L’éducation à la française, tout un art…

L’éducation à la française, tout un art…

Cocorico ! Dans la compétition mondiale de la parentalité, les mamans françaises seraient les championnes et de loin. Les enfants français seraient même beaucoup plus sages que leurs comparses américains. Si, si, je vous assure, ce sont même les Américaines qui le disent et qui chantent nos louanges comme Patricia Druckerman, journaliste et auteur de best-sellers internationaux comme Bébé made in France (traduit dans 20 langues différentes !) ou French babies don’t throw food en anglais dans le texte. Les coquillettes bien collées sous la table à manger ne semblent pas être tout à fait d’accord ce dernier titre mais passons, on est les chaaaaampioooonnes !

Enfant-roi, parents asservis ?

Aux Etats-Unis sévirait de manière beaucoup plus répandue que chez nous le fléau de l’enfant-roi. Vous voyez le tableau? Le tyran en culotte courte qui n’en ferait qu’à sa tête, n’obéirait que si cela lui chante et ne supporterait pas la moindre contrainte. Les parents et surtout les mères qui font preuve d’un dévouement sans pareil pour répondre aux desiderata de leur progéniture. Les maîtres mots de l’éducation à l’américaine seraient de protéger voire de surprotéger les enfants, de les stimuler et de ne pas les contrarier. Dans un pays où le congé maternité et parental n’est pas rémunéré, les parents et les mères notamment se transforment en maman coach, maman hélicoptère ou maman taxi pour déposer leurs rejetons aux nombreuses activités extra scolaires et ainsi les stimuler pour les armer au mieux à la grande compétition de la vie.

Tigre ou dragon, peu de compassion ?

En basculant dans un autre extrême de l’éducation, vous trouvez le modèle des mères asiatiques et chinoises en particulier : les mamans tigres ou mamans dragons selon que vous soyez plutôt rayures ou écailles. Ici, les enfants sont tenus à l’excellence et rien de moins. Les mères tigres dressent presque plus qu’elles n’éduquent leurs enfants par une discipline de fer. Les activités extra scolaires ne sont pas là pour développer ou stimuler les bambins mais sont autant de domaines dans lesquels les enfants doivent briller. Pas question de s’extasier devant les gribouillis de votre petit dernier tant que cela ne ressemble pas à la Joconde. La réussite des enfants est là pour combler les attentes des parents. Pas de place pour la médiocrité et pour l’expression des émotions on repassera. Une éducation qui parait très voire trop sévère en mettant l’accent sur les résultats académiques plus que sur le bien-être de l’enfant.

L’éducation à la française, un idéal ?

Et au milieu, il y aurait nous, les mères françaises, un modèle d’équilibre qui donneraient à leurs enfants un cadre relativement strict et en même temps une grande autonomie au sein de ce cadre. Cela se voit dans différents domaines qui peuvent nous paraître anodins tellement nous les avons intégrés. Par les formules de politesse et les « mots magiques » obligatoires dès que les enfants sont en âge de parler. Le « dis bonjour à la dame » martelé depuis la plus tendre enfance rendraient nos enfants plus ouverts aux autres et donc plus empathiques. Les « attend, je parle avec … » qui à la longue rendraient nos enfants plus patients et permettraient de remettre les enfants à leur place. Les mères françaises ne s’oublieraient pas dans la maternité comme les Américaines car elles cultiveraient l’équilibre entre la vie de famille, la vie de couple, la vie professionnelle… en théorie.

Enfin et surtout, notre rapport culturel à la nourriture se traduit directement dans les principes éducatifs: des horaires fixes de repas pris ensemble en famille, les mêmes menus pour tout le monde, restriction des grignotages et le fameux « il faut goûter de tout » qui font l’admiration des Américaines. Pour avoir vécu ailleurs qu’en France, je peux vous assurer que le sujet de la cantine et notamment des menus dans les écoles françaises à l’étranger est source d’infinis débats entre les parents français qui veulent des menus variés et que les enfants soient incités à goûter de tout et les autres qui réclament de la nourriture qui plaise aux enfants (entendez par là des nuggets et des pizzas).

Si on regarde au niveau statistique, l’éducation à la française relève plus du mythe car ce serait bien présomptueux de croire que les petits Français sont vaccinés contre l’épidémie de l’enfant-roi ou que les parents français ne sont pas dépassés par leur progéniture.

Derrière le portrait very cliché de la mère française élégante et accomplie avec sa famille nombreuse polie, bien élevée et nourrie aux légumes et au camembert n’y-a-t-il pas quelque chose d’un peu lourd à porter pour gagner la coupe du monde des mères ?

Les mamans françaises sont peut être des championnes mais nulle n’est tenue à la perfection. Levez la main si chez vous aussi, il y a des semaines coquillettes, des horaires qui dérapent, des négociations où clairement vous n’avez pas le dernier mot, des moments où on avait dit que… mais en fait… Eh oui, il est bien délicat l’art d’éduquer ses enfants que l’on soit française ou pas!

Mathilde M

Photo : ©Virginie HAMON PHOTO pour MAMAN VOGUE