Témoignage – Mes émotions après mes fausses couches

Témoignage – Mes émotions après mes fausses couches

“Tu en as déjà un”, “Oh ça va, c’est arrivé relativement tôt”, “Tu en auras d’autres”…Non. Non, je n’achète pas ces arguments. Aujourd’hui, je voudrais juste qu’on me laisse être triste et en colère. Juste qu’on me laisse.

Je suis triste parce que d’un coup, je me sens tellement vide…au sens propre et figuré. Evidemment, mon corps s’est vidé d’une façon sordide et tellement banale. C’est tellement soudain, terrifiant, glauque et affreusement solitaireMais surtout, mon cœur s’était agrandi à la minute même où j’ai appris cette grossesse et maintenant, il sent le vide qui ne sera pas comblé. Je me sens comme sans joie, comme si on m’avait retiré d’un coup, avec violence un cadeau qui m’était fait. J’ai eu le temps de ressentir toute cette félicité, cet espoir et même ce pouvoir de donner la vie. J’ai eu le temps de chérir mon secret, d’imaginer tout ce qu’il va devenir. Mais ce bébé, je ne le connaîtrai jamais. Je ne saurai jamais qui il est ni ce qu’il aurait pu devenir. Il est parti et je n’ai plus la possibilité de prendre soin de lui. Il m’a été arraché.

Je me sens si seule d’un coup. J’ai été deux et là, maintenant, je suis celle qui reste et qui pleure celui qui est parti. 

Et je suis en colère. Une colère pleine de larmes de rage et baignée d’hormones qui me font tourner la tête. Mon corps en veut encore, il lui faut du temps pour comprendre que c’est fini. Je suis en colère de ne pas pouvoir pleurer comme je veux parce que l’on m’impose des arguments inacceptables. Aujourd’hui, je ne suis pas prête à les accueillir, c’est trop tôt. Oui, la nature est sûrement bien faite, oui j’ai déjà des enfants, oui c’est terrible que d’autres couples n’arrivent pas à en avoir, oui peut-être que j’arriverai à en avoir d’autres. Mais en ce moment, j’ai juste envie de crier NON. Laissez moi pleurer, laisser moi quitter ce bébé que j’ai aimé même si je ne l’ai pas tenu dans mes bras, laissez moi vivre mon deuil le temps qu’il durera. Les larmes vont m’aider à me réparer.

Laissez moi exprimer ma colère devant ce corps qui n’a pas fonctionner, qui est tout engrossi mais qui n’a pas assuré. Qui m’a fait si peur, qui m’a fait cette mauvaise surprise et qui continue de saigner. Je lui en veux et je ne pourrai pas passer à autre chose tant que je n’aurais pas vécu cette émotion et que je ne l’aurais pas laissé partir d’elle-même.

Je suis furieuse que la vie m’ait chippé mon bonheur, moi qui n’attendais que ça. J’en ai eu des fausses couches, je connais, j’ai eu mon lot. Aujourd’hui, je peux accueillir des enfants, je fais de mon mieux pour éduquer celui que j’ai alors pourquoi ? Pourquoi on me l’a pris? Pourquoi on m’a volé mon bonheur à moi qui n’aspire qu’à ça?

Ne m’opposez pas d’arguments rationnels, je ne le suis pas. Je souffre et j’ai besoin de laisser tout ça sortir de moi. Ne me faites pas me sentir encore plus mal, ne me faites pas culpabiliser de ressentir tout ça au prétexte que ça arrive tous les jours et que ma santé n’a pas été mise en danger. NON, ça ne réduit en rien ma douleur intime.

Je suis furieuse contre moi-même d’y avoir cru, de m’être sentie aussi bien, aussi confiante sans me méfier. J’aurais du garder des réserves, je n’aurais pas dû me réjouir si vite, je ne souffrirais pas autant aujourd’hui.

Non les autres enfants ceux qui sont déjà là et ceux qui viendront peut-être ne compensent pas, ce n’est pas un jeu de vases communicants. A chaque grossesse, mon cœur s’élargit avec mon corps et chaque fausse couche est une perte. Bien sûr, ils aident à passer à autre chose, à prendre sur soi, bien sûr heureusement qu’ils sont là mais ils ne remplacent rien.

Dois-je réessayer ? Dois-je me relancer dans ce projet ? Est-ce que je peux seulement le faire  ? Finalement, après plusieurs fausses couches, n’y-a-t-il pas un signal à voir ? Que dois-je comprendre? Est-ce que quelque chose est cassé ? Tous ces questionnements m’assaillent, m’angoissent, me font douter de toutes mes certitudes.

Alors avec ce texte, mettez-vous deux minutes dans mes baskets et laissez moi en paix. Laissez moi avec ma peine, ma colère et mes craintes, laissez moi les vivre et les verbaliser.

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