Témoignage « Comment je suis sortie de ma dépression post-partum »

Témoignage « Comment je suis sortie de ma dépression post-partum »

Première grossesse, désirée et accueillie avec joie, une grossesse facile, quasi idéale, pas de nausées, une forme olympique. J’ai eu un accouchement facile aussi, merci la péridurale !

Et puis, très vite, les difficultés sont arrivées…Un témoignage touchant.

Peux-tu nous expliquer le contexte?

Aujourd’hui en couple depuis 11 ans et demi, mon conjoint et moi, respectivement âgés de 36 et 37 ans, avons attendu quasiment 10 ans de relation avant de nous lancer dans la parentalité. Nous souhaitions un enfant ensemble, moi plus pressée que lui, horloge biologique et pression sociale obligent. Passée 35 ans, une femme en couple sans enfant ça devient louche. L’entourage se faisait pressant, parfois même intrusif. (Est ce que je leur demande moi à toutes ces femmes la date de leurs dernières règles ? 😊)
Et puis quand nous avons senti que c’était le bon moment, nous avons essayé d’avoir un enfant. Je pensais mettre des années à tomber enceinte mais de ce côté-là, la nature semble avoir été généreuse avec moi puisque j’ai vécu une fausse couche sous pilule en 2010 et j’ai mis 3 mois avant de tomber enceinte en avril 2017. Notre bébé devait donc arriver le 9 janvier 2018. Fous de joie, nous attendions une petite fille.
Ma grossesse a été idyllique, une vraie parenthèse enchantée, aucune complication, pas de malaise.
J’étais totalement sereine durant toute ma grossesse, moi de nature plutôt anxieuse au quotidien. Un futur papa totalement détendu aussi, qui ne savait pas du tout à quoi s’attendre. Il savait seulement que je serai une bonne maman. Je n’étais pas trop pressée d’accoucher non plus, j’aimais tellement être enceinte et je savais qu’une fois le bébé parmi nous, je devrais le partager alors que dans mon ventre, je savais ma fille en sécurité.
A deux jours d’accoucher, je finalisais mes cadeaux de Noël, au cas où…

Accouchement

Le lendemain, réveillée à 6h du matin pour une envie pipi, je m’aperçois que je perds un peu de liquide et j’ai quelques contractions. Je pense tout d’abord que mon périnée me lâche et que je suis en train de me faire pipi dessus. Les pertes légères continuent dans la matinée et j’ai toujours cette légère douleur sournoise. A 12h, j’appelle la maternité au cas où, qui me conseille de venir pour vérifier. Je prépare nos dernières affaires, toujours « au cas où »
A 13h je m’apprête à partir. Taxi ou métro? J’aurais très bien pu prendre le métro mais je redoutais que les choses empirent. Je ne me voyais pas être le « voyageur malade » du jour dans le métro. Le Uber me dépose à la maternité des Diaconnesses à 13h30. Ma gynécologue m’avait fortement conseillé cette maternité, entre autres car je souhaitais allaiter et que l’établissement était réputé pour son accompagnement.
13h45, examen, monitoring et verdict 20mn plus tard : le liquide que je perds n’est pas de l’urine mais du liquide amniotique et les petites contractions que je ressens agissent sur mon col. Je ne repartirai pas chez moi sans ma fille dans mes bras. Nous sommes le 20 décembre 2017. Mon conjoint m’a rejoint vers 16h avec tout le bardas sous le bras. La suite a été plutôt tranquille jusqu’à 23h où les douleurs ont commencé à être sacrément intenses. Je résiste, je ne veux pas de péridurale, je prends un bain chaud qui me soulage, je refais mes cours de respiration appris en sophrologie avec ma sage femme. Puis vers 3h30, ne sachant pas combien de temps encore j’allais devoir attendre et supporter la douleur, je demande timidement et à contre cœur cette péridurale. Elle est parfaitement dosée puisque je ne ressens plus aucune douleur mais j’arrive encore à percevoir chaque contraction. Mais vers 5h, plus aucun effet d’anesthésie. On me refait 2/3 injections, qui ne fonctionnent pas. Je vais finalement avoir mon accouchement naturel. Ma fille est finalement arrivée le 21 décembre à 7h tout pile avec 3 semaines d’avance.

La sage femme qui m’a accouchée était vraiment au top. Elle m’a demandé si j’avais un projet de naissance et quand je lui ai expliqué que je souhaitais un accouchement le plus naturel et physiologique possible, a tenté de respecter toutes mes demandes. Elle n’a jamais insisté pour que je demande la péridurale, me félicitait pour mes exercices de respiration, restait souvent à mes côtés alors qu’elle avait d’autres femmes à accoucher. Elle m’a assistée avec beaucoup de bienveillance et ça n’a pas été le cas de tout le personnel….
Dire que j’ai ressenti immédiatement un trop plein d’amour serait mentir. Je me suis surtout sentie fatiguée, gauche et maladroite, décalée, comme si ce n’était pas moi qui venait d’accoucher. La tétée de bienvenue se passe bien, on m’explique comment ma fille doit prendre le sein, ça parait simple et naturel.
Puis vient l’heure des premiers soins, ma fille part avec son papa faire les examens habituels. J’en profite pour me faire recoudre et envoyer les premiers sms pour informer les proches de la naissance. (Non pas de ma déchirure) 😊

Post Accouchement

Rapidement, on nous redescend dans la chambre. Et là, le vide, le néant. On m’explique rapidement que le bébé doit se reposer et va dormir au moins 5h d’affilé, que je vais pouvoir en profiter pour me doucher et me reposer. Aucune sage femme ni puéricultrice ne reviendra me voir avant 18h je crois et il est 10h30. Je me suis sentie tellement démunie mais à la fois je ne réalisais pas que la petite chose dans le berceau à côté de moi, qui poussait des petits cris trop mignons était ma fille, mon bébé, mon petit être humain personnel… sans doute encore sous l’effet des hormones. Mon bébé s’est réveillé à plusieurs reprises bien évidemment et à chaque fois je la mettais au sein, toute seule, pensant bien faire (ça faisait quand même très mal cette affaire). On m’avait dit « l’allaitement c’est à la demande » alors je m’exécutais au moindre miaulement de mon bébé chat.

Le papa est rentré se reposer et prendre une douche après une nuit blanche épique. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas que les chambres de maternité ne soient pas toutes individuelles et équipées d’un lit double ou du moins un lit supplémentaire pour pouvoir accueillir le papa convenablement. Ça lui aurait évité un trajet et je me serais sentie moins abandonnée. De même quand ma fille est venue au monde, personne ne lui a proposé de faire du peau à peau avec elle (moi encore moins, j’étais satellisée).

L’après-midi est passé rapidement, somnolant quand la petite dormait aussi entre chaque tétée. Puis vers 17h30, les visites ont commencé. Moi je ne réalisais toujours pas que j’étais devenue maman.

Une puéricultrice me propose de prendre ma fille cette nuit de minuit à 6h pour me laisser me reposer. J’accepte aussitôt. Je me rends compte bien plus tard que j’ai accepté sans me poser la moindre question alors que je vais être séparée de ma fille pour la première fois depuis 9 mois… Ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille pour la suite… sur le coup, je pense surtout à récupérer de ma nuit blanche de la veille et j’anticipe les futures.
Jeanne part donc à la pouponnière jusqu’à 6h. J’ai dû somnoler toute la nuit mais je n’ai pas eu l’impression d’entendre mon bébé pleurer.
Vers 9h, le 22 décembre, je reçois un appel. C’est la pouponnière qui m’annonce que je suis attendue pour les soins à donner à ma fille. Je la prends dans mes bras et nous voilà parties. J’arrive et on me fait sèchement remarquer que je dois laisser ma fille dans son berceau car nous pouvons être percutées à tout moment dans les couloirs. On me montre comment lui nettoyer les yeux et le nez. On lui lave les cheveux aussi car ils sont tout collés de son expédition de la veille 😉

Le papa arrive vers 12h, tellement déçu d’avoir manqué ce moment. Personne ne nous avait averti du déroulement de la journée sinon nous aurions anticipé. Je vais de déconvenues en déconvenues dans cette maternité. Je sais que c’est la période de Noël et que beaucoup sont en congés, qu’il y a eu beaucoup d’accouchements ces derniers jours mais je suis déjà très déçue de l’accompagnement post partum, comme si pour une jeune maman, tout était inné et naturel.

J’explique que la petite n’a pas mangé mais que j’ai très mal aux seins. On m’aide à la mettre au sein mais effectivement les puéricultrices se rendent compte que mes seins sont douloureux. On me propose de donner un biberon à ma fille le temps que ma poitrine me fasse moins souffrir, j’accepte en demandant si ça ne risque pas de compromettre mon allaitement. On me répond que non, tant que la montée de lait n’est pas arrivée tout est encore jouable.
La sage femme de nuit vient donner un biberon à ma fille (je demande comment on fait car je ne crois pas avoir déjà nourri un si petit être… « ben quoi ? Vous ne savez pas donner un biberon? » ok donc personne n’est compatissant ici. Vient le tour de l’infirmière de nuit, le pompon, la cerise sur le gâteau.

Elle prend ma tension et me demande comment moi je vais, je commence à lui parler de ma fille mais elle m’interrompt. Elle répète « comment VOUS vous allez? » première fois depuis 36h qu’on me demande comment je vais. Le miracle existe? Et là, elle enchaîne, sur le repos. « Vous devez vous reposer c’est important. Car vous allez rentrer chez vous bientôt. Vous avez déjà songé à la contraception à votre retour à la maison? Car vous allez rentrer chez vous et reprendre une vie sexuelle!! » je suis effarée! Comment peut-on être à ce point à côté de la plaque??? Oui j’envisage de reprendre une activité sexuelle mais 36 heures après mon accouchement, par voie basse, n’est-ce pas un peu prématuré???

Bref, la nuit se passe, cette fois ma fille est à mes côtés et j’ai 3 biberons pour tenir jusqu’au lendemain. Le 23 au matin, le papa avec nous, nous donnons son premier bain à notre fille. Et le soir, ma fille est déchaînée et hurle. J’attends un biberon que j’ai demandé depuis 20mn (oui ma montée de lait n’est toujours pas arrivée donc je reste au biberon et ma poitrine est toujours douloureuse). Au bout d’un moment elles arrivent (ce sont les mêmes personnes que la veille) la puéricultrice me donne les biberons et l’infirmière me demande si ça va.

Je craque, je me mets à pleurer quand je suis fatiguée. Bien sûr que je suis fatiguée, mais de l’absence de personnel compétent et d’accompagnement. On se sent complètement démunis avec mon conjoint. L’infirmière m’ordonne de me reposer car je suis « J2 » et que demain c’est la montée de lait (on m’annonce ça comme si c’était le pire truc au monde, je l’appréhende un peu). Je veux juste pour l’instant qu’elle parte, que ma fille se calme, la nourrir et être loin de cette chambre sordide et décrépie. La puéricultrice rentre dans la chambre et me demande sèchement de lui laisser ma fille pour la nuit. Face au peu de considération de ces personnes, je refuse net. Je lui demande néanmoins comment bien langer ma fille pour la nuit. Elle n’est jamais revenue dans ma chambre me montrer quoi que ce soit… J’ai l’impression d’être lâchée dans la nature, sans aucune arme pour m’en sortir…ALT-depressionpostpartum-maman-vogue

Retour à la maison et babyblues

Nous rentrons le 24 décembre 2017 dans notre petit 3 pièces du 18ème arrondissement, tous les 3. En fin de journée, je pose ma fille dans son transat ergonomique et là, je réalise à cet instant précis, qu’elle est maintenant avec nous pour toujours, qu’il n’y aura jamais de pause, que nous sommes responsables de ce petit être humain pour la vie. Je suis envahie par l’émotion. Cet enfant que j’ai tant souhaité autrefois, je ne suis plus certaine de vouloir l’assumer aujourd’hui.

Je m’en veux tellement d’avoir ce type de pensées. Je pense soudainement que je vais inévitablement me retrouver seule avec elle et que je ne suis pas du tout prête. Je demande à ma petite sœur, encore étudiante, de venir passer quelques jours vers nous.

Le papa, ayant commencé un nouveau travail récemment, a dû y retourner très rapidement dès le 26/12. Je fais les choses machinalement pour soigner ce petit être. Je lui donne le biberon quand elle le demande (oui parce que finalement je n’ai jamais repris l’allaitement…) son bain tous les 3 jours, la change régulièrement, ses siestes autant que possible sauf qu’elle ne fait que des micros siestes de 20mn, je n’ai le temps de rien, me lève la nuit pour la nourrir… je la câline, lui fais des bisous je sais que je l’aime et que je vais l’aimer d’un amour fou mais pour l’instant j’ai hâte qu’elle grandisse.

Finalement le premier mois passe assez rapidement mais j’ai toujours une boule au ventre, quelque chose qui m’angoisse, une appréhension d’être seule avec ma fille. Nous prenons rdv chez l’ostéopathe pour vérifier que l’accouchement n’a pas été traumatisant pour Jeanne.

Après la manipulation, elle nous prévient que notre fille risque soit d’être très fatiguée le soir soit très excitée. Nous avons eu droit à la 2e option… des pleurs incessants pendant des heures. Nous ne savions que faire, désemparés. J’étais même à deux doigts d’appeler les urgences pédiatriques. Finalement elle finit par se calmer. Nous n’avons jamais su si c’était la séance d’ostéopathie, les crises de coliques, l’arrivée de la nuit et les pleurs du soir mais c’est arrivé au moins 10 fois jusqu’à ses 3 mois. C’était tellement traumatisant pour moi que tous les jours jusqu’à ses 6/7 mois environ, (même encore aujourd’hui j’y pense encore) je redoutais l’arrivée du soir, comptant les heures qui me séparaient de chaque nouvelle crise de pleurs. Je sais que les pleurs du nourrisson sont son seul moyen d’expression mais à chaque fois j’avais l’impression d’être totalement impuissante, de ne pas savoir m’occuper d’un bébé.

Puis au début du mois de février, mon père devait venir un soir, je n’en pouvais plus de fatigue, la chute brutale des hormones, le changement de vie radical, je me suis effondrée. J’ai tellement pleuré ce jour-là que je comptais chaque heure avant l’arrivée de mon père qui me délivrerait un peu de cet enfant étouffant. Mon conjoint rentrait tard tous les soirs, j’ai très vite demandé de l’aide à mes parents. Mon père, à la retraite, ne devait rester que quelques nuits, me permettant de commencer ma rééducation périnéale mais aussi de commencer une thérapie. Parce que dès le premier entretien post partum 6 semaines après l’accouchement, ma sage femme a évoqué le baby blues… le fameux…

Je culpabilisais tellement d’être dans cet état, d’avoir un petit bébé trop mignon et en bonne santé et de ne pas être capable ou d’avoir envie de m’en occuper par moment. Je pensais à toutes ces femmes qui rêvaient d’être mère, qui galéraient tellement pour le devenir et moi réussir à le devenir avec autant de facilité et ne pas le gérer.

Au moment de partir, mon père m’a vue tellement mal qu’il nous a emmenées ma fille et moi, dans la maison familiale où j’ai grandi. J’ai prévenu mon conjoint par téléphone, qui n’a tout d’abord pas compris que je parte, que je le sépare de sa fille. Il m’a secouée un peu en me disant qu’il était très déçu. J’ai tellement été blessée mais j’avais besoin d’être dans un endroit rassurant, pouvoir me reposer sur ma famille pour s’occuper un peu de ma fille. Lui ne pouvait pas comprendre ce que je vivais puisqu’il passait ses journées au travail et non pas à s’occuper d’une petite personne imprévisible. Il était vraiment à des années lumières d’imaginer que j’allais sombrer depuis le temps que je lui parlais d’avoir un enfant. Comme quoi, vraiment, il y a un chemin important à faire pour parler du post partum et que jamais, rien ne nous prépare à la parentalité.

Solutions pour vaincre le baby blues et ne pas sombrer dans la dépression post partum

Parmi tous les conseils de ma sage femme, le premier était d’être entourée. J’ai donc fait régulièrement, pendant mon congé maternité, des allers retours entre Paris et ma Bourgogne natale.
Elle m’a dit également qu’il fallait que je rencontre une psychologue pour essayer de me sentir mieux mais aussi mon médecin traitant pour repousser la date de mon retour au travail (je devais reprendre le 21/03 et au 5 février, je ne m’étais toujours pas souciée du mode de garde de mon bébé… comment aurai-je pu faire garder un enfant que je ne considérais toujours pas comme étant le mien?) À ma sage femme, j’ai évoqué le néant post partum. Nous sommes très bien accompagnées pendant la grossesse, pendant l’accouchement puis plus rien ensuite alors que c’est là où nous somme le plus vulnérable. Il y a comme un voile sur la chute d’hormones, un sujet tabou comme la dépression post partum, il ne faut surtout pas en parler. J’ai appris récemment, qu’une très bonne amie en avait souffert pour son 2e enfant mais bien évidemment elle ne l’avait jamais évoqué jusqu’à ce que j’aborde le sujet.

Je me suis également confiée à ma sage femme sur un grand nombre d’angoisses qui me paralysaient. Je n’arrivais plus à sortir de chez moi. L’hiver était long et froid mais surtout j’avais peur que ma fille se mette à pleurer n’importe où et que je ne sache pas la calmer. Je ne voulais pas utiliser de porte bébé car ma fille ne le supportait pas et dès que j’entendais ses cris, j’étais tétanisée. Elle m’a proposé de faire un atelier de portage. Elle m’a également conseillé de faire des ateliers de massage avec ma fille pour la détendre (ma petite fille, comme une éponge, ressentait évidemment tout le stress maternel) et créer du lien entre elle et moi. J’ai suivi tous ses précieux conseils et je la remercie tellement aujourd’hui.
Ce qui a été salvateur pour moi aujourd’hui c’est que nous avons également déménagé en avril 2018, mettant un terme définitif à notre vie d’avant nous trois.
J’ai même eu un déclic inespéré. Une nuit où Jeanne s’est mise à pleurer, réclamant son biberon, je me suis sentie soudainement envahie d’un amour fou, indescriptible pour ce petit bébé, le mien, ma fille.

Quelques mois plus tard…

J’ai finalement repris le travail fin juin et depuis rien est comparable. Ça m’a fait beaucoup de bien de faire autre chose que des gazouillis, changer des couches et donner des biberons. Nous avons trouvé une solution de garde partagée temporaire avec ma voisine (qui a vécu la même expérience que moi) pour l’été et depuis septembre, notre fille est gardée par une assistante maternelle qui se rend en crèche plusieurs fois par semaine. Nous avons fêté son premier anniversaire le 21 décembre et je n’arrive toujours pas à croire qu’un an s’est écoulé. Elle ne fait toujours pas ses nuits (comme pour me punir d’avoir été absente ses premiers mois de vie…) mais mon amour pour elle ne fait que grandir au fil des jours, voyant la jolie petite fille, curieuse, sociable et intelligente qu’elle devient.
Nous aimerions avoir un 2e enfant d’ici quelques années mais avant j’aimerais surtout récupérer le temps perdu avec Jeanne, profiter d’elle autant que possible, surtout que j’ai toujours l’impression d’être passée à côté de ses premiers mois et que je ne souhaite pas faire revivre ça à un 2e enfant. Je ne me sens pas prête pour l’instant. Nous attendrons que Jeanne gagne en autonomie avant de lui offrir un petit frère ou une petite sœur. Et je pense qu’une part de moi aura toujours une petite appréhension de revivre ce cauchemar post partum dont on ne pense jamais sortir.
Mais maintenant je sais à quoi m’attendre. La maternité n’est plus cette grande inconnue pour moi, même si chacune est différente, j’ai au moins les bases pour la prochaine.

Avec le recul, ce que je trouve vraiment incroyable dans notre pays c’est le flou artistique autour du baby blues, qu’il ne faut surtout pas nommer, ne jamais en parler. En discutant avec mon médecin traitant, je me suis rendue compte que la dépression post partum était beaucoup plus fréquente que je ne l’imaginais et que ça arrivait même à des personnes qui avaient suivi un parcours PMA pour devenir parents. Une future maman qui attend un enfant depuis des années a le temps de se faire une idée précise de ce qu’elle souhaite et quand elle s’aperçoit, une fois le bébé dans ses bras, qu’il est à des années lumières de ce qu’elle espérait, qu’il pleure souvent, qu’il ne dort pas, qu’on est trop fatigué… le retour à la réalité peut être brutal. Il n’y a pas de règle, ça peut vraiment tomber sur n’importe qui. J’ai entendu aussi d’une amie avec qui je partage totalement le point de vue que, si de base, la future maman n’a pas confiance en elle, l’enfant, à son arrivée accroît ce sentiment qu’on ne vaut rien, qu’on n’y arrivera pas, qu’on n’est pas à la hauteur.

Aujourd’hui, je ne me sens pas complètement guérie car je pense avoir encore des choses à régler avec moi-même. Autant je garde un souvenir plutôt agréable de mon accouchement (« on oublie la douleur », cette phrase est tellement vraie) autant je n’ai pas encore oublié les mois difficiles qui ont suivi.

J’ai arrêté d’aller voir la psychologue par manque de temps mais il n’est pas exclu que j’y retourne d’ici quelques mois dans l’idée d’avoir un nouvel enfant 😊

Conclusions

Si je partage mon expérience aujourd’hui ce n’est pas pour effrayer mais pour dire la vérité car ça ne sert à rien de cacher les choses : non la maternité ce n’est pas toujours idéal, c’est un sacré chamboulement dans une vie. J’aurais aimé qu’on me prévienne car je restais persuadée que tout serait automatique, que l’amour maternel allait jaillir en même temps que l’arrivée de ma fille, rien n’allait changer, que je pourrais continuer ma vie comme si de rien n’était, que je pourrais emmener ma fille partout. J’aurais aimé qu’on me prévienne qu’il n’est pas anormal d’être distante avec son bébé par moment, d’avoir envie de le « rendre » à la maternité sans pour autant être une mauvaise mère, d’avoir envie de s’échapper souvent.

L’un des conseils que je pourrais donner à des futures ou jeunes mamans c’est de parler et ce dès les premiers symptômes, ne pas s’enfermer dans la culpabilité de ressentir des pensées négatives envers son enfant, trouver une oreille attentive qui aura les bons contacts, ne pas avoir peur du jugement du corps médical, aussi bien à la maternité qu’au retour chez soi. Je regrette tellement de ne pas avoir envoyé sur les roses le personnel de nuit à la maternité. On devient maman, on apprend et même encore 1 an après la naissance de ma fille, je sais que je vais apprendre tous les jours grâce à elle. Rien n’est jamais acquis avec un enfant, il faut sans cesse se remettre en question. C’est ce que j’ai eu le plus de mal à assimiler je pense.

Pour se sentir mieux, il faut aussi déléguer, ne pas hésiter et culpabiliser de laisser son enfant 1h à son papa pour aller faire une manucure si l’envie vous en dit, ne pas hésiter à laisser son bébé quelques heures à ses parents ou de la famille pour faire du shopping. Il faut penser à soi car si, en tant que maman on ne se sent pas bien dans ce rôle, bébé le sentira.

On devient maman mais on reste femme également et pour ne pas s’enfermer dans son premier rôle, il est important de s’accorder des pauses, seules, entre copines et bien sûr en couple.

Aujourd’hui, je pense avoir réussi à concilier les deux, même si j’ai encore du travail à faire d’un point de vue professionnel : j’ai toujours beaucoup de mal à accepter de partir le soir avant tous mes collègues de bureau pour récupérer ma fille. J’oublie tout quand je la récupère chez sa nourrice. Mais ensuite je culpabilise de ne passer que 2 heures par jour avec elle… C’est mon prochain challenge, trouver un équilibre entre vie personnelle et familiale et vie professionnelle. Mais ça c’est un autre sujet 😊

 

Anonyme

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