Ma vie de famille saccadée (et ma charge mentale!) avec un mari militaire !

Ma vie de famille saccadée (et ma charge mentale!) avec un mari militaire !

Mon mari et moi nous connaissons depuis toujours, ou presque. Un jour, alors que nous sommes au milieu de nos années d’études, il m’annonce vouloir rentrer en école militaire. Fille de mili j’avais pourtant bien dit « un kaki, jamais de la vie !! », pas de bol je suis amoureuse folle, il a trouvé sa vocation et je n’ai pas vraiment mon mot à dire ! Son uniforme me fait craquer en plus, j’enrage mais mon coeur bat la chamade ! Panache, prestige, ok; pourquoi pas ! Bref, dans la continuité des choses, nous décidons rapidement de nous marier, puis d’avoir un petit bébé. Douces années que les années d’école ; nous sommes follement heureux, jeunes, beaux, amoureux, parents, tout nous réussit, la vie est belle ! Pourtant, il m’arrive déjà de me plaindre pour telle ou telle bêtise administrative non traitée, pour un retour à 18h30 au lieu de 18h, etc… Rires jaunes … C’est que je n’avais pas vraiment compris ce qui nous attendait …!!!

En effet, quelques mois plus tard, mon beau blond dans son uniforme de héros quitte enfin les écoles pour rentrer en régiment. Emotion, fierté, dévotion, responsabilité; chouette ! Nous faisons nos cartons (troisième fois en deux ans, tout de même) pour mettre les voiles vers un coin bien perdu de France : adieux les aller retours chez ta meilleure copine quand le moral est en berne, adieux les mots doux de Maman quand tu débarques chez elle en pleurant et en lui collant ton bébé dans les bras, bonjour chers compatriotes de ce lieu encore inconnu pour moi hier, bonjour territoires hostiles…!

Inutile de préciser que l’amoureux est en stage au moment du déménagement et que je me coltine (pour la troisième fois donc…) toute la paperasse administrative, les cartons à emballer avec un bébé dans les pattes (la dernière fois, j’avais bien failli accoucher à quatre mois de grossesse à force de déplacer des cartons !), les meubles à démonter, les déménageurs lourds dingues à souhait, l’état des lieux, les changements d’adresse, etc …. !

En arrivant dans notre nouvelle affectation, le rythme de ces prochaines années se met directement en place: je débarque seule avec mon bébé de quelques mois dans cette nouvelle contrée, l’homme en mission est injoignable, les cartons sont disposés au milieu du salon, avec tous les (affreux) meubles du logement attribué. Prenant mon courage à deux mains, voulant être la digne fille de ma mère (qui a essuyé douze déménagements en vingt ans avec cinq bambins dans les pattes, balèze !), j’installe mon fils sur un trotteur-c’est-pas-bien-ça-fait-des-jambes-tordues-je-sais pour les dix prochains jours et m’attèle à déplacer meubles et cartons dans les pièces référantes et à déballer, clouer, ranger, jeter, laver, décorer, sublimer notre nouvel intérieur pour que mon kaki d’homme (qui ne sait toujours pas si je suis arrivée à bon port -no réseau no 4G dans les bleds français, dois-je le préciser ?!-) soit émerveillé à son retour.

Mission accomplie, l’homme rentre, joie des retrouvailles ! Mais joie courte : il est désigné « de permanence » pour le week-end. Il doit donc rester au régiment TOUT le week-end, nuit inclue. Je jubile, vous vous en doutez. Dimanche soir, quand il rentre à 23h (au lieu des 18h annoncées) et que nous nous retrouvons devant la dinde (carbonisée, puisqu’elle est restée quatre heures de trop au four, si vous suivez) il m’annonce qu’il part à la fin de la semaine pour deux mois de stage dans un pays lointain (toujours sans réseau, bien sur). Une fois encore, je jubile… ! Sa réponse à mon énervement est sans appel: « Je suis désolé ma chérie, c’est les ordres ».

Laissez moi vous dire qu’ils ont bon dos les ordres :

-quand il remplace un week-end en amoureux dans un hôtel cinq étoiles par une journée famille obligatoire dans le gymnase du régiment : « Je suis désolé ma chérie, c’est les ordres »

-quand il ne rentre pas avant 23h30, un jour de semaine, parce qu’il reste au club du régiment : « Je suis désolé ma chérie, c’est les ordres »

-quand il a trop bu la vieille dans ce fameux club et que tu le retrouves sur le canapé le lendemain matin : « Je suis désolé ma chérie, c’est les ordres ».

-quand il paye les cotisations sans prévenir au moment des soldes Sézane : « Je suis désolé ma chérie, c’est les ordres »

-quand tu passe la nuit aux urgences avec ton fils, qui s’est étouffé avec la bande patro qu’il a laissé tomber, mais qu’il ne peut passer t’épauler cinq minutes : « Je suis désolé ma chérie, c’est les ordres »

-quand tu prévois pour une fois une soirée entre nanas, comptant sur lui pour garder ton bébé, mais qu’il se désiste en dernière minute : « Je suis désolé ma chérie, c’est les ordres »

Bref, les ordres c’est THE excuse du mari mili que tu ne peux (vraiment) pas contredire, même si ça t’exaspère.

Je me retrouve donc sans mari, sans famille, sans amis, sans boulot, sans moral dans une ville perdue à des milliers de kilomètres à devoir gérer seule l’éducation de notre fils, le changement de ligne edf, l’ouverture du contrat internet, l’inscription à la crèche, la voiture qui lâche à ce momentlà, la casse du déménagement à se faire rembourser, les impôts à payer, la fuite d’eau à signaler au bureau logement (mais oùùùù est ce fichu bureau?!), le jardin à tondre et la LEM pour devise. La LEM, c’est la grande ennemie de toute femme de mili: « Loi de l’Emmerdement Maximum », ou quand la vie décide d’être contre toi dès que ton mari repart en terrain.

Alors, même si tu l’aimes très fort, quand ton mari arrive à gratter quelques barres de réseau au sommet d’une montagne pour t’appeler et te dire « oh ma chérie, si tu savais, je suis vraiment épuisé ! », t’as quand même vraiment envie d’exploser de rire et d’échanger de vie avec lui pour aller, à ton tour, te promener en montagne seule avec tes copines et le laisser découvrir, penaud, le principe de « charge mentale » !