Les pré-requis langagiers

Les pré-requis langagiers

Chères mamans,

Vous l’avez observé, vous vous en doutez, dès ses premiers jours de vie (et même avant !), le bébé apprend à parler … Bien avant le langage oral, se mettent en place des compétences qui lui permettront plus tard de parler : les pré-requis langagiers. Ils sont très importants, eux qui sont comme les fondements du langage.
Tout bébé baigné dans sa langue maternelle les développe, ils sont une étape en quelques sortes. Communication avant langage. Analyse et perception avant production.

Le regard

L’enfant développe le contact œil à œil avec sa maman, puis il regarde de plus en plus ce qui est extérieur à sa mère. Il apprend à orienter son regard pour regarder ce qui l’intéresse et pour suivre du regard l’adulte ou un objet. Il apprend à le maîtriser pour pouvoir alterner son regard entre l’adulte et l’objet. Pour orienter son regard vers une référence commune, un objet qui l’intéresse lui, le bébé, ainsi que son interlocuteur. L’intérêt porté aux autres et à son environnement, cette capacité à faire des allers-retours du regard entre l’adulte et le monde extérieur sont la base de l’attention. Contrôler son regard lui permettra aussi de suivre le pointage pour s’intéresser à ce que l’adulte montre.

L’attention auditive

In utero, le bébé reconnaît déjà la voix de sa mère et perçoit certaines caractéristiques de sa langue maternelle. Après la naissance, l’enfant doit être attentif aux bruits de son environnement : les détecter, s’orienter vers eux, les différencier, les reconnaître … et à la voix de ceux qui l’entourent : les détecter, s’orienter vers elles, reconnaître les sons et la mélodie de sa langue, la prosodie de son interlocuteur, s’intéresser aux rythmes. Cela lui permet d’enregistrer les caractéristiques vocaliques de sa langue. Après avoir beaucoup écouté, il commencera à les imiter.

L’imitation

L’imitation motrice fait également partie des pré-requis langagiers que le bébé met en place vers 6 mois. C’est un précurseur de l’imitation verbale. L’enfant reproduit les sons par imitation, et plus il répète, plus il pourra par la suite les produire de façon volontaire.

Les gestes

L’enfant va d’abord produire des mouvements réflexes, qui auront sur l’adulte un effet que l’enfant n’avait pas prévu : l’adulte les interprète. L’enfant va alors apprendre à maîtriser ces gestes qui auront alors une valeur de signaux de communication. Ils aident l’enfant à s’exprimer et facilitent la compréhension de l’adulte. Quand l’enfant commencera à parler, cette association gestes + sons sera redondante, contiendra des informations inutiles. Les gestes disparaîtront petit à petit.

Les tours de rôle

Les pré-requis langagiers se forment également sur le plan non-verbal, les tours de rôle vont se mettre en place principalement à travers des jeux : échanges d’objet, activités simples réalisées chacun son tour, puis petits jeux à règles.

Cette compétence à faire chacun son tour anticipe les tours de rôle verbaux, qui sont la base du dialogue. Le bébé va sourire ou produire un son de façon réflexe, puis se rendra compte que l’adulte lui répond, il réitèrera sa production, et ainsi de suite …

Appariements et tris

Quand l’enfant dit son premier mot, c’est qu’il a compris qu’une production verbale a un lien avec un objet réel, extérieur. Pour parler, il doit donc être capable de faire des liens : entre deux objets semblables, entre une image et un objet, entre un bruit et un événement, etc.

Les demandes

Le bébé va d’abord s’orienter vers l’objet qui l’intéresse : par le regard ou par un mouvement exprimant son intérêt. Puis le pointage va apparaître. On distingue deux types de pointages : le pointage proto-déclaratif ou assertif qui sert à montrer, le pointage proto-impératif ou directif qui sert à obtenir quelque chose. Avant l’apparition des mots, c’est par le pointage que l’enfant fera des demandes.

Les objets

Reconnaître les objets, connaître leur utilisation, pouvoir jouer avec : ces compétences en lien avec le jeu permettront à l’enfant de développer son vocabulaire.

 

Ainsi l’enfant va-t-il apprendre à s’intéresser à son entourage, à solliciter notre attention, à s’adapter à son interlocuteur. Dans plusieurs domaines, il va petit à petit contrôler des réflexes pour qu’ils deviennent intentionnels puis communicatifs.

 

Sources

–       Les précurseurs de la communication chez les bébés, M.-C. LECLERC, Rééducation orthophonique N°221, 2005.

–       L’acquisition du langage, le langage en émergence, de la naissance à trois ans, KAIL M. & FAYOL M., Puf, Psychologie et sciences de la pensée, 2000.

–       Comment le langage vient aux enfants, J.-A. Rondal, 1999.

–       Perceptions sensorielles et premières interactions, S. Vinter, Orthomagazine n°76, 2008.

–       Performatives prior to speech, E. Bates, L. Camaioni, Merrill-Paler Quarterly., 1975.

–       Pragmatique et psychologie du développement : comment communiquent les jeunes enfants, M. Guidetti, Belin, 2003.

–       De La Communication Au Langage, J. Bessuges, 1999.

–       Dialogoris, Antheunis, Ercolani-Bertrand & Roy, 2006.

Thérèse Reichert

Orthophoniste exerçant en libéral à Paris.
Spécialisée dans la prise en charge des troubles de l’oralité et du langage dans le cadre du handicap du jeune enfant, en particulier de la Trisomie 21.

Son dada ? La prise en charge précoce et le travail avec les familles.