« Mon papa est un héros, ma maman est une princesse »… ou l’ affabulation chez le jeune enfant

« Mon papa est un héros, ma maman est une princesse »… ou l’ affabulation chez le jeune enfant

Mon mari est un super héros qui tue les méchants, nous avons trois chiens et trois chats et même une ferme dans notre jardin, mon petit bonhomme a eu un volcan pour Noël… Bref, vous l’avez deviné (ou pas !), mon fils est un grand spécialiste de l’affabulation… Parfois, ses histoires sont plus plausibles, et parfois aussi, elles m’ont mis dans des situations embarrassantes… Plusieurs fois convoquée par la maitresse pour réussir à démêler le vrai du faux, cette imagination débordante m’a fait sourire, au moins au début, mais elle a tendance aussi quelquefois à m’irriter et à me mettre mal à l’aise dans certains cas.

Mais pourquoi cette affabulation ?

Ce phénomène est pourtant classique et même normal chez l’enfant de moins de sept ans. En effet, avant l’âge de raison, on ne parle pas de mensonge mais plutôt d’affabulation. Il faut savoir en effet que la maturation cérébrale et notamment celle des lobes sensitifs n’est pas complètement achevée à cette période.

Aussi, quand notre enfant se trouve face une situation d’impuissance ou de frustration, il peut alors inventer pour supporter la difficulté. Dans ce cadre, l’affabulation est un apprentissage important puisque c’est grâce à l’imaginaire, que notre enfant va pouvoir assumer les insatisfactions et les difficultés. Ainsi, à travers les personnages fictifs de ses jeux, les amis imaginaires et les histoires qu’il s’invente, il explore sa capacité à faire face à différentes situations et à ses sentiments : la solitude d’un jour de pluie sans copains, la tristesse d’une dispute avec sa sœur, le stress d’un déménagement, mais aussi la joie et l’excitation d’un voyage à venir…

Enfin, ne négligeons pas non plus le fait que ces inventions imaginaires peuvent aussi viser tout simplement le plaisir. Entre trois et sept ans, les jeunes enfants apprennent en effet à se familiariser et à s’approprier le langage. Aussi, ils ressentent une vraie satisfaction à jouer avec les possibilités infinies de cet outil magique.

Comment réagir ?

Pas de quoi s’alarmer outre mesure, à condition d’être attentif à ce que notre enfant ne vive pas en permanence dans un monde artificiel, déconnecté de la réalité. A la différence de celui qui ment par peur de se faire gronder, l’enfant qui raconte ou se raconte des histoires veut la plupart du temps simplement s’amuser.

Notre rôle consiste à lui rappeler systématiquement que ce qu’il dit est vraiment fascinant mais reste uniquement le fruit de son imagination : à nous donc d’instaurer des limites afin d’accompagner progressivement notre enfant vers la distinction entre imaginaire et réel.

Prenons un exemple concret (et vécu… !): quand notre enfant nous affirme qu’il a passé sa journée en treillis, et qu’il était au régiment avec son papa, plutôt que de lui dire : “Ce n’est pas possible !”, ce qui annulerait sa parole et son monde imaginaire, nous pouvons entrer dans son imaginaire en rectifiant gentiment : “Ah, tu aimerais devenir militaire toi aussi… Tu aimerais pouvoir l’être déjà.” Et ainsi l’ancrer dans le réel en l’aidant à se projeter : “Mais est-ce que tu sais pour de vrai à quel âge tu pourras le devenir ?” C’est le meilleur moyen de lui permettre de faire l’apprentissage de ce qu’est la réalité et de ce qu’est l’imaginaire.

Entrer dans son imaginaire n’empêche pas pour autant de valoriser la parole vraie et juste à chaque fois que l’occasion se présente. L’essentiel est de rester calme et de se montrer tolérant tout en évitant de punir notre enfant. N’hésitons pas à souligner qu’il a beaucoup d’imagination tout en lui rappelant qu’il est bon de dire la vérité et de relater des faits réels sans ajouter des détails qui n’ont pas lieu d’être. C’est peut être le moment de lui suggérer quelques idées et de lui rappeler par exemple ce qu’il a fait aux dernières vacances… « As tu raconté à tes amis que tu étais aller au ski? Que la voiture était restée coincée dans la neige? Tu n’as pas forcément besoin d’inventer des histoires pour que tes amis t’écoutent ! »

Profitons en aussi pourquoi pas pour enseigner à notre enfant de nouveaux mots de vocabulaire. « Alors comme ça, tu as eu un volcan pour Noël ? C’est ce que tu aurais voulu avoir ? Tu l’imagines comment ? Grand, gigantesque, énorme…  ? Avec de la lave très chaude, brûlante, et même bouillante… » Ainsi, il est possible de reconnaitre sa perception en entrant dans son imaginaire tout en l’aidant à développer son langage…

 

En bref..

Lié au progrès cognitif ou au développement normal et sain, l’invention des affabulations fantaisistes de l’enfant de bas âge, est une étape importante de son évolution. Profitons de ces moments pour parler, échanger et même apprendre… Mais n’oublions pas d’œuvrer en vue de l’aider à comprendre progressivement la différence entre la réalité et l’imaginaire.

Attention toutefois si cela est trop récurrent car l’enfant ne doit pas vivre en permanence dans ce monde imaginaire. Dans certains cas plus particuliers et notamment si ces élucubrations persistent au-delà de 7-8 ans ou qu’elles sont accompagnées par exemple d’une difficulté à aller vers l’autre, il peut s’avérer nécessaire de consulter un psychologue, ou tout au moins de s’interroger sur les raisons qui poussent l’enfant à fuir la réalité.

 

© photo Annaclick

Julie Camus

Docteur en Psychologie Clinique et en Psychologie de la Santé, elle est aussi psychomotricienne DE.

Rédac Web et un peu artiste à ses heures, elle est mariée depuis 10 ans et maman de 5 enfants à temps plein !!

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