus à notre fils ! La maîtresse d’un calme et d’une gentillesse à toute épreuve, nous propose une autre solution. Elle souhaite aménager un petit bureau rien que pour lui et lui acheter des cahiers d’exercices de Cp pour voir s’il arrive à se concentrer. Nous sommes perplexes mais elle nous rassure et nous dit qu’elle le sait capable de la faire. Wouha quelle maîtresse, quelle chance nous avons !

Sabine, nous tiens informer en nous rassurant et nous disant que Nolan travaille super bien.

Mais nous voilà convoqués, Maîtresse, nous dit que Nolan adore tellement ses cahiers d’exercices qu’il a quasiment fini ! 😨

Mais maîtresse a encore une solution à nous proposer : un décloisonnement. Le matin, il sera avec les Cp et l’après-midi en GS. On demande l’avis de Nolan, il est enthousiaste et veut aller au Cp. Ok, nous acceptons.

C’est un peu compliqué car ce sont deux écoles différentes même si elles sont côte à côte, la maternelle et la primaire sont séparées avec deux directrices différentes. Pour la maternelle, pas de souci car ma directrice c’est sa maîtresse mais de l’autre côté, la directrice n’aime pas l’idée et essaye de mettre des bâtons dans les roues.

La maîtresse nous conseille alors de faire tester Nolan, comme cela nous pourrons justifier du décloisonnement et d’un éventuel saut de classe.

Elle nous indique une très bonne pédopsychiatre. Nolan passe le test qui met en évidence un THP (très haut potentiel), toutefois la pédopsychiatre nous met en garde, il est en avance sur les apprentissages mais émotionnellement c’est un petit garçon de 6 ans. (Nous avons dû attendre ces 6 ans pour faire le test, il a eu 6 ans en avril).

Bilan, Nolan c’est déjà lire et se débrouille très bien en maths mais à des difficultés sur l’écriture. Donc le maître n’est pas partant pour un saut de classe.

Que cela ne tienne, maîtresse organise une réunion pluridisciplinaire avec la psychologue scolaire que notre fils n’a jamais vu ! Au bout de 2h de réunion, ils se mettent d’accord et approuve le saut de classe.

Maintenant c’est à nous trois que revient la décision. Après avoir pesé les pour et les contre, nous avons dit oui.

Est-ce que votre enfant a bien vécu ce saut de classe ?

Marie : Claire a vécu très sereinement ce saut de classe, car au final elle connaissait déjà tous les enfants de GS ainsi que l’enseignant. La configuration était optimale pour elle. Elle n’a donc au final réalisé que 2 mois de MS pour passer en GS, mais ce que je peux aussi signaler c’est qu’au final elle n’était pas beaucoup plus jeune que les enfants de fin d’année (les fins décembre) de l’année au-dessus d’elle et cela a beaucoup joué dans son intégration ne serait-ce que physiquement.

Stéphanie : Nolan a donc sauté le CP pour aller directement en CE1 après sa merveilleuse année de grande section.

Il était ravi au début car il allait enfin apprendre plein de choses intéressantes.

Et puis, le CE1 a vite tourné en enfer ! Nolan se déplaçait en classe, dessinait. Il était très souvent puni de recréation, … Quand il a enfin osé me le dire, je suis allée voir sa maîtresse qui m’a confirmé. Un enfant ne peut pas errer dans la classe comme ça. Un enfant du moment qu’il n’est pas assis et qu’il n’écoute pas, il sort des cases et là on ne s’en n’occupe plus ! On a essayé de lui dire que sûrement il s’ennuyait qu’il faudrait peut-être lui donner plus d’exercices. Mais non elle refusait tout ce qu’on lui proposait ! L’année fut longue pour tout le monde.

Puis en CE2, même chose mais là nous voyons notre fils être mal, il ne voulait plus aller à l’école, il avait très souvent des maux de tête ou de ventre. Après plusieurs rdv avec la maîtresse et la directrice, nous avons abandonné l’école publique pour une petite école privée. Nous ne pouvions pas laisser notre enfant toucher le fond.

Il a commencé l’école privée pour le CM1 et là nous avons retrouvé un enfant ravi d’aller à l’école et d’apprendre. Une maîtresse à l’écoute et au top, elle avait aussi un enfant HP.

Et puis l’entrée, au collège l’an dernier. Maman appréhendait encore il n’aurait pas un professeur mais une dizaine.

Comme dans chaque nouvel établissement, nous avons décidé tous les trois de ne pas faire part du HP de Nolan.

Le collège a été un grand bouleversement le premier trimestre car c’est une nouvelle organisation mais maintenant il est ravi et adore se gérer seul.

Étiez-vous réticent à ce saut de classe ou au contraire très à l’aise avec cela ? Vous êtes-vous fait conseiller par une psy ?

Marie : J’étais très réticente au départ mais car je me basais sur mes expériences de maîtresse et donc ça angoissait la maman que je suis. Je pense professionnellement parlant qu’il vaut mieux sauter une classe de maternelle et très clairement la MS pour que cela se passe le mieux possible. Pourquoi ? En PS l’enfant découvre l’école, il s’adapte à un mode de fonctionnement nouveau et doit appréhender de nouvelles exigences. En GS, on entre déjà dans les pré-requis pour le CP surtout au niveau du graphisme. Ensuite en primaire pour moi la classe à « sauter » si besoin est le CE2. En Cp, même si l’enfant sait déjà lire avant de rentrer ce qui est de plus en plus le cas, bien souvent le graphisme est encore compliqué.

En CE1, on enfonce le clou sur ce qui a été ingéré au CP eu au niveau de l’écriture c’est à que tous les progrès se font. En CE2 le programme est fait de telle manière qu’il est quasi identique à celui du CE1 (c’est le niveau dans lequel j’enseigne).

Le CM1 est une marche énorme au niveau des connaissances à ingurgiter et le CM2 est censé préparer à une entrée sereine au collège. Mais ce n’est que mon avis. J’ai eu ces dernières années des enfants qui n’ont pas fait le CE1, et bien même si intellectuellement tout allait très vite, ils étaient très lents dans la réalisation de leur travail, bloqués par une graphie peu assurée et donc des difficultés à faire les tâches demandées au même rythme que les autres.

Je pense que ces enfants auraient dû rester dans leur groupe de classe avec de la part de l’enseignant une adaptation du travail demandé afin qu’ils puissent tranquillement acquérir ce geste graphique. Bien souvent en tant qu’enseignant nous cédons à la pression de certains parents.

Il m’est aussi arrivé de proposer un saut de classe, et en rendez-vous avec l’enfant et les parents me retrouver face à un enfant qui ne voulait clairement pas changer de niveau, les copains…. À ce moment-là le saut n’est pas envisageable car si l’adhésion de chacun n’est pas là cela ne pas fonctionner.

Je ne me suis pas fait conseiller par un psy, j’ai juste fait confiance aux enseignants de ma fille, mais j’avais aussi le vécu de mon mari et de mon papa pour savoir que cela pouvait marcher.

Stéphanie : Oui un peu mais la maîtresse et la pédopsychiatre nous ont très bien accompagnées. La pédopsychiatre nous a été conseillé par la maîtresse de grande section puis Nolan a été suivi pendant environ 2 ans.

Quels sont les avantages tirés de ce saut de classe pour votre enfant ?

Marie : Les avantages sont que Claire a retrouvé le goût d’aller à l’école et s’est très bien intégrée dans le groupe classe. Elle est plus sereine (même si malheureusement cela n’a pas tout réglé au niveau du sommeil).

Stéphanie : Découvrir des nouvelles choses plus intéressantes, grandir plus vite, un enfant plus calme et plus serein qui ont permis à Nolan de se révéler.

Quels sont les inconvénients de ce saut de classe ?

Marie : C’est qu’elle a laissé ses copains de chez Nounou et que bien que je sois rassurée en permanence par mes collègues je suis peut-être plus attentive pour elle que pour mes trois autres enfants sur sa façon de se comporter en classe au niveau de la maturité, de l’écriture…. j’ai la chance ou la malchance de travailler dans l’établissement où elle grandit ce qui me permet de pouvoir questionner ses enseignants très souvent.

Stéphanie : Ne pas connaître ses nouveaux camarades, perdre ses repères, un risque de ne pas tomber sur un enseignant sensibilisé au haut potentiel