Mamans et femmes, sachons demander de l’aide !

Mamans et femmes, sachons demander de l’aide !

« Tout au fond de moi, je sentais bien que j’avais besoin d’aide, que je m’enfonçais de plus en plus. Mais jamais suffisamment pour crier à l’aide. Jusqu’au jour où j’ai été prise de vertiges ; je manquai de m’écrouler dans la rue. C’est là que j’ai eu le courage de réagir. Mais c’est un médecin généraliste que je suis allée voir. Il s’est moqué de moi, me disant que j’allais très bien. J’ai compris que personne ne pourrait m’aider, qu’il fallait que je me débrouille toute seule.
Et j’ai enfin réussi à prendre rendez-vous avec un psy. » Natasha, Maman, 36 ans

 

Des milliers de femmes vivent des expériences similaires. La vie de nos enfants, leurs larmes, leurs colères, leurs silences, leurs difficultés, nous poussent sans prévenir vers nos limites.

La maternité révèle nos fragilités profondes et enfouies parfois au fond de nous.

Quelle mère ne s’épuise pas à tout donner pour que son enfant vive une enfance plus heureuse que celle qu’elle a vécue ? Quelle mère ne perd pas patience alors qu’elle aurait aimé être calme et posée ? Quelle mère ne regrette pas ses cris, son agacement ? Quelle mère n’a pas envie de fuir pour tout lâcher ? De nombreuses mamans souffrent de ces émotions négatives qui sont aux antipodes de ce qu’elles souhaiteraient donner. Alors que faire ?

Les jeunes mères sont souvent pleines d’espérance et de désir : « Je ne serai pas comme ma mère ». « J’arriverai à trouver un équilibre entre ma vie de famille et mon travail ». « Je donnerai tout ce que je n’ai pas reçu ». Mais ces belles aspirations se transforment souvent en diktats inatteignables. Certaines tentent pendant des années de coller à cette image d’Epinal et s’épuisent sans s’en rendre compte. Pour d’autres, leur incapacité à coller à l’image idéale de la maternité qu’elles se sont construite les poussent au découragement, voire à croire qu’elles ne sont pas dignes d’être mères.

Se découvrir fragile est une force et un premier pas

Se découvrir fragile est une formidable opportunité pour chercher des solutions qui permettront de vivre une vie plus sereine et épanouissante.

Les difficultés inhérentes à la maternité sont multiples. La maladie ou le handicap d’un enfant sont des épreuves profondément douloureuses pour une mère. Il y a aussi les souffrances qui surgissent quand l’enfant nous confronte à une réalité de vie différente de celle imaginée. D’autres qui sont la conséquence de la séparation avec le père de ses enfants, et tant encore. Il y a les petites et les grandes souffrances. Celles qu’on ose dire, celles dont on a honte et dont on ne parle pas ; ces dernières nous détruisent à petit feu. Mais toutes ces souffrances nous posent la même question : qu’est-ce que je fais pour mieux les vivre ?

Il y a, je crois, deux attitudes possibles:

  • La première attitude, la plus spontanée, consiste à chercher à soulager immédiatement ce qui est douloureux. Elle implique de rester centré sur le présent pour y chercher des solutions immédiates pour aider nos enfants, nous aider nous-même. Souvent, cette recherche d’un soulagement présent et rapide du symptôme s’accompagne de la croyance que « cela va s’améliorer avec le temps ». Si cela peut s’avérer vrai dans certains cas, je constate dans mon cabinet que, le plus souvent, les difficultés se cristallisent et empirent au fil des années plutôt qu’elles ne s’améliorent.
  • Une autre attitude consiste à s’arrêter pour se pencher sur la cause racine de la difficulté. Notre passé a plus d’impact sur notre présent qu’on ne veut bien l’accepter. Car si nos expériences traumatiques ou difficiles du passé n’ont pas été pleinement intégrées et dépassées, elles continuent de polluer notre quotidien sans que, le plus souvent, on ne s’en rende compte.

Prenons un premier exemple. « Si je manque de confiance en moi, je vais douter de la capacité de mon enfant à s’en sortir seul et, sans le vouloir, je vais introduire des comportements chez mon enfant et lui transmettre malgré moi une faible estime de lui-même. »

Ou encore, « si j’ai été harcelé à l’école, je vais avoir tendance à toujours être plus méfiante et croire que les autres ne sont pas vraiment bienveillants ; cette vision du monde qui m’entoure va devenir ma grille de lecture et mes relations vont en être affectées. A travers mes comportements et remarques plus ou moins implicites, je vais également transmettre cette manière de penser à mon enfant. »

« Si j’ai souffert d’un manque d’amour de mes parents, je vais chercher à le compenser pour ne pas le reproduire avec mes enfants, au risque d’étouffer malgré moi mes proches (amis, conjoint, famille). L’adulte en moi cherche à se convaincre qu’elle va bien mais la petite fille en moi souffre toujours de ce manque d’amour. »…

Prendre le temps de guérir son passé

S’arrêter sur son histoire et ses blessures pour intégrer son passé, c’est se donner la chance de reprendre les rênes de sa propre vie, pour devenir soi-même et vivre plus pleinement. Mais au fait, comment travaille-t-on efficacement sur le passé ?

Pour des raisons historiques, l’approche psychanalytique a longtemps été la méthode thérapeutique prédominante en France.
Par cette approche, le patient tente de comprendre qui il est et de consolider son moi-intérieur sous le regard de l’analyste. Le patient étudie par lui-même son histoire pour se connaitre. Mais comprendre son histoire et ses blessures n’est parfois pas suffisant pour changer en profondeur.

C’est pourquoi de nouvelles méthodes thérapeutiques ont émergé ces 30 dernières années. L’intégration du cycle de la vie (ICV) est l’une d’elle. Avec l’ICV, le patient travaille efficacement et concrètement sur son passé afin d’intégrer que le passé, justement, est passé. Des changements profonds sont observés : diminution de l’anxiété et du stress, augmentation de la confiance en soi, affirmation de soi, capacité à poser des choix…
Par ce travail sur soi, la femme devient plus libre dans sa maternité, elle choisit de donner ce qu’elle veut et ce qu’elle peut sans diktat du passé qui l’enferme. Ce travail thérapeutique se fait dans un temps délimité, il n’a pas vocation à durer des années (de quelques séances à deux-trois ans de travail).

Témoignages des mamans

Pour conclure, je laisse la parole à des mamans qui expliquent en quelques mots ce qui les a poussées à, un jour, demander de l’aide à un spécialiste.

Quel a été le déclic qui vous a poussée à consulter un psychothérapeute ?

Josiane : J’ai sauté le pas pour m’aider à vivre sereinement une situation difficile et pour m’aider à gérer les difficultés de mes enfants (réveils nocturnes, angoisses, couchers difficiles).

Hélène : Je n’arrêtais pas de me mettre en colère contre mes enfants, je me faisais peur moi-même. Une fois, j’ai eu envie de pousser ma fille dans l’escalier. J’ai réalisé que j’avais besoin d’aide et que mes enfants ne pouvaient pas souffrir de mes manques de maîtrise de moi-même.

Marthe : Mon travail ne se passait pas comme je le souhaitais. J’ai alors senti que je manquais de ressort pour passer au-dessus de ces difficultés. Je manquais de confiance en moi, en mes capacités ! C’est alors que je suis allée voir une psy.

Quel conseil donneriez-vous à une amie qui se pose la question de se faire aider ?

Josiane : Ça pourra toujours te faire du bien, en améliorant tes relations et ton bien-être. Tu n’as rien à perdre… (rires), ah si peut-être un peu d’argent, mais ça vaut la peine de sauter le pas !

Hélène : Choisis une méthode qui marche et un psy qui est très bienveillant ! Et dis-toi que c’est pour un temps seulement, tu n’es pas partie pour dix ans de thérapie ! Et, surtout, dis au psy comment tu te sens dans cette situation qui est complètement inhabituelle.

Marthe : Il faut essayer : prendre son téléphone, prendre rendez-vous et tester quelques séances !

Natasha : À partir du moment où tu te poses la question, c’est que tu en as besoin. C’est comme pour le 15 : dès qu’on hésite à appeler, il faut appeler. On n’est pas toujours apte à savoir si on en a vraiment besoin, il vaut mieux y aller pour rien que de ne pas y aller quand c’est nécessaire.

 

Et si vous aussi, vous vous donniez la chance de travailler sur votre passé pour être plus heureuse et épanouie en tant que mère et que femme ?

 

Juliette Lachenal
Psychologue et psychothérapeute ICV
Juliette accompagne des femmes en souffrance maternelle afin de les aider à intégrer les difficultés du passé et de vivre pleinement leurs vies. Dans le but d’accompagner les femmes de la manière la plus adaptée ou la plus juste, Juliette s’est formée à la périnatalité.

www.juliettelachenal-psychologue.com

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