Maman Vogue a lu: « Ces mauvaises mères qu’on aime tant… » de Gabrielle Rubin

Maman Vogue a lu: « Ces mauvaises mères qu’on aime tant… » de Gabrielle Rubin

J’ai lu: Ces mauvaises mères que l’on aime tant… et autres textes, de Gabrielle Rubin.

Pourquoi certaines mères n’arrivent pas à aimer leur enfant ? Pourquoi manifester son amour peut être si difficile ? Pourquoi, au sein d’une même fratrie, la relation de la mère avec un de ses enfants peut être malsaine, quand celles avec les frères et soeurs ne le sont pas ?

Ces mauvaises mères qu’on aime tant est un ouvrage consacré à toutes ces questions.

Du manque d’amour d’une mère au mal d’amour d’un enfant, Gabrielle Rubin parle, avec de nombreux exemples tirés de son expérience de psychanaliste, de ces relations mère-enfant qui détruisent. Entre destruction et reconstruction, elle aborde ces nombreux récits de vie avec un ton juste, touchant, et bienveillant.

Aux origines de l’amour maternel

L’amour maternel est inné pour le bébé qui, dès sa naissance, éprouve pour celle qui l’a porté un amour immense. Cet amour se construit dès la fin du premier trimestre de la grossesse, lors des premiers vrais échanges avec la mère. Celle-ci va aimer son enfant de tout son corps et de toute sa pensée, et souhaiter, pour toujours, le meilleur pour lui.

Mais dans certains cas, la mère n’arrive pas à construire une relation d’amour.

« Comment toutes ces « mères » passent-elles de la programmation à l’instinct, de là au désir et enfin à l’amour maternel, celui que la majorité des mères humaines éprouvent pour leur nourrisson, avant même sa naissance et pour toujours ? […] Et pourquoi et comment certaines mères échappent-elles à la loi commune ? »

C’est bien à cette question que l’ouvrage tente de répondre.

Quand l’enfant dérange

Certaines grossesses ne sont pas désirées. La venue de l’enfant dérange, parfois pour des raisons matérielles et familiales difficiles. Parfois, parce que la venue d’un bébé ne correspond pas au projet de vie que la mère a élaboré pour elle-même. Une mère peut aussi ne plus vouloir donner d’amour à un autre enfant, quand elle a tout donné à l’aîné, aux aînés.

Certaines mères arriveront à surmonter leurs appréhensions et rejets initiaux, d’autres non. Les mères, normales, auront parfois envie de se détacher de leur enfant (Qui n’a jamais espéré avoir quelques minutes pour soi? Ou quelques jours pour partir seule en vacances ?), mais ce sont ici bien des mères anormales dont il s’agit. Des mères qui décident volontairement d’étouffer ou de détruire leur enfant. Parce que, tel qu’il est, il dérange…

Et c’est dès la naissance de l’enfant que celui-ci va être abandonné par ces mères « insuffisamment bonnes », rejeté, ou simplement ignoré. Certains sont reclus au fond d’un appartement, d’autres n’auront jamais droit à un regard ou un mot de la part de celle qui leur a donné la vie.

L’amour malgré tout

Malgré ces sinistres conditions pour construire une enfance heureuse, la plupart des enfants admireront leur mère et l’aimeront plus que tout. Ils lui pardonneront tout, toujours, et lui trouveront des excuses. Beaucoup la croiront parfaite. Et quand une mère parfaite rejette son enfant, n’est-ce pas parce que l’enfant est fautif ? C’est justement cette idée destructrice qui s’immisce dans les jeunes esprits de ces enfants mal aimés…

Parce que le « moi » narcissique n’a pas été correctement construit, l’enfant puis l’adulte mal aimé sera souvent pathologiquement timide. Bien que fiable dans son travail, il n’inspirera bien souvent ni sympathie ni mépris.

La suite ne sera que tragédie : l’enfant cherchera toute sa vie (même devenu adulte) à obtenir de sa mère un sourire, une caresse, ou un mot tendre. Il n’en obtiendra rien (parfois même jusque sur son lit de mort !) et continuera éternellement à s’auto-détruire en pensant qu’il ne vaut rien.

Mourir pour reconstruire

De cette relation malsaine, mère et enfant deviennent dépendants. Gabrielle Rubin nous explique comment, de cette relation, une seule issue peut advenir. Cette issue, c’est la mort (physique ou psychique) de l’un des deux membres.

C’est en s’affranchissant de l’amour de leur mère que certains ont trouvé le chemin du bonheur. D’autres ont commencé à vivre après la mort de celle-ci. C’est en se suicidant que certains ont mis fin à une vie de souffrances. Mais heureusement, c’est aussi en mettant des mots sur leurs maux que d’autres encore, ont pu comprendre que c’était la relation qu’ils entretenaient avec leur mère qui les détruisait, et qu’ils ont pu agir.

La psychanalyse : un retour sur soi bénéfique pour ces enfants devenus adultes

Etre reçus en consultation pour parler de soi permet à certains, grâce au pouvoir des mots, d’établir des parallèles entre ce qu’ils ont vécu enfant, et que qu’ils redoutent de vivre adultes, ou ce qui les empêche de s’accomplir véritablement. Le patient, dont la démarche est personnelle, sait que quelque chose l’empêche de vivre, et peut entamer une démarche de recherche, pour trouver et supprimer la cause de son malheur.

Par le langage, il fait passer ses angoisses, nichées dans son inconscient, jusque dans son conscient. Dès lors, il ne lui reste plus qu’à opposer sa raison à ses angoisses lorsque celles-ci réapparaissent! Mais pour les mettre en lumière, il faut du temps. Qu’il est difficile de reconnaître que notre mère nous a fait du mal ! Et qu’il est humiliant de reconnaître que l’on recherche constamment (et vainement) un amour que l’on a jamais eu !

Mais c’est cette prise de conscience qui permet de passer des ténèbres à la lumière, de la tristesse à la joie, de la mort à la vie.

« Une part de notre énergie psychique […] sert à empêcher le souvenir indésirable de faire surface. C’est donc en ramenant à la mémoire les souvenirs refoulés, qui étaient jusque-là tapis dans l’inconscient, que l’on récupère une importante quantité d’énergie libre que l’on peut dès lors affecter à des tâches plus utiles. »

Ces mauvaises mères… et autres textes

Une seconde partie de l’ouvrage est consacrée à d’autres thématiques, liées avec la recherche d’amour, de bonheur, de reconnaissance. Elle parle de ce qui détruit, et de ce qui construit. Vingt-et-un textes nous permettent de réfléchir sur des sujets aussi variés que la mort, la culpabilité, les dénis, la souffrance, l’empathie et la sympathie, le narcissisme, le complexe d’Oedipe. Les concepts de loi, de complot, de mal et de bien y sont aussi abordés, avec des exemples concrets en écho avec l’actualité (l’euthanasie, la GPA, …). Enfin, nous sommes aussi amenés à réfléchir sur nos comportements : Pourquoi sommes-nous incapables d’aider certains amis en détresse ? Qu’attendons-nous d’un président « exemplaire » ? Sommes-nous adeptes de la pensée unique ? Pourquoi faisons-nous parfois le « mal » au nom du « bien » ?

Ces nombreux éclairages nous ouvrent les yeux sur un monde que l’on connaît mais que nous n’interrogeons pas toujours… Et que cela fait du bien !

Avec Ces mauvaises mères qu’on aime tant…, Gabrielle Rubin ouvre les portes d’un monde méconnu : celui de la maternité bafouée et, plus généralement, de la quête de tout homme de trouver le bonheur, celui qui dure, qui pardonne, et qui fait avancer.

Maëlle Margail.

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