Montessori – Pourquoi nous ne sommes toujours pas passés au lit au sol

Montessori – Pourquoi nous ne sommes toujours pas passés au lit au sol

Dans notre (trépidante) vie de parents, certaines certitudes se révèlent devenir des habitudes. On s’était par exemple toujours dit que notre chambre resterait notre chambre. Une forme de refuge pour adultes exténués. Et un lieu d’intimité, pour notre couple. Le co-dodo rassurant des premiers temps, chez nous, c’était donc dans la chambre de notre fille, où l’on a installé un lit d’appoint. Celui qui nous sert aujourd’hui à lui lire l’histoire du soir et à faire des batailles de chatouilles. Un juste milieu qui convient à notre famille car répond aux besoins de chacun.

Et certaines évidences se transforment en véritables flops. C’est le cas, à la maison – pour l’instant, car je n’ai pas complètement lâché l’affaire -, du lit au sol. Dans la droite lignée des principes qui guident l’éducation de notre fille – autonomie, libre arbitre, responsabilité, écoute -, le choix du lit au sol n’en était pas vraiment un. Il s’imposait à nous.

Pour celles et ceux qui ne se sont pas (encore) penchés sur la question, l’idée derrière le lit au sol c’est de donner à son enfant la possibilité de se gérer niveau sommeil en rendant son lit accessible. En gros, s’il a envie de dormir (et qu’on l’a accompagné à reconnaître les signes de fatigue), il peut aller librement se reposer sur son matelas sans attendre qu’on lui propose de faire une sieste. Si, au contraire, il a envie d’explorer son environnement et de jouer, il lui sera facile (sans vue obstruée par des barreaux ou impossibilité de sortir de son lit) d’envisager d’un regard à quelle découverte s’attarder dans sa chambre.

Bon, ça, c’est pour la théorie. En réalité :

  • Il faut mettre en place un environnement suffisamment sécurisé : prévoir un sommier pour éviter la moisissure du matelas directement posé sur le sol, mais pas trop haut pour qu’il reste accessible, et tout de même avec un rebord pour éviter les chutes. En gros, il faut investir. Dans un lit cabane très à la mode (et donc pas donné – à moins d’être bricolo, ce qui n’est pas notre cas), dans un Wesco du type professionnels de la petite enfance (pas donné non plus, vous imaginez), ou en se débrouillant avec le tiroir d’un lit gigogne. Il vous faudra également penser à un tapis pour amortir la sortie le cas échéant. Et à prendre vos précautions niveau ouverture de placards, chute potentielle d’objets et autres prises électriques. Bref, ça se réfléchit et ça se prépare !
  • Il faut accepter une certaine période d’adaptation : l’avantage des barreaux, il faut quand même le reconnaître, c’est que la limite est physique et immédiate : l’enfant ne peut pas sortir de son lit. Donc il appelle, il pleure, s’il y a un problème ou en ressent le besoin. Pour certains parents (et enfants), redonner de l’autonomie (et donc éviter ces appels impromptus), ça change la vie. Mais quand tout se passe bien dans un lit « classique » ? Passer au lit au sol, c’est prendre le risque de voir le sommeil de votre enfant perturbé un temps. Et donc le vôtre, par la même occasion. On s’imaginait déjà la voir débarquer dans le salon à quatre pattes le soir ou dans notre chambre le matin. Ou entendre des bruits douteux au milieu de la nuit qui nous empêcheraient de fermer l’œil sereinement. 

Alors j’avoue, j’ai pris peur. Et je me suis rendue compte que je n’étais pas prête. On a même pu se cacher derrière le fait que ça n’allait pas forcément convenir au caractère de notre fille. Honte sur nous. Je crois surtout que j’ai angoissé de voir une des seules choses qui fonctionnaient à peu près comme sur des roulettes, complètement dérailler. Pire, choisir de courir le risque que ça débloque, juste par principe. Flipette, la mère courage. Et bien rongée par le remord… 

Et puis j’ai pris du recul. Je me suis d’abord dit que c’était déjà très bien de m’être posée la question. De ne pas avoir pris pour acquis le fait que notre fille dorme dans un lit à barreaux, et d’avoir réfléchi à ce que ça supposait dans son développement. Ensuite, je me suis rassurée : elle le vivait très bien, et nous aussi. Il n’y avait aucun problème à régler, donc pas de solution à trouver. Mais si la situation venait à évoluer, j’aurais des pistes d’action à envisager. Enfin, j’ai choisi d’être fière – a posteriori – de la lucidité et du pragmatisme qui avaient guidé – sur ce coup – mon action de mère. De ne pas avoir cherché à tout prix à appliquer strictement une méthode/doctrine/école/pensée – Montessori en l’occurrence – mais bien d’en avoir retiré, pour ma famille, l’essence et l’esprit. Je respecte mon enfant car je ne le force pas à dormir ou à rester au lit s’il n’en a pas envie. Lit au sol ou non, je suis à l’écoute de ses besoins (et des nôtres !). Et je lui facilite l’accès à l’autonomie au quotidien, par tout un tas d’autres moyens.

J’ai donc lâché prise. Et mis ça dans un petit coin de ma tête. Pour plus tard. Ou jamais. C’est notre fille (et la vie) qui nous le dira. 

Photo ©Virginie HAMON pour MAMAN VOGUE

Charline Darmaillacq

Après plusieurs années à sillonner le monde en tant qu'humanitaire, Charline s'est installée à Paris où elle est devenue récemment maman d'une petite fille. En cours de reconversion professionnelle dans la périnatalité (sophrologie et psychologie), elle allie plus que jamais métier et passion.

Ses mots d'ordre ? Témoignage et solidarité. Partager pour aider à son tour d'autres femmes à se sentir moins seules dans cette aventure (folle) qu'est la maternité.