Ma vie d’avant bébé … me manque-t-elle vraiment ?

Ma vie d’avant bébé … me manque-t-elle vraiment ?

OUI. Sans hésiter une seconde, même. Un oui franc, direct, spontané. D’ailleurs, c’est ce qui me manque le plus depuis l’arrivée de ma fille : être spontanée. Ça te dit un ciné ? Ok, on va voir quoi ? T’es dispo pour un verre après le boulot ? Ok, on se rejoint où ? Envie d’un massage, de lire un bon livre, de sortir tester un nouveau restau. Ok, ok, ok. Dire oui. Sans réfléchir. Sans se poser de questions. Sans planifier.

Maintenant, ma vie, c’est plutôt jongler entre mon emploi du temps, celui de monsieur et celui de la baby sitter. C’est essayer de trouver du temps pour soi, pour deux, pour trois. Et que ça colle évidemment avec les disponibilités des autres, ceux qu’on veut voir ou ceux qui vont garder notre fille. Et que ça nous permette tout à la fois de se reposer, passer du temps ensemble, garder nos amis communs et respectifs, être disponible physiquement et mentalement, être nourri intellectuellement, faire du sport, manger équilibré. Essayer de vivre comme avant quoi.

Parce qu’avant, en fait, c’était déjà comme ça. Une charge mentale de fou et des points agendas réguliers. Et pour être honnête, quand j’annule pour la troisième fois de suite un restau avec une copine parce que ma fille a un rhume / fait ses dents / est vraiment très fatiguée de la crèche (barrez la mention inutile) et que je ne me vois pas la laisser, peut-être que dans ma vie d’avant, c’est moi qui aurais eu mal à la gorge ou une journée à rallonge au travail (parce que les dents, bon ben ça s’est fait). J’aurais annulé. Pour moi.

On se dit souvent que les enfants entravent notre liberté. On a pourtant le pouvoir de choisir. De dire oui. De dire non. De faire passer leurs besoins avant les nôtres. S’oublier un peu, pendant un temps. Puis décider que le moment est venu de retrouver sa vie de femme. Expliquer que si, maman a besoin de temps pour elle. Parfois dès le début. Parce que c’est important. D’être soi. De rester soi. De s’écouter.

Je crois que ce qui nous manque vraiment, ce n’est pas tant notre vie d’avant. C’est le fantasme de la vie qu’on aurait pu vivre avant. On avait plus de liberté, mais on ne l’utilisait pas à sa juste valeur. Et c’est surtout ça qui est dur. Vivre partiellement dans le regret. De ce qu’on ne retrouvera plus jamais. Car oui, ne nous leurrons pas, on a pris pour perpet’.

Le positif dans tout ça ? Maintenant on sait. Qu’on peut avoir des regrets, se retourner et se dire : j’aurais dû plus en profiter. Alors on s’offre des bulles de liberté. Et on savoure, chaque instant. Même le plus fugace. Même dans les moments où on n’a pas envie. Parce que la vie passe vite. Bien trop vite. Pour ne pas en profiter.

Charline Darmaillacq