Ne pas s’oublier dans sa parentalité

Ne pas s’oublier dans sa parentalité

A la naissance de ma fille, je n’ai pas violemment ressenti cette vague d’amour qu’on nous décrit souvent comme immédiate et spontanée. J’étais sa mère, et je prenais soin d’elle avec beaucoup d’attention. Mais parce que je savais que c’était mon rôle, ma responsabilité. Et puis ça m’est tombé dessus. Quelques semaines après son arrivée, le temps d’apprendre à se connaitre, de mère, je suis devenue maman. Je l’aimais puissamment. D’un coup, d’un seul. Ça m’a submergée. Bouleversée. Passionnée. (Et terriblement angoissée.)

La parentalité est rapidement devenue un sujet dévorant. Des livres, engloutis par dizaines – de l’incarnation de l’âme à la fixation de limites, tout y est passé. Puis il y a eu la langue des signes pour bébé, que je me suis mise à apprendre en ligne. Et la diversification alimentaire… A moi les heures en cuisine pour préparer un à un les petits pots maison. Le but, c’est bien qu’ils goûtent, non ? Elle n’allait donc pas manger quatre jours de suite de la carotte. (Je sais…)

Mon conjoint a commencé à agiter le drapeau rouge – on ne parle plus que de « ça ». Pas forcément de notre fille. Mais de tout ce qui gravite autour. Je me renseignais, je partageais avec lui, on en discutait. On se disputait parfois (souvent). Malgré son écoute, je me sentais régulièrement seule et incomprise en la matière. Notamment quand venait frapper à la porte ce fameux : « tu te poses trop de questions ». La famille, qui vous voit à Noël (quelle période…), commence à dire pareil. « Non, vraiment, on se posait pas toutes ces questions nous – laisse la vivre, ta fille ». Acculée, vous êtes.

Et au fond, quand vous vous accordez quelques minutes de répit, vous êtes forcée de reconnaître que c’est trop. Que vous êtes épuisée. Que vous n’arriverez plus à tenir comme ça très longtemps.

Ne pas s’oublier dans sa parentalité, c’est essentiel. Pour en avoir pris conscience sur le tard, voici ce que j’ai retenu du chemin parcouru :

  • Votre conjoint, s’il vous semble parfois dur dans son approche en dépit de tout l’amour et le soutien qu’il vous apporte, mérite votre confiance. Il a souvent ce recul que vous n’arrivez plus à avoir, dans cette relation exclusive avec votre enfant, qui tend à se renforcer lors du congé maternité où vous êtes souvent seule à vous en occuper. Le tiers – si les papas rentrent dans cette catégorie – est essentiel à la construction d’une relation harmonieuse, qui donne à chacun sa juste place (et vous permet d’être plus que « juste » mère). Ecoutez-le, surtout quand c’est agaçant parce qu’il n’a vraiment rien compris – c’est qu’il a touché à quelque chose qui vous touche et qui vaut la peine d’être entendu.
  • Maintenez le dialogue – même quand vous avez l’impression de ne plus vous comprendre, de vous être perdus en chemin. Il y a un moment où le ciel se dégage quand on n’a pas laissé de place aux non-dits. Et si vous avez le sentiment de ne plus pouvoir dire au sein du foyer, adressez-vous à une amie, à un thérapeute, à une personne de confiance. Ne restez pas seule face à vos questions. Souvent, quelqu’un est passé par là avant vous. Et ça fait un bien fou de s’en rendre compte.
  • Prenez du temps pour vous – seule, et à deux. Dans un premier temps, il est peut-être plus facile de laisser son enfant à son conjoint, qui connaît ses habitudes aussi bien que vous. Privilégiez les week-ends entre copines, pas trop loin (pour vous rassurer au besoin sur le fait que vous pouvez revenir rapidement en cas de pépin), sans objectifs autres que prendre l’air et vous reposer. Partez ensuite un après-midi en amoureux, une nuit, puis deux, puis trois. Chacune à son rythme, quand vous serez prête.
  • Acceptez de lâcher du lest. Oui, la baby-sitter vous coûte trois fois le prix de la place de cinéma. Oui, la première fois que son grand-père lui a donné le bain, il lui a lavé les cheveux avec du gel pour hygiène intime (véridique). Oui, les purées Picard 100% légumes, même si ce n’est pas du fait maison, c’est super bon (d’ailleurs, vous finissez toujours les restes avec plaisir). Rien de très grave au final, non ? Et au pire, on fera mieux demain, ou l’année prochaine – vous savez, quand bébé aura grandi.

Quoi qu’il arrive, on en fait le pari, à l’adolescence (peut-être même avant, et sûrement encore longtemps après), votre enfant aura quelque chose à vous reprocher. Et si personne ne le connaît aussi bien que vous, il n’est pas malheureux pour autant avec d’autres – c’est juste différent. Et sain. Qu’il s’oppose, qu’il râle. Qu’il découvre d’autres manières de faire, de vivre.

Alors faîtes-vous confiance. Vous essayez de vivre au mieux une des expériences les plus enrichissantes et difficiles de votre vie. Et gardez en tête que penser (un peu) à vous, c’est aussi (en grande partie) penser à lui.

 

insta photo @juliahengel

Charline Darmaillacq

Après plusieurs années à sillonner le monde en tant qu'humanitaire, Charline s'est installée à Paris où elle est devenue récemment maman d'une petite fille. En cours de reconversion professionnelle dans la périnatalité (sophrologie et psychologie), elle allie plus que jamais métier et passion.

Ses mots d'ordre ? Témoignage et solidarité. Partager pour aider à son tour d'autres femmes à se sentir moins seules dans cette aventure (folle) qu'est la maternité.