Maman Vogue a rencontré la photographe Angélique Provost

Maman Vogue a rencontré la photographe Angélique Provost

Elle dévoile à travers ses clichés un regard plein de bienveillance et de poésie sur les mariés, les couples et les familles qu’elle photographie. Femme de pompier et maman de deux petits garçons nous avons rencontré la jeune femme aux belles valeurs, la photographe de talent Angélique Provost !

Comment es-tu devenue photographe freelance ?

Un matin de septembre 2017 j’ai cédé à un petit caprice en m’offrant un starter pack semi-pro à la FNAC. Nikon, Canon, Olympus… je n’y connaissais rien, j’ai pris l’offre la plus avantageuse du moment, un Nikon, je me suis laissée guider par le vendeur, et je repartais avec mon appareil.
Pendant les mois qui suivent, je suis un peu débordée par mon M2, je l’utilise peu . Et puis en février, mon mari perds sa maman d’une manière brutale et complètement imprévue. Une épreuve qui soude plus que jamais notre famille, mais la quantité de choses à gérer me fait rater deux dates inflexibles pour des dossiers de fac à rendre, me voilà hors circuit pour valider mon année. On est en mars, le temps est gris, le moral pesant, le diplôme est raté, c’est pas la joie…

Heureusement, début mars, un heureux évènement se profile: le mariage civil de ma soeur jumelle ! Elle sait que j’ai un bel appareil, elle réserve son budget pour son mariage religieux quatre mois plus tard : « Tu veux te faire la main sur mon mariage ? J’ai pas de photographe ! « .
Chic ! Un nouveau projet, qui change les idées ! Et si j’essayais de faire mes preuves sur un nouveau domaine ? Le soir du mariage, je zappe la soirée organisée et rentre en toute hâte chez moi pour retoucher. Je tâtonne sur Lightroom, j’y passe une bonne partie de la nuit, et le lendemain, les jeunes mariés ont leurs photos !
Ma soeur, ravie, commence à partager sur les réseaux sociaux: et paf ! On me demande de shooter des couples, des mariages civils etc.

Je commence à prospecter, et le miracle arrive, mon premier week-end de juin est booké ! Après celui ci, juillet, aout et septembre se vendent comme des petits pains, et je freine en octobre puisque je suis enceinte de mon Aymeric, qui arrive fin décembre. Fin décembre, toute mon année 2019 est saturée de mariages.
Du coup pour résumer comment on devient photographe free-lance: on fait des nuits blanches, on se prend beaucoup de refus, de remarques blessantes, on surfe sur les coups de chance, on se crée un réseau, et on remonte ses manches !

Comment gères-tu au quotidien ton activité professionnelle et tes deux enfants qui ne sont pas en âge d’être scolarisés?

Pendant longtemps j’ai pataugé, beaucoup. Un jour j’ai fondu en larmes dans les bras de mon Vincent: « Chéri je suis à bout de bras pour tout, je manque d’organisation, j’ai besoin d’aide pour tout reprendre en main. »
Ni une ni deux: petit brainstorming tous les deux, et on met des mots sur le problème. J’ai un travail à la maison, donc des difficultés à séparer temps de travail et temps en famille. Etre maman et être photographe ce sont deux métiers différents, il faut les séparer, aménager pour chacun du temps et de l’espace.

En une semaine j’ai vu arriver à la maison un ordinateur tout neuf, un grand bureau et un immense tableau veleda à double battant; à accrocher au mur, pour avoir tout sous les yeux en un seul coup d’oeil.
Le gros du travail était fait, ensuite j’ai divisé les journées et instauré un rythme précis. Il y a les journées toute seule qui sont très structurées; et les journées où Vincent est là qui sont vraiment beaucoup plus aléatoires.

Voilà le planning des journées seule:

  • Réveil à 7h pour moi, petit dej et sport.
  • Réveil des enfants aux alentours de 8h.
  • 9h-11h Activités d’éveil.
  • 11h-12h Repas.
  • 12h-13h Temps calme, musique, lecture (dessin animé parfois, ça arrive aussi!)
  • 13h-15h30 Sieste des enfants. Pendant ce temps là je retouche mes photos, j’envoie mes contrats, je réponds aux mails, je m’occupe de ma communication instagram et de mon site.
  • 15h30- 17h S’il fait beau on va au parc, sinon, on improvise une activité (j’ai une liste d’idée en cas de panne), peinture, collage, dessin, piano, jeux de construction, cache cache etc…
  • 17h-18h L’heure des bains.
  • 18-19h Repas et coucher d’Aymeric.
  • 19-20h Repas et coucher de Louis.
  • 20-21h30 Ménage et rangement du capharnaüm de la journée.
  • Jusqu’à 22h 30 je prends du temps pour moi, bain, masque, etc.
  • Puis jusqu’à 1h du matin c’est travail de nouveau.

Ça fait plusieurs mois que nous fonctionnons comme ça, et ça m’a changé la vie ! Certains trouveront le rythme un peu spartiate et rigide, mais nous c’est ce qui nous convient. Ça ne fonctionne vraiment pas tous les jours à la minute près, je ne vais pas vous mentir, mais s’imposer une structure a été salvateur !

Ton mari est pompier de Paris, quels sont les avantages et les inconvénients inhérents à son métier pour votre vie familiale et ton activité professionnelle ?

J’ai tendance à parler davantage des inconvénients mais c’est vrai qu’il y a aussi des avantages !
Les inconvénients ce sont les absences, les angoisses au bout d’un certain temps sans message (« et si une intervention s’était mal passée? »), les planning qui changent chaque mois et qui ne sont donnés que le 25 du mois précédent (un cauchemar pour l’organisation des shootings…). Après chaque accouchement, les coup de blues post partum sont parfois durs à affronter seule, ou avec un mari fatigué au rythme décalé. Car il y a les absences physiques, lorsqu’il est de garde, mais il y a aussi les absences dues au repos nécessaire quand il rentre: une garde de 48h compte rarement plus de quelques maigres heures de sommeil. Ainsi quand il rentre pour un repos de 48 heures, il y en a minimum 24 qu’il passe à dormir pour rattraper le sommeil perdu sur intervention.

Les avantages c’est que nous avons donc aussi parfois des périodes de deux à trois jours avec papa à la maison. Je prends des shootings sur les deuxième et/ou troisième jours de ces courtes périodes, de manière à ce que mon travail n’entraine pas de mode de garde autre que nous. Le constat est vite fait : on se voit peu. Mais finalement à peine moins qu’un couple dont les deux parents travaillent toute la journée, et nos enfants grandissent tout de même sous nos yeux, et non sous ceux d’une nounou, nous savons que pour ça nous sommes extrêmement chanceux. Je ne me serai jamais lancée dans mon métier si Vincent avait des horaires de bureau.
Et puis on a trouvé LA perle rare pour garder nos enfants en toute confiance, et s’échapper comme des gamins amoureux le soir de temps en temps. On se drague, on se raconte nos journées, on reste des jeunes mariés !
Et le plus gros des points positifs, c’est la fierté de cet homme qui consacre sa vie au service de Paris et des parisiens.



Photographe de mariage, tu proposes aussi des séances photos pour les familles où pour les nouveaux-nés, qu’est-ce qui t’as donné envie de consacrer particulièrement ton talent à l’univers familial ?

En réalité je trouve simplement que c’est une des choses les plus belles de la création, et que ça mérite donc d’être immortalisé. Le temps passe et ce sont les photos qui fixent dans l’intemporel les visages qui nous quittent, les instants d’absolu, les bonheurs fugaces. Je souhaitais ne faire que de la photographie de famille. Mais pour en vivre, il faut pratiquer des tarifs que je trouve un peu assassins. Les photos contribuent à la constitution du patrimoine familial, les albums sont autant de livres de contes à transmettre à ses descendants. Sauf qu’actuellement, il faut débourser des sommes folles pour s’offrir une séance photo en famille, ou même un photographe de mariage. Alors j’ai pris un parti très simple: proposer des prestations à un tarif où je pourrai moi même me les offrir. Ça me semble moralement plus juste.


Il est vrai que du coup je ne vis pas exclusivement de la photo de famille, je prends deux ou trois fois par mois des prestations dites « corporate » (soirées d’entreprises, portraits professionnels, etc). Ce n’est pas palpitant mais j’aime ça car c’est ce qui me permet d’être photographe de famille de façon familiale, honnête et adaptée au public que je vise. Et le public que je vise, ce sont les familles, pas leurs portefeuilles.

Ton compte Instagram est très populaire, au delà du bouche-à-oreille il est sans doute partie intégrante de ta réussite professionnelle. Comment arrives-tu à concilier ton activité sur les réseaux sociaux avec ta vie familiale ?

En fait mon instagram n’est que le fruit de mes deux activités : mère au foyer et photographe. J’ai partout avec moi mon appareil qui traine, donc nos moments familiaux sont immortalisés de façon naturelle, je ne mets pas en scène ma famille pour des photos. En revanche quand il se passe quelque chose de joli, hop ! Je clique !
Parfois on m’accuse de ne montrer que du beau, que du lisse sur instagram. En même temps, je ne dégaine pas l’appareil photo quand Louis fait un caprice, ou quand on se reproche mutuellement d’avoir oublié d’étendre la lessive. Vous imaginez la scène ? Instagram c’est avant tout un album photo de famille, donc on y met des jolies choses. Et puis de temps en temps, on lache un peu du leste, dans un coup de blues, et BOUM ! Plein de maman vous envoient des messages adorables pour vous dire que c’est pareil chez elles, et que ça passera. Et puis ça passe !

En réalité, mon activité de photographe et mon activité Instagram sont deux choses différentes: je ne poste jamais de photos de mes clients si ce n’est en story.
Je ne me cache pas du tout la dessus, mon compte instagram s’oriente vers le digital influencing, je prend quelques partenariats etc… Mon activité de photographe m’aide à développer ma communauté, et ma communauté m’aide à trouver sans cesse de nouveaux clients, ce sont deux travails qui se complètent et se répondent. Et j’en suis très heureuse !

A travers de jolis clichés d’eux, tu as choisis d’exposer tes enfants sur ton compte Instagram, quelle est ta position à ce sujet ?

Je pense qu’ instagram c’est un tout, comme un blog 2.0. J’y partage le meilleur de mon quotidien, et ça inclue nécessairement mes enfants. Je suis fière d’eux, et je ne poste jamais rien qui puisse les embarrasser. Ils sont la source de mon bonheur quotidien, ils ont donc leur place à mes côtés sur cette partie de ma vie comme sur les autres. Je sais bien que c’est un avis qui ne fait pas l’unanimité, et je le respecte tout à fait.  Je pense avant tout que sur cette question, chacun fait bien comme il veut !

retrouvez le compte Instagram d’Angélique ici et son contact de photographe ici

Héloïse Tertrais


Héloïse est maman de trois garçons rapprochés qu’elle élève à plein temps entre lac et montagne en Haute-Savoie.



Diplômée en littérature jeunesse, passionnée d’Histoire et de Lettres, elle aime aussi beaucoup  la mode enfantine et chiner.