On n’a jamais la famille qu’on voudrait ?

On n’a jamais la famille qu’on voudrait ?

On est deux depuis presque dix ans. Rarement d’accord. Aux modes de fonctionnement radicalement opposés. Si complémentaires. On s’est fait grandir mutuellement. On a appris à se parler, à se comprendre. L’envie d’être ensemble nous a parfois quittés. L’amour, lui, est resté.

On rit beaucoup. On râle souvent. On continue d’admirer l’autre, le chemin parcouru. On se remercie. De faire équipe, d’être là, d’exister.

Il est ma famille pilier – Celle que l’on choisit, qui permet de devenir pleinement soi et d’être aimé comme tel.

 

On est devenu trois depuis un peu plus d’un an. Rarement apaisés. Au mode de fonctionnement encore chancelant. Si soudés. On tâtonne pour que chacun trouve sa place. On a compris qu’on ne pouvait pas tout. On avance vers plus de vérité, de simplicité, d’essentiel.

On chante beaucoup. On se dispute souvent. On continue de se faire rire. On la remercie. D’avoir déboulé dans nos vies, d’être qui elle est, de nous avoir choisis pour parents.

Ils sont ma famille d’amour – Celle que l’on construit, qui permet de se transcender et de trouver du sens.

 

Un jour, je l’espère, nous serons cinq. Six, qui sait. Ils seront ma famille nombreuse – Celle que j’imagine depuis toujours. Bruyante, vivante, animée.

Pourtant, aujourd’hui, nous ne sommes même pas prêts à devenir quatre. J’ai le cœur qui se serre, parfois, quand je vois des femmes enceintes de leur deuxième ou troisième enfant, alors que leurs aînés sont encore si petits. Comment font ces familles pour s’agrandir si vite ? Nous avons le sentiment de ne pas en avoir les épaules. D’autres n’en auront juste jamais la chance.

La maternité est, à mes yeux, une série de deuils. Vous passez du statut de « fille de » à celui de « mère de » – à la naissance de ma fille, la place de petite dernière, de fait, ne me revenait plus. Vous êtes également amenée à faire une croix sur l’enfant que vous aviez imaginé avoir, et donc, mécaniquement, sur la mère que vous pensiez devenir. Vous fermez enfin la porte à cet équilibre à deux que vous aviez mis tant de temps à trouver, au couple que vous étiez, au rôle que chacun jouait. Autant de petites morts qui désarçonnent. Et permettent de se réinventer.

 

La maternité est surtout faite de rencontres. De moments entre femmes. Certaines sont mères, pas toutes. Pour quelques unes, nous étions déjà amies ; les autres le sont devenues. Chacune aura mis, par sa présence, ses mots, son empathie, une brique à cet édifice.

Elles m’ont encouragée à pleurer à chaudes larmes. Elles ont écouté mes peurs, mes espoirs, mes doutes et mes joies. Elles m’ont aimée puissamment et inconditionnellement, au moment où j’en avais le plus besoin.

Elles sont ma famille de cœur – Celle sur laquelle on se repose, qui permet de traverser la vie et de ne pas se perdre en chemin.

 

Je n’aurais peut-être jamais la famille que je voulais. Nous ne serons peut-être jamais quatre, cinq, encore moins six. Mais on est déjà deux, trois, des dizaines. Des familles d’une richesse dont je n’aurais jamais osé rêver. Je ne sais pas ce que la vie nous réserve, de quoi demain sera fait. Alors aujourd’hui, je fais le choix d’être reconnaissante de ce qui est. Le bonheur nous guette, il n’est pas loin. Je crois même qu’il n’y a plus lieu de l’attendre, qu’il est déjà là. Éparpillé dans toutes ces différentes familles. Prêt à être cueilli et vécu avec force, ensemble.

 

Photo : ©Blue Cicada Photography pour MAMAN VOGUE

Charline Darmaillacq

Après plusieurs années à sillonner le monde en tant qu'humanitaire, Charline s'est installée à Paris où elle est devenue récemment maman d'une petite fille. En cours de reconversion professionnelle dans la périnatalité (sophrologie et psychologie), elle allie plus que jamais métier et passion.

Ses mots d'ordre ? Témoignage et solidarité. Partager pour aider à son tour d'autres femmes à se sentir moins seules dans cette aventure (folle) qu'est la maternité.