Sèche-linge en panne ou comment se faire rattraper par la Complainte du Progrès (Boris Vian, 1956)

Sèche-linge en panne ou comment se faire rattraper par la Complainte du Progrès (Boris Vian, 1956)

Il s’est passé quelque chose dans ma vie la semaine dernière que je n’ose à peine raconter à l’heure où la parité et l’égalité homme/femme semblent être LE combat à ne pas manquer (mais pas le mien, j’en conviens). Jamais ô grand jamais je n’aurais pensé être troublée par un événement aussi insignifiant dans une vie…

Il se trouve que la semaine dernière, le petit bitogno de sécurité qui permet de fermer le sèche-linge est tombé à l’intérieur de la porte. Avant que cela n’arrive, je n’avais jamais remarqué que ce bitogno existait, mais croyez-moi, quand j’ai vu que le sèche-linge ne repartait pas (mon mari l’avait ouvert pour prendre un truc dedans pendant qu’il tournait, comme je le fais 25 fois par jour), j’ai compris que ce petit bitogno était indispensable.

Devant la machine silencieuse qui effectivement ne se fermait plus vraiment, le désespoir m’a envahie. D’abord parce que j’ai réalisé que je n’étais pas capable de pendre sur un tancarville (= un truc en métal pour faire sécher le linge) le moindre Jeans ou T-Shirt, alors comment imaginer de pendre 49 slips ou culottes, et pire encore, 98 chaussettes par semaine ? Je fais partie de celles qui mettent TOUT dans le sèche-linge et tant pis pour l’écologie, c’est ça ou je fais une dépression nerveuse. Et encore je m’épargne beaucoup de travail en ne mettant au sale que les vêtements tâchés de mes enfants ! Imaginez sinon, 49 slips, 49 t-shirts chemises ou robes, 49 bermudas ou pantalons ou jupes, et toujours, toujours 98 chaussettes ? Non, accordez-le-moi, c’est inenvisageable.

Donc désespérée, oui je l’étais. Mais le trouble que j’ai ressenti ne venait pas tant de cette image cauchemardesque du tas de fringues trempées que j’imaginais attendant patiemment d’être pendues, mais plutôt de ce désespoir que cette panne engendrait chez moi. Au fond, j’étais désespérée d’être désespérée. Vraiment, pendant 2h – c’est long 2h pour un sèche-linge, non ?  – j’ai pensé en continu : « Il va vraiment falloir trouver une solution pour le sèche-linge ». Et puisque nous en sommes aux confidences intimes, j’ai même pensé, et je m’en veux encore, « Il va vraiment falloir trouver une solution pour MON sèche-linge » … Or je dois le dire, autant je n’ai aucun problème à moins travailler que mon mari, à ne pas gagner assez pour nourrir ma famille, à avoir une carrière un peu « sacrifiée », à m’occuper de mes enfants à la sortie de l’école, à faire la bouffe 365 jours par an, à remplir et vider les machines etc. Mais jamais, jamais mais vraiment JAMAIS je n’accepterai que mon mec m’offre un aspirateur ou n’importe quel produit électroménager, jamais je ne considèrerai que ce matériel m’appartient. C’est un bien familial, une copropriété ! Et pourtant, et j’en ai encore les larmes aux yeux, j’ai pensé cette phrase « Il va vraiment falloir trouver une solution pour MON sèche-linge ».

Comme me l’a gentiment dit avec beaucoup d’humour ma belle-sœur, pourtant aussi peu emprunte au féminisme que moi malgré une carrière remarquable, et qui est aussi intelligente que drôle : « Rappelle-toi cette publicité : ‘Moulinex a libéré la femme’. Il faut dire qu’à l’époque le linge n’était pas une sinécure, ta réaction (donc la mienne) est en lien avec l’histoire profonde de l’esclavage féminin ». Moi qui n’ai jamais pensé à faire du féminisme un combat, je me suis demandée si finalement je n’aurais pas ma place dans ce mouvement. Mais quand j’ai vu la satisfaction de mon mari qui, aidé de mon père, a réussi au bout de 2h30 de démontage/remontage à remettre ce fameux petit bitogno à son endroit – et je n’aurais pas pu le faire seule faute de force physique – j’ai définitivement pensé qu’en dehors de l’égalité des salaires et de la propriété à 50/50 des appareils électroménagers, je ne saurais pas quoi revendiquer…

Allez, une petite chanson pour bien commencer la journée : https://www.youtube.com/watch?v=9PTqTjHs5c0

Valentine de La Celle

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