« Je ne pleure jamais devant mon enfant »

« Je ne pleure jamais devant mon enfant »

« Je ne pleure jamais devant mon enfant ».
De nombreux parents déposent cette phrase lors de consultations au cabinet. Comme s’il fallait retenir ou cacher ses émotions négatives et en particulier ses pleurs, par souci de protection de l’enfant face à ce qui serait considéré comme fragilisant pour lui. Or, l’expression de toutes les émotions de l’adulte est indispensable au développement psychique de l’enfant.

Le parent est d’abord le miroir des émotions du nourrisson

L’enfant découvre ses émotions avant tout au travers de l’autre.
C’est le parent qui, le premier, vient identifier et nommer ce qu’il perçoit chez le bébé. Ses pleurs, ses sourires, son froncement de sourcils sont déjà interprétés comme de la colère, de la satisfaction ou de l’étonnement. A mesure que l’enfant grandit l’adulte vient nommer un plus grand nombre d’émotions, positives comme négatives, qu’il croit percevoir chez lui.

C’est source d’une grande réassurance pour l’enfant de comprendre que ce qui le traverse a un nom et qu’il a le droit de le ressentir. Il intègre le formidable message de l’importance pour l’autre de ce qu’il ressent.

Une émotion ou un cadeau précieux pour l’autre

Inversement, l’enfant n’a de cesse de se nourrir de la palette d’émotions qu’il perçoit chez l’adulte. Grâce au parent qui lui livre ses propres émotions, positives comme négatives, l’enfant va pouvoir se les approprier et s’autoriser à les utiliser.

C’est bien parce que l’adulte lui a montré l’exemple et que l’enfant lui fait confiance qu’il peut les exprimer, en sachant qu’elles seront accueillies. Nier totalement une émotion chez vous ou chez lui, lui transmet qu’il n’a pas le droit de la ressentir ou le prive d’une partie de ce qu’il vit. L’expression d’une émotion est toujours un cadeau, un gage de confiance que l’enfant fait à l’adulte et vice-versa.

L’émotion de l’adulte : Et les pleurs alors ?

Il ne s’agit pas de s’obliger à témoigner systématiquement ou n’importe comment de son vécu intérieur ! Il faut pouvoir transmettre par des mots simples et rassurants ce que l’on vit et non de déverser des ressentis non digérés. De plus, chacun a le droit à son intimité, y compris au niveau émotionnel.

Si, un jour, les pleurs arrivent : pas de panique ! Vous transmettrez qu’un adulte aussi a le droit de pleurer et que cela peut soulager. C’est également l’occasion de transmettre le message que les émotions peuvent être parlées mais aussi exprimées par ou dans le corps. Plus l’enfant est jeune, plus ses émotions s’expriment par ce biais corporel.

Comment savoir si c’est la bonne émotion ?

Il n’est pas si facile de reconnaître l’émotion de son enfant.

Pouvoir écouter la sienne d’abord peut être un premier indicateur de ce qu’il peut vivre. Vous pouvez lui témoigner de ce que vous vivez et lui demander si c’est différent pour lui. N’hésitez pas également à faire des suppositions et à vous assurer auprès de lui de leur justesse.

Enfin, l’utilisation de média est précieuse. Les livres, les images, les dessins mais aussi les personnages de dessins animés sont de bons supports pour aider les enfants à s’exprimer.

Outils :

Le livre des émotions. A Mc Cardie. Salvatore Rubbino. Bayard Jeunesse.

Aujourd’hui je suis. Mies Van Hout. Mimeditions

Abécédaire des émotions. Madelana Moniz. Helium

Mathilde Tiberghien

Psychologue clinicienne, psychothérapeute familiale et conjugale. Passionnée par son métier, elle reçoit en libéral bébés, enfants, adultes mais aussi la famille toute entière.

Son parcours de thérapeute accompagnant le début et la fin de vie mais aussi le handicap, le trauma, l’autisme ou la maladie lui a permis de développer des outils créatifs adaptables à chacun.

www.mathildetiberghien.com