Mères-pas-solos, je vous tire mon chapeau

Mères-pas-solos, je vous tire mon chapeau

Avant, au tout début de ma vie de mère, je pensais que les mères en couple avaient diablement plus de chance et de facilités que moi. Mais ça, c’était avant.

« Bonjour, je suis B. J’ai deux enfants, un gars une fille, que j’élève seule. Même papa oui. Pas séparée non. Oui c’est ça nous n’avons jamais vécu en couple. S’ils étaient prévus ? Non, du tout. Pourquoi je les ai gardés ? Parce que. Si je regrette ? Certains jours oui. Quand la fatigue, la lassitude, les merdes financières, le je-vois-tout-en-noir prennent le dessus. Ça ne se dit pas ? Pourquoi demander alors ? Non mais je vous rassure hein, c’est très fugace comme regret. Là, vous vous sentez mieux ? »

Avant donc, quand j’ai eu ma fille et qu’à force de me tenir éveillée pour la veiller je n’arrivais plus du tout à trouver le sommeil, que les nuits se sont mues en semaines et les semaines en mois, je me disais que si seulement j’avais un relais, la vie serait plus simple. Et, forcément, je me disais que les mères en couple avaient de la chance, parce que ce relais elles l’avaient. Je me suis fait la même réflexion à chaque peau de banane, à chaque décision à prendre dans l’urgence, à chaque fois qu’on m’assénait que je prenais des décisions non conforme ou que mes principes étaient ridicules et que je devais seule les justifier sans jamais avoir un soutien inconditionnel à mes côtés.

L’herbe toujours plus verte. Renforcé évidemment à chaque fois qu’on me disait gentiment « je ne sais pas comment tu fais, moi, seule, je ne pourrais pas ». « Si seulement tu savais ce que je t’envie, toi là avec ton homme qui fait gouzi gouzi à ta fille en lui enfournant sa cuillère de carottes ». Une envie un peu mesquine, soyons honnêtes, de celle qui te fait lui souhaiter de péter son talon aiguille dans un escalator alors qu’elle tient sa poussette d’une main quoi. Ce genre d’envie là. Pas franchement reluisant. Puis ma fille a grandi, a dormi un peu mieux, et pouf nuage rose sur ma tête, tout était plus simple. Puis mon fils est né, rebelotte les nuits à faire les mille pas, les pleurs qui écorchent tellement tu ne les comprends pas, la fatigue trou noir, le trop plein, le ras-le-bol, l’impression de tout foirer et que si j’étais non pas seule mais à deux tout le monde serait plus zen. Puis mon fils a grandi, a fait ses nuits, puis mes deux ont créé ce lien si fort qui n’appartient qu’à eux, puis j’ai pu souffler, la machine était rodée, les questions existentielles allaitement/alimentation/santé/vaccins/éducation/instruction aussi, bref nuage rose sur ma tête.

Certes j’ai essuyé et j’essuie toujours, bon nombre de critiques, essentiellement de ma mère (youhou !), parfois de soignants, parfois aussi d’enseignants ou de coachs en parentalité à la petite semaine, mais j’avais fait mes armes, je savais répondre, argumenter, justifier…

Et pendant tout ce temps là, où j’avais mes hauts et mes bas et où j’enviais la chance des mères-pas-solos de ne pas être seules face au gouffre qu’est la maternité et surtout l’accompagnement au jour le jour de ces adultes en devenir, je discutais avec elles, ces mères-pas-solos, de comment ça se passait chez elles, de l’autre côté du miroir.

Non l’herbe n’est pas plus verte ailleurs

Une des phrases fétiches de ma mère, quand je me braque par rapport à l’une de ses « réflexions », est « Tu n’as personne pour te tenir tête ». Sous-entendu, « tu n’as personne pour te dire que tu te trompes/as tort/te remettre en cause ». J’ai longtemps mal (com)pris cette phrase. Pourquoi diable aurais-je besoin de quelqu’un qui m’inscrive en faux en permanence ? Pourquoi n’est-elle pas capable de comprendre que c’est de soutien dont j’ai besoin ? Qu’on m’aide parfois à aller là où je veux aller ? Ou qu’on me dise simplement « fais-toi confiance » quand je doute ?

ALT-meres-pas-solo-maman-vogue

Mais elle a raison. Je n’ai certes personne à mes côtés pour me soutenir. Mais je n’ai personne non plus contre qui lutter. Je n’ai personne avec qui composer. Je suis seule maître à bord. Seule responsable en cas de mauvais choix. Et c’est un poids non négligeable. Mais surtout seule décisionnaire.

De l’autre côté du miroir, l’herbe est parfois plus verte. Les mères-pas-solos ont le soutien inconditionnel de leur partenaire, ils sont sur la même longueur d’onde, ils nagent dans l’entente parfaite, prennent toutes les décisions de concert, se relaient naturellement, l’un prenant le relais quand l’autre est près de faillir. Les deux se renseignent, les deux cogitent, les deux échangent, les deux tombent d’accord, sans même avoir à lâcher le plus minuscule morceau. Parfois. Ou plutôt exceptionnellement.

La règle, de l’autre côté du miroir, chez les mères-pas-solos, c’est la compromission, la concession. Dans les faits rares sont les couples où les deux parties partagent stricto sensu le même avis sur tout, a fortiori quand leur enfant est concerné. On discute rarement de ces choses là avant de se mettre en couple. On en discute quand l’enfant est là. Quand on est dos au mur. Et c’est là que les dissensions font surface.

Allaitement ou pas ? Combien de temps ? Qui se lève la nuit ? Congé paternité ou non ? Qui change les couches quand les deux sont là ? Qui prépare et donne le bib de 3h du matin ? Alternance ou non ? Qui gère les repas ? Quels vaccins faire ? Le pédiatre est-il digne de confiance ou non ? Melting-pot où s’entrechoquent les vécus, les impressions, les valeurs et les désirs : « J’ai lu que les trotteurs n’étaient pas bons. Ma mère dit qu’au contraire ça m’a dégourdi les jambes. Tu le prends trop ce gosse il va s’habituer. Si tu le prenais davantage il te sourirait à toi aussi.

Non reste là laisse le pleurer un peu ça ne va pas lui faire de mal. Tu le couves trop. On dirait que je n’existe plus il n’y en a que pour lui. Elle serait tellement plus jolie avec les oreilles percées. Arrête de pleurer sinon je vais te donner une bonne raison moi j’en ai assez de tes caprices. Depuis que j’ai repris le boulot il ne se lève pas davantage la nuit, je ne tiens plus, je suis épuisée.

Mon fils sera circoncis, c’est la tradition, je n’ai pas besoin de ton accord pour le faire. Tu ne devrais pas la laisser te parler comme ça. Maman voudrait qu’elle soit baptisée, je ne suis pas croyante mais même ma sœur l’a fait tu sais, je n’ai pas envie de me la mettre à dos et puis c’est rien un peu d’eau sur le crâne elle ne s’en souviendra pas. Tu ne vas pas lui redonner le sein maintenant il a tété il y a à peine 1 heure, tu vois le pédiatre avait raison ton lait n’est pas nourrissant.

Oui je lui ai donné une tape sur la cuisse et alors quoi, il a fait tomber mon Ipad je n’allais pas applaudir non plus et puis ça va hein moi j’ai reçu des claques et j’en suis pas morte. Allo madame X, oui c’est Jeanine, je vous appelle parce que Kévin est malade, il a vomi partout là il faudrait venir le chercher, j’ai essayé de joindre votre mari mais il est en réunion il ne peut pas être dérangé (lui). T’es pas belle quand tu pleures. J’en ai assez que tu lui dises des choses comme ça, si seulement tu voulais bien lire ce livre dont je t’ai parlé… »

Je lis souvent que c’est dur d’être solo. Je l’ai moi-même souvent pensé. Et c’est vrai que c’est dur, en termes de finances, de moral(e), de temporalité et d’ubiquité notamment. Et parce qu’on manque de soutien au quotidien. Mais être parent solo, c’est aussi une formidable liberté. Je n’ai pas de soutien au quotidien, mais je le sais, ce n’est pas une surprise. Je n’ai personne pour prendre le relais, mais je n’ai personne non plus pour me faire faux bond. Je n’ai personne avec qui m’assurer que mes décisions sont justes, bonnes, mais je n’ai personne non plus avec qui je dois négocier chacun des choix qui me tient à cœur. Je n’ai pas non plus de belle-famille avec laquelle je dois composer. Je n’ai pas de non-choix à faire pour préserver mon couple. Je n’ai pas de discussions à avoir sur les (multiples) violences éducatives. Personne ne m’a dit et répété que je devais couper le cordon ou qu’il était plus que temps de sevrer.

Le père de mes enfants participe aux décisions les concernant, mais dit lui-même que je suis seule décisionnaire puisque je les élève seule. Si je me trompe, je n’ai que moi à blâmer, mais je n’ai personne pour me le rappeler au détour d’une engueulade. Quand je donne une consigne à mes enfants, je n’ai personne pour leur dire le contraire ou invalider mon jugement. Je suis à la fois le parent strict et le parent souple. Je dois veiller à l’équilibre, à ne pas sombrer vers l’autoritarisme ou le laxisme, mais je n’ai personne pour me cantonner à un seul rôle. Je ne serai jamais le méchant flic. Je serai juste moi. Je porte le chapeau, mais c’est moi qui le coiffe.

Chapeau bas à toutes ces mères pas solos

Ce chapeau je voudrais le tirer à toutes ces mères qui ne sont pas solos. A toutes celles qui, chaque jour, et à chaque décision, doivent composer entre leurs principes et ceux de leur conjoint. Entre leurs valeurs et ses valeurs. Entre leurs aspirations et ses aspirations. Aux mamans qui travaillent le jour et se lèvent la nuit alors que leur conjoint dort. A celles qui voudraient continuer d’allaiter mais dont le conjoint ne suit pas. A celles qui le dimanche vont déjeuner chez belle-maman et supportent stoïquement ses conseils en maternage qui ne sont pas les leurs mais ont élevé leur conjoint. A celles qui doivent quitter leur boulot pour aller récupérer son enfant et son vomi parce que leur conjoint est professionnellement mieux considéré. A celles qui ont entériné sous la pression des décisions qui vont contre leurs tripes. A celles qui apaisent et pansent les blessures causées par les mots ou la main trop leste de leur conjoint sur la cuisse d’un enfant. A celles qui auraient bien continué le cododo (ou pas) mais là non ça pouvait pas continuer comme ça. A celles qui seraient bien restées cocooner Aglaé mais dont le conjoint est en recherche d’emploi et qui doivent reprendre le cœur gros le chemin du turbin. Et à toutes les autres que j’aurai oubliées.

Si être seule face ce rôle de parent est dur, il est encore plus dur d’être seule à deux, que ce soit par moments, par problématique, ou que ce soit au long cours. Il est infiniment plus dur de concilier deux paires de tripes et deux vécus pour en faire un mélange subtil où les deux se retrouvent pour construire leur parentalité.

Mères-pas-solos, je vous tire mon chapeau.

Lire aussi :

Témoignages : la parole aux mamans solos

Maman Vogue a lu: « Ces mauvaises mères qu’on aime tant » de Gabrielle Rubin

  • Ma grossesse
    semaine après semaine

    Retrouvez chaque semaine :

    • Des infos personnalisées
    • Les conseils de nos experts
    • Un rappel des démarches
    • Nos bons plans
    Je m'inscris

    Renseignez la date prévue de votre accouchement

  • Jeux concours - Les cadeaux de Maman Vogue