Maman Vogue a rencontré Hélène, créatrice de Petit Berge

Maman Vogue a rencontré Hélène, créatrice de Petit Berge

Chez Petit Berge, on adore la finesse de l’illustration, le détail élégant si bien nuancé et les tenues à croquer. On a voulu savoir qui se cachait derrière ce ravissement. On a découvert une douce maman aussi délicate et intelligente que ses dessins et une jeune femme gaie qui assume ses convictions.

Petit Berge, qui es-tu ?

Je suis Hélène, j’ai 27 ans et je suis la maman de 3 petites demoiselles de 5, 4 et 1 an. Nous vivons à Guérande et nous partons  prochainement à Tours, pour notre plus grande joie.

Qu’est-ce qui t’a amené vers Petit Berge ?

J’ai une formation de styliste, diplômée d’une école de mode à Paris. Je suis ensuite rentrée chez Jacadi où j’ai travaillé comme styliste pendant un an. Ma vie personnelle a rapidement évolué en même temps car je me suis mariée assez jeune. Pour la petit histoire, j’ai eu la grande chance de rencontrer mon futur mari à l’âge de 16 ans (16 ans pour lui aussi), nous suivions le même cours d’orchestre au conservatoire. Le soir même de notre rencontre, nous savions que nous étions fait l’un pour l’autre, c’était une évidence. Nous nous sommes fiancés à 18 ans puis mariés (enfin !) à 20 ans.  Un an plus tard, je donnais naissance à notre première fille, Inès.  Les premiers mois se sont écoulés, plus le moment de reprendre le travail arrivait, plus je freinais et j’ai fini par me rendre compte que je n’avais tout simplement pas envie d’y retourner. La logistique n’était pas prête à soutenir mon retour au travail mais surtout mon cœur me disait clairement que je n’avais pas envie de la laisser. Je n’avais pas envie d’arrêter d’allaiter et ne me résolvais pas à faire le deuil de tout ce que j’allais probablement manquer en travaillant. Je suis donc restée à la maison, et très vite, Angèle est arrivée, (elles ont 14 mois d’écart).  Aujourd’hui, en y repensant, je réalise que le statut et les contraintes du salarié me dérangeaient. Je n’aimais pas ne pas être libre de mon temps.

Quand Angèle a eu 1 an, j’ai commencé à tourner en rond à la maison. Je m’ennuyais et mon mari, qui le constatait, m’a incité à (re)prendre une activité. J’ai naturellement retrouvé mes crayons et commencé de nouveaux dessins. Puis je les ai montrés sur les réseaux sociaux, pour mon plaisir. Sans objectif précis, je partageais ce que je croquais. Rapidement, mon travail a été apprécié et faire-part élégant m’a proposé une première collaboration. Puis, tout s’est enchaîné : des commandes, de nouvelles collaborations et j’ai fini par monter ma boutique en ligne. Rien n’était prémédité et ma marque était née ainsi petit à petit.

Depuis 1 an et demi, je suis entrepreneur individuel, j’ai accepté de passer ce cap. Rien de tout ça n’était prévu mais je me suis laissée porter et aujourd’hui, ce travail fait aussi ma joie.

3 enfants, un travail minutieux et une présence singulière sur les réseaux sociaux, comment fais-tu au quotidien ?

J’ai fait le deuil de la routine et des habitudes de travail. Avec des enfants, impossible de faire la même chose un jour et son lendemain, ils se chargent de bouleverser tous les programmes. Alors j’applique un principe simple et pragmatique : je travaille quand je peux. J’ai ma dernière avec moi à la maison quand les aînées sont à l’école et je travaille quand elle est calme ou qu’elle dort. Le seul rituel que je peux m’octroyer est de retravailler le soir  lorsqu’elles sont toutes couchées. D’ailleurs souvent, nous nous installons dans mon atelier avec mon mari et avons beaucoup de plaisir à travailler à côté l’un de l’autre et à nous entraider.

J’adore mon activité avec Petit Berge mais les enfants restent ma priorité absolue. J’ai charge d’âmes et c’est tout ce qui compte.

As-tu des super astuces organisation à partager avec nous ?

Aucune, je pense au contraire que je gagnerais à en recevoir plutôt qu’à en donner ! J’exagère mais je crois qu’une des clefs c’est d’anticiper au maximum et quand on y arrive ; comme préparer les tenues des enfants et les repas en avance.  Ne pas attendre que la maison soit un champ de ruine pour ranger, mais le faire dès que je rentre dans une pièce, comme ramasser tout ce qui traîne par terre, rien que ça permet déjà de se sentir (un peu) mieux dans sa tête !

Au-delà de l’organisation, est-ce qu’il y a des impératifs auxquels tu ne déroges pas dans la vie de famille ? Des impondérables qui sont vraiment importants pour toi ?

Je tiens aux horaires. Quand ils sont respectés, ils rythment la vie de famille. Je planifie en fonction des besoins de sommeil des enfants ; ce qui me semble être parmi leurs besoins quotidiens les plus importants. D’ailleurs, rien ne m’énerve plus que de les réveiller le matin et de les trouver encore fatiguées.

Le sommeil de chacun, y compris le mien, est un impondérable auquel je ne déroge pas. Si j’ai besoin de faire la sieste,  je la fais sans aucune culpabilité, je sais bien que j’en ai besoin.

Aussi, je ne supporte pas que les enfants répondent aux adultes ou simplement entre eux. J’essaie de bannir la méchanceté, la comparaison  et la jalousie de chez nous. Nous prenons garde à ce qu’aucune de nos filles ne se sente lésée et qu’elles aient chacune un réservoir d’amour rempli selon leurs besoins respectifs. Nous n’hésitons pas à prendre un moment seuls régulièrement avec chacune, une petite balade ou un goûter dans un endroit sympa ont un petit goût d’exceptionnel pour elles et on en ressent très vite les bienfaits.

Je rajouterai que si ma maison n’est pas rangée, je ne me sens pas bien et j’ai l ‘esprit dérangé. Je ne suis pas du tout maniaque (loin de là !), mais je n’aime pas le désordre apparent, cela passe par trier, jeter, donner et garder que ce que j’aime (dressing compris). Je mets également un point d’honneur à la décoration, la lumière, l’atmosphère. Mon mari rentre parfois du travail dans une maison complètement réaménagée, si je ne me sens pas bien chez moi, j’ai le sentiment que quelque chose ne va pas. .

Comment se sont passées tes grossesses ?

Elles ont été difficiles. J’ai des grossesses à risque avec beaucoup de contractions qui effacent le col dès le 5ème mois et je dois rapidement m’allonger. La pire a étonnamment été la première car je ne me connaissais pas encore et tout ça me tombait dessus très soudainement. J’ai même été hospitalisée à Necker et Port Royal où ils ont voulu me garder. J’en ai frôlé la dépression et contre les recommandations des médecins et les avis de nos familles, j’ai quitté l’hôpital pour aller finir ma grossesse chez moi.

Si mes accouchements se sont toujours bien passés, mes 3 filles ont été en détresse respiratoire critique à la naissance. Cependant, je ne sais pas par quelle grâce, je suis restée sereine, je ne me suis pas effondrée. Je me disais : tu es allée jusque-là, voilà déjà une belle bataille de gagnée.

Puis, j’ai connu la douleur de perdre un bébé en route.

Comment as-tu vécu ta fausse couche ?

Difficilement. J’avais l’impression qu’on cherchait à me faire croire que c’était malheureux mais banal. Il y a un grand tabou autour de ce sujet ; or je souffrais et j’avais besoin d’en parler. J’ai perdu beaucoup de poids, j’ai mis beaucoup de temps à récupérer. J’ai trouvé une oreille attentive chez ma sœur qui avait vécu la même chose et m’a laissée vivre ma douleur et m’a rassurée : non, ce n’est pas anodin, oui, tu peux être triste.

Aujourd’hui, dans mon cœur, j’ai 4 enfants. Quel que soit le terme où on perd son bébé, on l’a accueilli, il a été une personne pour nous , un petit frère, une petite sœur– peut-être même pour nous seule. Depuis, nous n’hésitons pas à annoncer très rapidement mes grossesses, bien avant les 3 mois pour donner une existence immédiate à chaque enfant.

Aujourd’hui, qu’est ce qui fait que tu es épanouie en tant que femme?

La reconnaissance je pense, car j’ai peu de confiance en moi, ce que j’ai découvert avec Petit berge, où il faut savoir aussi parler de soi, de son activité (ce qui n’est vraiment pas un exercice facile !) , savoir prendre du recul sur les remarques blessantes que l’on peut recevoir injustement de la part d’autres créatrices ou clientes  (le monde instagram n’est parfois pas tendre du tout ! entre jalousie et méchanceté gratuite).

Tu ne la ressentais pas avant Petit Berge ?

Non. Evidemment, il y avait la reconnaissance de mon mari mais en société, en tant que « mère au foyer »,  je n’existais pas. Je ressentais que je faisais « pot de fleurs ». Ça m’énervait beaucoup car j’étais un fier défenseur de la femme au foyer. Je reconnais que je manquais de nuance : pour moi, il était incompréhensible de confier ses enfants à quelqu’un d’autre et de vouloir faire autre chose que de s’occuper d’eux. Puis j’ai navigué dans pas mal de groupes, rencontré d’autres familles et me suis rendue compte qu’il y a autant de modèles que de parents.

Aujourd’hui, je ne suis pas devenue une féministe acharnée ou une mompreneur. J’avoue que parfois tout ce vocabulaire m’écœure un peu. Je travaille et je m’occupe de mes filles. Mais qu’on ne s’y trompe pas, elles sont ma priorité. Sur mon compte Instagram, j’essaie de cultiver cette dualité : je suis illustratrice mais aussi et surtout maman.

Qu’est ce qui t’aide à te ressourcer aujourd’hui ?

D’abord, je pense que c’est indispensable de trouver cette soupape pour se concentrer un peu sur soi-même et se mettre dans sa bulle avant de recommencer à prendre soin des autres.

Personnellement, j’aime énormément écouter de la musique, ça me fait beaucoup de bien. Je savoure aussi la joie de la solitude. Par exemple, quand je sors faire une promenade seule le soir ou bien lorsque je vais à un salon dans lequel j’ai un stand. Redevenir uniquement une femme, dont personne ne sait que 3 petites têtes l’attendent à la maison, cette liberté n’a pas de prix.

Vous l’aurez compris, j’ai aussi un profond besoin de dormir.

Enfin, je trouve que les réseaux sociaux nous offrent de multiples possibilités de maintenir le contact avec nos familles et nos amis. Pour nous qui sommes un peu esseulés, c’est précieux.

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu aimerais rajouter ?

A Guérande où il y a peu de familles, je me suis rendue compte de l’importance des amitiés et de la solidarité entre mères. Je pense qu’une maman seule est en danger. Lorsqu’Inès est née, j’étais la première loin devant mes amies qui n’étaient pour la plupart même pas en couple, nous étions tellement jeunes ! Ça m’a pesé de ne pas pouvoir échanger sur le quotidien. Lorsque nous habitions Angers, au contraire, j’ai rencontré beaucoup de mamans et avec qui je pouvais partager beaucoup de choses, des tracas, des questions et des joies du quotidien, aujourd’hui, certaines sont devenues  amies très précieuses.  Il est très important qu’une maman ne soit pas seule ; parce que parfois, la maternité est lourde à porter. Décharger nos soucis auprès d’oreilles bienveillantes qui vivent les mêmes choses que nous permet déjà d’en évacuer en grande partie.

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Working mum de 2, la maternité est pour elle un sujet intarissable d'échanges et de questionnements et une aventure galvanisante au quotidien.

Elle partage avec joie son vécu, ses interrogations et ses petits tips !