Maman infectée par le Covid-19 et un bébé d’un mois, je dois rester confinée pendant 14 jours loin de mes proches !

Maman infectée par le Covid-19 et un bébé d’un mois, je dois rester confinée pendant 14 jours loin de mes proches !

Aujourd’hui, je vais bien, enfermée dans une chambre mais je m’en sors très bien.

Il y a tout juste un mois, je donnais naissance à mon adorable petit garçon. Longtemps espéré et attendu, après une grossesse semée d’embûches, nous avons dû précipiter son arrivée, ma tension était beaucoup trop élevée. Début de pré-eclampsie. En très peu de temps, le voilà dans mes bras. Calme et souriant, prêt à affronter la vie dans mes bras.

Tout s’est bien passé, pas de complications. Dans ce contexte de crise sanitaire, nous n’avons pas le droit de recevoir de visites, à part celle du papa. Tant pis, il rencontrera sa grande sœur de 6 ans plus tard. Nous décidons de sortir rapidement, tout va bien pour nous deux, autant être chez nous en famille.

Mais à mon retour, les choses s’emballent, enfin ma tension plus exactement. S’ensuit des allers-retours aux urgences et un suivi rapproché, apparement les pré-eclampsies du post-partum, ça existe aussi ! Nous décidons d’aller nous mettre au vert avec l’autorisation de nos médecins. Ma tension se régularise, bien aidée par un traitement. Puis le couperet tombe, confinement stricte pour tout le monde. Nous nous en sortons bien, tous les quatre, une maison et un jardin.

Beaucoup de précautions sont prises, après tout avec un petit bouchon de tout juste 15 jours, nous ne voulons prendre aucun risque. Je suis la seule à sortir, uniquement pour les courses et les rendez-vous médicaux obligatoires, nous mettons en quarantaine tout ce qui vient de l’extérieur, nous désinfectons tout, nous ne sortons jamais sans gel lavant. Je me suis même essayée à la fabrication de masques en tissus imperméables.

Je tombe malade

1 semaine passe, puis je tombe malade. En plein biberon nocturne je réveille le papa et je lui mets bébé dans les bras. Je ne me sens pas bien du tout, j’ai terriblement mal à l’estomac et un début de fièvre. Au petit matin, et après avoir éloigné tout le monde, je consulte mon médecin traitant par visio, cela semble être une gastro aiguë. Je suis incapable de garder quoique ce soit que je mange ou bois… Repos, hydratation et ne pas s’approcher de bébé, à son âge c’est vraiment pas bon. Je devrais être sur pieds d’ici 48h.

Mais les heures qui suivent sont une véritable angoisse, les symptômes s’intensifient, malgré le paracétamol la fièvre monte à 39,7. Je suis incapable de tenir debout tellement je suis endolorie, ma tête me fait terriblement mal. Puis ma poitrine est prête à exploser, je tousse, je suis très essoufflée. Je suis épuisée mais impossible de dormir tant c’est angoissant. Je surveille de près ma tension, il ne s’agirait pas de faire un malaise en plus. Mais c’est mon pouls qui est mauvais, tachycardie, et malgré le repos, ça ne se calme pas. Mon mari et moi nous rendons à l’évidence, ce n’est pas une gastro.

Je suis alors reçue chez un médecin généraliste qui souhaite me voir en personne, la teleconsultation ne suffirait pas. Toutes les mesures sont prises pour que je ne croise personne et que je ne touche à rien. Mes constantes ne sont pas bonnes. Il préfère avoir un bilan hospitalier, je présente un certain nombre de comorbidités, dont l’hypertension. Etant en post-partum immédiat et confiné avec ma famille, il ne faut pas prendre de risque.

Les pompiers en habits de cosmonautes me prennent en charge directement au cabinet. Je sens l’angoisse dans les yeux de ma fille, obligée de m’accompagner avec son frère puisque j’étais incapable de conduire. Finalement, elle a l’habitude de me voir partir à l’hôpital, mais des cosmonautes, vraiment ? Heureusement papa assure, très présent, il trouve les mots pour lui parler. Par la fenêtre de l’ambulance je les aperçois, échange de je t’aime, puis elle démarre, je pars à l’hôpital, ils rentrent à la maison. Un déchirement dans mon petit cœur de maman. Séparation avec mon petit bout, ma fille que je n’ai pas pu prendre dans mes bras en lui disant ne t’en fais pas, tout va bien aller. Impuissante à rassurer les miens.

Là, je découvre un univers dont on entend parler quotidiennement mais que finalement il est difficile d’imaginer tant qu’on ne le voit pas. Les pompiers et le corps médical me répètent que pour le moment ils s’en sortent bien, ils ne sont pas trop impactés. Et pourtant… Faire face à la réalité, dur… Impressionnant et déstabilisant…

Dans la salle d’attente des urgences Covid, comprendre une grande pièce ou les brancards sont installés les uns à côtés des autres, le mètre de rigueur respecté, patients masqués et où règne un étrange silence, nous observons le va et vient des blouses blanches, l’arrivée de nouveaux cas toutes les 3 minutes, des patients dans des états plus ou moins critiques.

Et au milieu de ce ballet, eux, médecins, aides soignants, infirmiers, pompiers, ambulanciers,… Totalement dévoués, souriants, blagueurs, attentionnés, rassurants, jouant à la fois les psy, les proches, les médecins et les médiateurs, la situation exacerbant les tensions, ils doivent raisonner certains patients… Malgré l’afflux des cas et la pénibilité de la tâche une bienveillance à toute épreuve…

Mais beaucoup d’incertitudes, trop, pour eux et pour nous. Personne ne sait dire, quoi, combien de temps, quels risques, quel traitement,… Beaucoup de « il semblerait », « a priori », « nous pensons ».

J’ai tous les signes du Covid-19

Pour moi, ça ira, tous les signes du covid sont là mais mes examens ne sont pas inquiétants. Pas de tests de dépistage, a priori pas assez fiable, autant considérer que je suis contaminée, je protégerai mieux mon entourage. Je peux rentrer chez moi, mais enfermée dans une chambre pendant 14 jours en évitant tout contact.

Confinement 14 jours

14 jours… Je ne réalise pas… Ne pas s’approcher de mes enfants, ne pas les prendre dans mes bras… Mais c’est pour leur bien, pour les protéger (même si il est fort peu probable qu’ils n’aient pas été exposés…). Deux jours passent, je suis un peu à côté de mes pompes. Puis je reprends le dessus, puis vient le moment de l’accalmie, moins de fièvre, moins de douleurs, je peine à parler longtemps mais j’arrive enfin à dormir et à manger.

Je reprends contact avec la réalité. Bébé pleure. Il pleure beaucoup, je ne l’avais pas entendu pleurer depuis ça naissance (un bébé parfait !). Il râlait, se manifestait mais pas de pleurs. Et là, une torture, il semble inconsolable, pleure souvent (autant dire tout le temps dans ma vision des choses). C’est horriblement dur d’entendre ces cris sans pouvoir le rassurer, lui dire que je suis là et que je ne l’ai pas abandonné. Je CULPABILISE. Je ne suis pas présente pour lui alors qu’il ne devrait pas quitter mes bras à son âge.

Et ma grande fille qui me réclame des bisous et des câlins, qui me fait passer des dessins avec des cœurs, des bouquets de fleurs, qui invente des tartes à l’amour…

Moralement c’est très dur.

Nous surveillons les enfants et mon mari, pourvu qu’ils n’aient rien. J’ai peur, ça m’angoisse.

J+9

Je m’en tire bien, j+9 et je vais bien, je n’ai plus de symptômes (alors pourquoi suis-je encore loin des miens et de ces pleurs ? Ah oui, 14 jours…). Ce n’était que la version édulcorée. En bas, ils sont en forme, semble-t-il épargnés ou porteur sain.

Mon mari est épuisé, un nourrisson qui ne fait pas ses nuits et qui semble angoissé, la continuité pédagogique à assurer pour la grande, qui réclame aussi beaucoup d’attention (il ne faut pas oublier que tout a été chamboulé pour elle il y a 1 mois à peine…), la maison à faire tourner (on rangera plus tard, mais il faut bien nettoyer, manger et s’habiller…), les réunions professionnelles et autres obligations qui ne s’arrêtent pas pour autant… Je suis prévenue, quand je redescends, c’est lui qui monte !

Cette pandémie est une épreuve pour tout le monde. Un (très) mauvais moment à passer et qui laissera des traces pour chacun d’entre nous, pour de très différentes raisons.

Mais dans tous les cas, prenez soin de vous et pour ça respectez les consignes.

Cela revient à respecter votre entourage et tous ceux qui travaillent d’arrache-pied pour trouver des solutions, pour guérir, pour qu’on traverse la crise dans les meilleures conditions possibles, corps médical, pharmaciens, secouristes, vendeurs, facteurs, livreurs, plombiers, et tous ceux que je ne pourrai pas citer.

C’est réel et ça se passe à côté de chez nous.