« Mais pourquoi t’es-tu mariée si jeune ? »

« Mais pourquoi t’es-tu mariée si jeune ? »

« Mais pourquoi t’es-tu mariée si jeune ? » : une question récurrente

Cette question est récurrente – dès lors que l’on s’écarte du microcosme où il est encore courant de s’engager avant 25 ans. Encore plus lorsqu’on a fait « des études ». Comprenez par là cinq années de labeur à peu près sérieux, dans une école décrétée plus ou moins prestigieuse (le critère étant bien souvent le salaire à la sortie…), entrecoupées de stages plutôt intéressants.

« Mais pourquoi t’es-tu mariée si jeune ? » En sous-titres, on pourrait lire dans le regard de notre incrédule interlocuteur « mais pourquoi donc t’es-tu imposée une telle contrainte ? », ou encore « mais pourquoi avoir renoncé si jeune à ta liberté ? ».

La liberté de choisir

Ah, cette fameuse liberté. Qu’on nous rabâche tant et si bien qu’elle finit par ne plus avoir aucun sens. Il faut être libre, libre de choisir son régime alimentaire comme le pays où l’on habite, libre de notre famille et de nos obligations, libre de s’attacher et de se détacher, libre de rendre, de changer d’avis, de repartir. Satisfait ou remboursé. On est si libres qu’on finit tous librement vautrés devant Netflix, croquant dans un avocado toast avec des Stan Smith aux pieds. Sophie Scholl, Nelson Mandela et le général de Gaulle doivent bien se marrer.

« Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l’expriment » * : pour Bergson, la liberté n’existe que lorsqu’elle est création, engagement de soi. Elle est bien loin, la vanité du « libre-arbitre » dont nous nous rengorgeons en Occident. Ce concept de nantis, qui nie toute liberté à ceux qui se débattent dans les contingences nécessaires d’une existence simple, et pour qui le « choix » du vêtement, du pays ou du métier est impossible.

« Mais pourquoi t’es-tu mariée si jeune ? » Peut-être justement parce que j’ai essayé d’être libre. Libre vis-à-vis des autres, de leur regard, de leurs attentes. Libre vis-à-vis de celui que j’aime, libre de m’offrir à lui sans attendre et sans retenue. Libre enfin et surtout de devenir moi-même. Libre d’imprimer le sceau de ma volonté toute entière sur le réel. Libre de changer quelque chose dans le monde, pas quelque chose de grand, pas quelque chose de loin. Quelque chose à ma taille. Libre de construire notre famille. Libre de créer la Vie. Libre de rêver ensemble et de s’aimer toujours.

 

@victoire.eyraud

 

*Essai sur les données immédiates de la conscience.

 

Victoire Eyraud

Diplômée en affaires publiques après avoir touché au journalisme et à la diplomatie, Victoire est aujourd'hui mariée à un type génial et maman d'un petit garçon. Lectrice boulimique, passionnée de philosophie et écrivain dans ses rêves les plus fous, elle partage avec vous ses questionnements sur l’équilibre de vie des femmes, les défis de la parentalité moderne et la place laissée à la féminité dans notre société.