Je suis une Maman-robot

Je suis une Maman-robot

Il parait qu’on a eu une vie avant les enfants: un quotidien plus calme ? Une vie moins remplie ? Un esprit plus léger ? Plus de temps ? Plus de disponibilité pour tout et tous ? Oui, c’est sûr ; mais je n’en ai aucun souvenir. Si avoir des enfants est la plus belle expérience de ma vie, celle qui me transfigure le plus, je réalise aussi qu’elle a fait de moi une sorte de robot hyperactif.

Je ne sais plus accueillir les temps morts

J’avais forcément des moments d’oisiveté, des moments de détente pure, des moments sans organisation, spontanés, des moments de vide complet,…mais je n’en ai aucun souvenir. Happée par les nouvelles routines, le rythme à prendre et le manque de temps, je ne sais plus ne rien faire. « Quelle chance » diront certaines ! Peut-être pas tant que ça.

Si je me pose quelques minutes pour boire un café, je culpabilise. Que pourrais-je bien faire ou sortir de ma to do list à la place d’être avachie dans mon canapé ? Je pense que je devrais prendre un bain, me détendre, regarder une série lorsqu’ils font la sieste mais 90% des siestes sont occupées à faire des choses que j’ai du mal à faire lorsqu’ils sont un peu « dans mes pattes ».

Je passe ma vie dans mon bullet journal à optimiser le moindre espace de temps. Ces 10 minutes d’attente chez le médecin, je fais ma liste de courses. Ce trajet pour me rendre à un RDV, je passe faire une petite course, ces 15 minutes à patienter avant que la quiche ne soit cuite je peux lancer une machine,…Bref, je m’impose un planning de robot.

Mon cerveau est constamment en alerte : que va-t-il se passer si je lâche prise ? Si je ne fais pas cette tâche maintenant, quand l’opportunité va-t-elle se représenter ? Est-ce que je ne vais pas m’en vouloir d’avoir pris du temps à la cool au lieu d’avoir fait ceci ou cela pour la maison ou les enfants ? Je l’ai appris à mes dépens, les enfants sont des sources multiples d’imprévus. Avec l’expérience, j’ai appris à faire quand je peux afin de pouvoir être disponible pour les aléas.

Le résultat est là, je suis incapable d’apprécier les temps morts à leur juste valeur et je perds la pleine conscience de ce que je fais.  Comme un robot.

Pressée, pressante, oppressante

La maternité nous révèle à nous-mêmes. Je reconnais qu’elle m’a fait pousser des ailes dans beaucoup de domaines, y compris celui de la prise de décisions et de la mise en place d’actions rapides et efficaces. Mais le revers de la médaille est que je suis devenue cette femme souvent pressée et pressante. Qui regarde avec trop peu de bienveillance l’oisiveté de son conjoint, se force à abattre une quantité folle de tâches en attendant une reconnaissance – sans se demander si on ne pouvait pas vivre sans, un robot qui ne réfléchit pas au sens de ce qu’elle fait mais est tout le temps en train d’organiser quelque chose dans sa tête. Une sorte d’hyper active au foyer.

Certains jours, cela occupe tout mon esprit et même mon cœur. Je ne serai contente de moi, apaisée et disponible pour autre chose ou quelqu’un que lorsque j’aurai barré plusieurs éléments de ma to do list et que j’aurai ce sentiment de devoir accompli. Mais avant, point de salut. Mon mari peine parfois à me suivre et ne trouve pas non plus de repos et d’apaisement avec quelqu’un qui a l’air en permanence affairée ; mes enfants ralentissent proportionnellement à mon niveau d’accélération. Je me sens incomprise, dévalorisée, je vis cette injustice comme une grande ingratitude généralisée.

Parfois, on m’oppose l’argument « On n’a rien demandé », ce qui me fait littéralement sortir de mes gonds. Et à raison je pense. A-t-on besoin de demander à être nourris, lavés et blanchis ? Non bien sûr, en revanche ça ne se fait pas en claquant des doigts. Mary Poppins m’a menti.

Je suis organisée c’est une force, j’ai assez d’énergie pour mener plusieurs choses de front sans ciller, c’est un atout, mais je sens que je suis sur une pente dangereuse. La même que celle qui oppresse le hamster dans la roue, celui qui court sans vraiment savoir après quoi.

Quel sens à tout ça ?

Depuis que j’ai pris conscience de l’état dans lequel mon hyperactivité pouvait parfois me mettre, j’y suis beaucoup plus vigilante. J’ai commencé à en parler directement avec mon mari « je me sens débordée et pourtant je fais tellement, comment l’expliquer ? ». Qui a soulevé plusieurs idées pour faire moins ou moins bien. Les enfants ont-ils vraiment besoin de changer de pyjama tous les jours ? Des pâtes bolognese une ou deux fois par semaine, c’est un grand bonheur pour tout le monde. La répartition de la charge mentale, il est tout à fait partant pour en prendre son lot mais à ses conditions et à son rythme. Il m’a beaucoup aidé à prendre du recul et à me reposer cette question si simple qu’elle tient en un mot : pourquoi ? Quand la réponse ne venait pas spontanément, nous avons considéré cela comme un signal que cela pouvait sortir de la liste des priorités.

J’ai gardé de l’organisation bien sûr mais maintenant dans mon bullet journal, tous les lundis j’ai remplacé plusieurs tâches par 2/3 principes de lâcher prise à tenir dans la semaine.  Faire un jeu avec les enfants le soir au lieu d’étendre une machine, faire un trajet de bus sans regarder mon téléphone, effacer quelques captures d’écrans de recettes à tester, projets à lancer,…Inclure un temps de méditation ou de prière quotidien, acheter quelque chose de tout fait au lieu de le cuisiner, donner une douche rapide au lieu d’un long bain en semaine,…Nous avons répartis les tâches de façon différente et en avons arbitrairement sorti un bon lot de notre to do régulière.

Je me sens mieux, comprise et aidée, plus aimée et plus aimante, je peux tous les jours réaliser les bienfaits de cette prise de conscience. Je suis Maman maintenant ; certes, j’ai plus de responsabilités et plus de tâches mais être une femme, une épouse et une maman ce n’est pas seulement « gérer » c’est aussi « vivre ». Se laisser aller à écouter sa petite voix intérieure. Et pour ce faire, il faut lui laisser un peu le champ libre…

Etre une mère libérée, tu sais c’est pas si facile

Et si l’on prenait le temps de prendre son temps ?

Prendre soin de soi, un principe non négociable

Crédit photo : @annalandstedt

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