Le développement du langage chez les enfants trisomiques

Le développement du langage chez les enfants trisomiques

Chères maman,

Dans mon dernier article, je vous parlais de la communication du bébé trisomique 21 , lire l’article . Je vous présente cette fois-ci quelques éléments sur la façon dont ce handicap va, quand l’enfant grandit, influencer le développement de son langage.

Généralités

Permettez-moi de rappeler quelques généralités : l’enfant trisomique 21 va développer son langage selon un schéma classique, mais décalé. Il est important qu’il mette bien en place les pré-requis langagiers pour construire ensuite son langage. Il va être principalement gêné par un temps de latence important et par une hypotonie générale. Les difficultés se situeront sur le plan de la compréhension et de l’expression. Malgré leurs difficultés, ces enfants ont un vrai désir de communiquer : ils ont donc particulièrement besoin que nous les impliquions dans la communication et que nous les aidions.

Bucco facial

Au niveau bucco-facial, l’enfant trisomique 21 va être gêné par un déficit musculaire : la langue, les lèvres et les joues manquent de tonus. Il va respirer uniquement par la bouche, et donc être souvent malade et moins muscler sa langue. Il va avoir du mal à mobiliser ses muscles pour articuler correctement. Il pourra aussi présenter des difficultés d’alimentation : succion, déglutition, mastication, troubles de la sensibilité dus à un déficit de traitement des informations sensorielles.

Après l’hypotonie, les aspects morphologiques de sa cavité buccale vont rendre l’articulation difficile : le palais est petit, très creux (ogival). La langue a donc du mal à trouver sa place, au repos comme lors de la parole.

L’enfant trisomique 21 va donc souvent présenter des troubles de l’articulation, qui réduisent l’intelligibilité : les groupes consonantiques sont déformés, des phonèmes sont omis, le nombre de syllabes et leur organisation dans le mot ne sont pas respectés.

Les difficultés d’articulation peuvent être expliquées par les particularités morphologiques de la sphère oro-faciale, mais aussi, comme je le détaille dans mon article précédent, par un déficit de traitement des informations sonores (rythme, phonèmes) et par des difficultés de mémoire auditive.

La voix enfin peut être altérée, souvent grave, rauque : cela est dû à l’hypotonie qui touche les cordes vocales, et aux particularités morphologiques des cavités buccales et nasales qui jouent sur la résonance de la voix. La puissance vocale est réduite car les muscles respiratoires en général sont faibles.

Premières manifestations verbales

Tout petit, le nourrisson porteur de Trisomie 21 va vocaliser et babiller comme les autres enfants. Le babillage canonique met plus de temps à s’installer, on observe en général les premiers décalages dans le développement langagier pour cette étape-là.
L’enfant trisomique 21 utilise de manière indifférenciée les vocalisations et le babillage canonique.

Mots

Les premiers mots apparaissent tard, autour de 18 mois ou 2 ans. L’enfant trisomique 21 utiliserait moins de mots conventionnels que ses pairs. Le stock de mots se constitue lentement, la phase d’ « explosion du vocabulaire » observée chez l’enfant autour de 2 ans n’a lieu chez l’enfant trisomique 21 que vers 4 ans.

Syntaxe

Vers 4 ans, l’enfant trisomique 21 aura construit un stock lexical assez important pour pouvoir commencer à juxtaposer des mots : ce sont les premières phrases. Les énoncés à 3 ou 4 mots apparaîtront vers 7 ans, les phrases plus longues vers 10 ou 11 ans.

Comme pour les autres enfants, les premiers énoncés ne seront pas syntaxiquement bien construits. Les difficultés de compréhension et d’expression porteront sur les tournures complexes, les phrases négatives, la conjugaison, les notions spatiales, les mots outils.

Ce sont des enfants qui ont aussi des difficultés de synthèse et qui s’attachent aux détails, des difficultés à faire des liens, à comprendre les liens logiques.

Le développement morphosyntaxique est donc retardé mais suit un schéma de développement classique. Au fur et à mesure, le décalage se fait sentir et certaines notions resteront toujours compliquées à appréhender.

Compréhension du langage

Le niveau de compréhension de l’enfant trisomique 21 sera supérieur au niveau d’expression.

Il va beaucoup se servir du contexte pour comprendre : la compréhension en contexte est bonne, la compréhension d’énoncés abstraits est plus difficile.

 

Sources

  • Trisomie et handicaps génétiques associés. Potentialités, compétences, devenir. Cuilleret, 2007, Masson.
  • Perspectives on Early Language from Typical Development and Down Syndrome. Lynch & Eilers, 1991. International Review of Research on Mental Retardation, New-York, Academic Press edition.
  • Trisomie 21 et langage. Fallet.
  • Psycholinguistique du handicap mental. Rondal, 2009.
  • Le développement du langage chez l’enfant trisomique 21. Manuel pratique d’aide et d’intervention. Rondal, 1986.
  • Contrasting profiles of language developpement in children with Williams and Domwn Syndromes. Singer, Harris, Bellugi, Bates, Jones & Rossen, 1997, Developpemental Neuropsychology, 13, 345-370.

 

Thérèse Reichert

Orthophoniste exerçant en libéral à Paris.
Spécialisée dans la prise en charge des troubles de l’oralité et du langage dans le cadre du handicap du jeune enfant, en particulier de la Trisomie 21.

Son dada ? La prise en charge précoce et le travail avec les familles.