« Mon bébé est né en plein milieu de ma thèse scientifique, oui c’est possible ! »

« Mon bébé est né en plein milieu de ma thèse scientifique, oui c’est possible ! »

Mon bébé est né en plein milieu de ma thèse scientifique alors que c’est encore un sujet très sensible dans le milieu. En général les gens qui font une thèse sont enfermés dans le sacro saint « une thèse est un sacrifice » donc pas de vie…
Sauf qu’on a qu’une seule vie et à mon sens se poser la question de savoir si oui ou non c’est le bon moment n’est pas la question, une femme n’aura jamais de bons moments dans sa vie.
Bref j’ai un peu tout ignoré et avec mon mari militaire (rien pour arranger la chose) et le tout en célibat géographique, nous nous sommes dit que les contraintes de boulot ne nous arrêteraient pas !

Pas le temps de se retourner, il faut avancer

L’aventure commence en 2011. Année charnière dans une carrière d’ingénieur (agronome pour ma part) qu’est l’année de spécialisation, pour moi elle rima également avec année de choix, de peurs, de doutes et de rencontres uniques, celles qui font que votre vie prend une trajectoire différente, un azimut brutal.

La spécialisation d’ingénieur sonnait déjà comme un choix cornélien à faire entre la viticulture/œnologie ou l’élevage, j’ai choisi les vaches, cochons et autres espèces d’élevage, entre le labo ou le terrain, j’ai finalement opté pour les deux, entre le privé ou le secteur public… là aussi j’ai eu la chance de pouvoir expérimenter les deux mondes. Cette année fut une année de peurs : le retour d’un frère héro anonyme d’une guerre sous-médiatisée en Afghanistan où l’on garde précieusement son téléphone portable contre soi, nuit et jour, sorte d’antidote matériel aux maux silencieux que sont l’absence, l’attente et l’appréhension. Une année de doutes… et si je m’engageais dans une voie qui n’est pas la mienne, un stage suivit d’une thèse. L’échéance la plus lointaine du monde pour une étudiante en école d’ingénieur…

Si je fais le calcul 6mois de stage plus 3 ans de thèse… cette voix qui te répète « tu as le temps ma fille, fais ton stage et tu verras, personne ne te force… » et les 6 mois de stage qui passent à une vitesse folle. Pas le temps de te retourner que tu es déjà en train de rédiger ton mémoire et qu’on t’a donné une date de soutenance… te voilà au pied du mur, et maintenant on fait quoi ? THESE ou PAS THESE ? Et cette voix qui te rappelle encore à l’ordre « souviens-toi de ce que te disait D., c’est l’aventure d’une vie, ça vous transforme, c’est un vrai plus sur le CV, c’est long c’est dur mais c’est un vrai plus… ». Le cerveau embrouillé, chaque soir de ton dernier mois de stage tu te refais inlassablement le film et chaque matin tu te réveilles encore plus embrouillée que la veille… Autours de toi les gens avancent, et toi, tu ne sais plus où tu en es…

Les belles rencontres

Quand 2011 est l’année qui rime un petit peu avec voyage en eaux troubles, elle rime aussi avec rencontres. Celles de professeurs fantastiques qui ne cesseront jamais d’être des conseillers hors pairs, raisonnant parfaitement mes doutes et questionnements, ne cessant sans cesse d’être à mes côtés dans les moments difficiles comme dans les meilleurs. Celles avec mes encadrants de stage qui deviendront des encadrants de thèse, des encadrants du quotidien, des encadrants de vie parfois. Celles de collègues de travail qui deviendront des sas de décompression, sorte de barrières ou de bunkers aux attaques sordides en tout genre qui viennent te frapper lorsque tes choix n’entrent pas dans une forme de normalité préétablie.
Cette même soit-disante normalité qui est plausible mais rarement possible… Mais qui grâce à 2011 et la plus belle des rencontre, j’ai décidé de rendre possible envers et contre tout.

Donc comme vous vous en êtes douté, la fin de 2011 et l’année 2012 ont été marquées par mon stage de fin d’étude d’ingénieur qui s’est soldé par un diplôme, mais qui a également débouché sur une thèse. Après des études d’ingénieur agronome, j’ai décidé d’effectuer une thèse en biologie de la nutrition dans un centre de recherche français. Ma thèse, financée par une entreprise privée, a commencé en février 2013 et se déroule pour 3 mois encore dans les locaux d’un centre de recherche publique. Certainement privilégiée contrairement à beaucoup d’autres étudiants thésards, j’ai eu la chance de ne pas avoir à courir après les financements, de pouvoir profiter d’une expérience privée car très intégrée dans une équipe au sein de mon entreprise et de faire à la fois du laboratoire et de la recherche appliquée, chose qui était la condition sine qua non à mon engagement dans cette voie.

Vivre ta vie pendant ta thèse tu oublieras

travailPassée l’émulation du début de thèse où l’on est encore la petite nouvelle, on rentre vite dans le vif du sujet, les expériences s’enchainent, les heures aussi, après tout, les jours sont comptés. On rentre alors dans une bulle. Cette bulle qui nous fait venir pendant près de 2 ans et demi à 7h30 le matin et repartir pas avant 18h30 le soir, celle qui nous fait avancer mais qui nous fait aussi perdre la notion du temps, la notion de tout et où le week end arrive souvent à point nommé pour remettre un peu les pieds sur terre.
Dans cette bulle les journées s’enchainent, la place pour la vie de jeunes adultes disparaît petit à petit au profit de journée de labo à rentrer tard le soir, regarder une série en buvant un verre souvent seule, parfois à plusieurs…et recommencer le lendemain. Cette vie-là, tout thésard la connaît, ces périodes reviennent parfois pour longtemps, parfois pas… Elles dépendent aussi de ce dont on a envie. Certains choisissent et je le respecte, de mettre leur vie entre-parenthèse, préférant respecter le sacro-saint code non avoué du thésard stipulant «de vivre ta vie pendant ta thèse tu oublieras» mais heureusement certains choisissent de vivre une vie entourée d’amis, de proches, et certains poussent le bouchon un peu plus loin… Je fais partie du dernier groupe, bien que cela dépende d’où l’on place le curseur sur l’échelle.

J’avoue que le fait d’être une femme n’est pas la chose la plus aisée dans le milieu professionnel, et encore moins dans le monde scientifique. On se rend vite compte dans le monde du travail que quand on est une femme il n’y a jamais de bon moment pour se marier, faire un enfant, faire deux enfants… Bien que cela n’engage que vous, on vous rappelle bien que les 3 années de thèse doivent être un sacrifice, et qu’elles doivent être uniquement consacrées au travail…

Un mariage en vue, un arrêt de mort pour ma carrière ?

Que ne ni dès le début de la première année de thèse, Mr. avec qui je suis en couple, me fait l’honneur de me demander en mariage… mélange de sentiments, drame absolu dans ma tête, organiser un mariage pendant la deuxième année de thèse, celle qui est la plus chargée… me voilà, armée d’une bague de fiançailles au bout du doigt, rentrant en salle café sans que personne ne me dise rien.
C’est finalement une stagiaire qui le remarquera en premier, bruits de couloir aidant, en moins de 2 jours tout le laboratoire est au courant. Mais j’en fais une force et continue mon travail comme si de rien était. Après tout se marier ce n’est pas signer l’arrêt de ma thèse ni un arrêt de mort pour moi.

L’aventure continue et la thèse aussi. L’organisation est difficile mais les proches nous aident et dans l’ensemble d’un point de vue professionnel les objectifs fixés entre les responsables et moi sont atteints et tout se passe bien. Septembre 2014, retour au labo, mariée, ce qui dans le fond ne change pas grand-chose à mes capacités intellectuelles… Nous voilà rendu à mi-parcours de thèse. Les objectifs à 6 mois sont établis et l’on a du mal à croire que oui… on est plus près de la fin que du début…

Le rythme de la deuxième partie de thèse est soutenu, rédaction des premiers papiers, un symposium par-ci, une réunion d’entreprise par là. Et lorsqu’au détour d’un café on te demande « alors ça fait quoi d’être mariée ? », puis les langues se délient et c’est plutôt des « alors il est pour quand le petit ? » que l’on m’adresse je ne relève pas, ça serait beaucoup trop facile et puis au fond de moi à cet instant précis, ce n’est vraiment pas le moment. Le temps d’un week-end de retrouvailles toutes les 3 ou 4 semaines (vivant en célibat géographique avec mon mari) on en rigole, on en discute, on se met à rêver d’une vie de famille en se disant qu’après tout ça serait génial mais qu’il faut se rendre à l’évidence que ce n’est pas viable. Les remarques s’enchainent jusqu’à ce qu’un jour on me dise « non mais ma pauvre, déjà que tu ne vois pas souvent le père si en plus tu nous fais un gamin t’es pas sortie. Et puis ça serait te mettre dans une situation compliquée. Franchement tu es jeune, et tu es en thèse tu devrais privilégier ta carrière plutôt que de penser à faire un gosse »…

Oui je suis enceinte et oui je vais continuer ma thèse

Les 6 mois passent, les réflexions aussi, comme si la femme qui fait des études ou qui travaille doit être enchainée à ce carcan, sorte de dictat qui nous oblige à faire ce qu’on nous a toujours dicté. Au fond de moi je ris jaune, j’ai envie de leur crier « Hello ! On est en 2016, la femme ne naît plus avec un balais et une éponge à la main, elle fait des études, et elle travaille même, et si elle reste à la maison comme certaines de mes amies c’est par choix pas par obligation ! ».
Il reste un an avant la fin, un an où on doit terminer les essais, les analyses, les papiers, rédiger un mémoire. Avec cette date fatidique, arrive aussi son lot de déceptions, la sensation de n’en avoir pas fait assez pendant ces 2 ans, de n’avoir pas encore soumis de papiers, d’en avoir soumis et qui ont été rejetés. Mais arrive souvent des bonnes nouvelles.

bebeCelle par exemple de pouvoir se projeter dans un avenir proche, avec son mari, et celle de fonder une famille. Car oui, 1 an pile avant de finir ma thèse, la bonne nouvelle nous tombe dessus. Celle qui, pour toute femme lambda qui se fout du séisme que cela va représenter, est la plus belle des nouvelles dans un couple qui a envie de construire une famille. Celle-là même qui nous tombe dessus, qui nous donne envie de pleurer, de rire et de crier, le tout en même temps. Celle qui nous fait prendre conscience que votre vie vient de basculer dans une autre dimension et qui va faire de vous quelqu’un aux yeux d’une personne à vie. Vous serez le repère d’une personne… bref un jour un minus vous appellera maman!

Passées le cap des émotions, la prise de conscience est rapide même si on a du mal à réaliser… il est 8h du matin et la réalité nous revient en pleine face quand on croise ses encadrants… Que vais-je leur dire ? Quand ? Comment ? Quelle sera leur réaction ? Par qui je commence ? Je leur dis ou j’attends ? Cette situation, je ne pense pas être la seule à la vivre. Pour en avoir discuté après coup je ne suis clairement pas un cas isolé et ça fait du bien de le savoir… mais je m’indigne : ce n’est pas normal qu’en 2016 une femme qui travaille ait peur d’aller annoncer cette merveilleuse nouvelle à son encadrant, à son directeur, à son responsable du personnel, à son équipe. Ce n’est ni une maladie, ni un handicap, ni un arrêt brutal de ses capacités intellectuelles. Pourquoi aujourd’hui, alors qu’un gouvernement s’affiche comme présentant 50% de son effectif comme étant féminin, les femmes ont peur qu’une grossesse mette un coup d’arrêt à leur carrière ? Pourquoi on lui demande lors d’un entretien d’embauche si elle compte avoir des enfants ? Aujourd’hui le code du travail est clair pourtant, c’est une forme de discrimination…

Les premiers jours passés, je ne tarde pas de l’annoncer à mon encadrante principale et mon responsable entreprise qui le prennent extrêmement bien… Reste à l’annoncer à mon autre encadrant (la soixantaine…) … étape plus délicate, réaction plus déconcertante… je me dis qu’il lui faudra du temps pour digérer la chose… les jours passent, les semaines aussi, je n’ai pas trop de discussions. Cela reste très boulot… le temps passe et le ventre fini par apparaître, les gens parlent mais n’osent pas venir me demander.
Je finis par annoncer « oui je suis enceinte et oui je vais continuer ma thèse »… On entend un « Oh X. tu les attires, je n’aimerai pas être à ta place » (X., mon encadrante a déjà eu une thésarde qui a été enceinte 2 fois pendant sa thèse), avant qu’un autre responsable d’une autre thésarde (récemment papa de surcois) se retourne vers elle et lui dise « tu n’as pas intérêt de me faire ça ! ». Tout le monde rit, intérieurement je rage … mais dans quel monde vit-on ?
je me dis que la seule réponse que je peux avoir c’est de montrer que je finirai dans les temps, que contrairement à d’autres thésards qui n’ont pas d’enfants et qui ont besoin de plus de temps pour boucler leur thèse, moi je finirai dans les temps. Le congé maternité arrive, l’échéancier pour le retour au travail également.

Mon bébé, ma première motivation pour m’accrocher et réussir

Petite parenthèse, monde parallèle qu’est la naissance d’un enfant, notre fils pointe le bout de son nez mi-novembre, un peu après la date prévue. Les journées de maman passent à une vitesse folle, on prend le rythme difficilement, les nuits sont courtes (j’entends encore mes amies me dire « tu devrais te reposer en profiter avant qu’il arrive… » vous aviez tellement raison…), elles sont entrecoupées toutes les 3h par une tétée, on se réveille la nuit, on se rapproche de la journée de reprise et on se dit que ça va être dur, sans le papa la semaine, de rédiger un manuscrit de thèse, de trouver une nourrice, de se lever plus tôt pour s’occuper d’un enfant, de partir plus tôt aussi du travail pour récupérer ce même enfant.
Et l’aventure commence, avec une nourrice extraordinaire, un papa présent bien qu’absent, une famille ultra disponible pour les questions en tout genre et des super thésards pour nous remonter le moral. Je reviens au laboratoire plus fière que jamais.

A 2 semaines de déposer mon mémoire de thèse le challenge est presque réussi, il me reste une partie à écrire, j’aurai peut-être une petite semaine de retard, mais je bosse le soir quand le petit dort… Au moindre doute j’ai des épaules sur qui me reposer et deux billes bleues suffisent à me dire que j’ai bien fait de faire ce que j’ai fait. Ces mêmes yeux qui vous regardent depuis 5 mois 1/2 et vous disent que la vie est la plus merveilleuse des aventures.

 

Mesdemoiselles, Mesdames, (et peut être même Messieurs), aucune règle ne vous est imposée, la seule qui existe est celle que vous vous fixerez. On a qu’une seule vie et à mon sens se poser la question de savoir si oui ou non c’est le bon moment n’est pas la question, une femme n’aura jamais de bons moments dans sa vie. Il se pose surtout la question de vos envies. On a des enfants quand on se sent prête, prête à se lever tôt, à s’organiser, à les supporter (dans les deux sens du terme !), mais également à les aimer, les élever, les chérir. Et surtout on le fait à deux et avec le soutien de ces proches. Car même à distance, même en vadrouille à l’autre bout du monde, même en couple dans le même appartement tous les jours, votre meilleur soutien et votre meilleur allié, qui vous permettra de tout gérer c’est votre mari. Car oui il y a des moments très difficiles, des moments où on se dit « je veux une femme de ménage qui fait le ménage à ma place, un Thermomix qui fait à manger tout seul, une machine à laver qui étend et repasse et range le linge tout ça en même temps », mais ce qui vous fera tenir c’est la joie d’avoir construit une famille, avec l’homme que vous aimez et qui même s’il ne le montre pas toujours est tellement fier de vous.

Pauline Fraysse

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