« J’ai accouché en pleine épidémie du Covid-19 de mon quatrième »

« J’ai accouché en pleine épidémie du Covid-19 de mon quatrième »

C’est encore dans ma chambre de la maternité que je vous livre mon témoignage de « fraîche accouchée » de 2 jours !

Nous habitons en Allemagne, et mon terme (français) était prévu le jour de Pâques.
Une petite quatrième, que j’étais loin d’imaginer mettre au monde 3 semaines à l’avance et dans ces conditions…

Après une rupture de la poche des eaux , nous sommes: mon mari, mon bidou et moi, partis à la maternité en espérant que ce qu’on nous disait sur l’absence des pères n’était pas encore en vigueur.

Hélas, à peine arrivé devant les portes le message était clair : pas d’accompagnant !

Là, j’ai senti mon coeur se déchirer …

Malgré mon expérience (je suis sage-femme et ayant accouché trois fois !), je tremblais, tous mes plans s’effondraient, un grand vide était là devant moi…

Ces fichues portes qui se refermaient sur la personne dont j’avais le plus besoin dans ce moment de vie de femme.
Comment allais-je traverser seule ce long chemin qui m’attendait ? À quoi allais-je m’accrocher ?
Et mon homme ? Comment allait-il pouvoir se préparer à être père une quatrième fois en étant si loin?

Et là, en trainant ma valise et mon malheur, j’ai l’ai sentie, cette petite vie, j’ai senti cette petite flamme d’espoir et de ressource.
Je ne suis pas seule, elle est là et c’est ensemble que l’on va vivre cela. 

Heure après heure, c’est un ensemble de petites choses qui reviennent en mémoire… comme une boite à outils, je pioche dedans : cours de sophrologie, cours d’autohypnose, pleine conscience, messages remplis de réconfort d’amis, de conseils de chacune, musique , mouvements… je me mets dans ma bulle.

Le corps se souvient, il sait ce qu’il a à faire, les sensations parlent et l’esprit n’a qu’une chose à faire : lâcher prise!

La machine est lancée, pas de marche arrière possible, alors je la laisse avancer centimètre par centimètre.  Confiance en mon corps, confiance en mon bébé, confiance en la puissance de la vie et surtout confiance en moi.

Je le sais, la Femme est capable de mettre au monde son petit, à une condition : se sentir en sécurité !

Alors je fais tout pour la trouver cette clefs, je me raccroche à ce que je peux, l’équipe : si bienveillante malgré la barrière de la langue ( l’intention des gestes fait beaucoup plus que les paroles dans ces moments-là), les messages d’encouragement de copines, ces contractions qui me montrent que mon corps se laisse faire par ce cocktail hormonal si capital !

Une bonne nouvelle arrive, mon mari sera admis en salle uniquement, et ne devra pas en sortir durant tout l’accouchement.  Cela suffit pour que la clefs saute et que mon travail s’accélère ( trop vite ; je voulais la peri !).

La puissance du corps est incroyable.

La puissance de cette petite vie nouvelle malgré la douleur intense, me font sentir pleinement vivante.

Et là je comprends : dans cette abandon total, entre les cris, les morsures (mon pauvre homme), le sang, l’eau : je suis forte. 

Je ne suis pas seule mais avec les milliers de femmes qui comme moi donnent tout pour faire naître l’espoir et la vie.

Victoria est là ! On a traversé !
Son père doit quitter la salle d’accouchement.
Heureusement les hormones jouent leurs jobs et me consolent.

Nous voilà confinées en maternité dans notre bulle depuis deux jours… dans un calme qui, pour une mère de famille nombreuse est un précieux cadeau.

J’essaie de savourer ces têtes à têtes avec ma fille et de les ancrer dans ma mémoire.

Quand le tourbillon quotidien aura repris ses droits et que la culpabilité de ne pas être assez disponible pour elle pointera, alors je me rappellerait ces moments, de lien mère-fille inoubliable et si particulier.

Oui les grands, n’ont pas vu leurs petite soeur, oui mon mari a dû oublier à quoi elle ressemble en vrai, oui ses grands -parents ne la prendront pas dans leurs bras avant ses 2 mois (on ne sait pas quand l’Allemagne ouvrira à nouveau ses frontières).

C’est son histoire, et je lui raconterai comment elle est arrivée comme un grand rayon de soleil !

Cette annonce à fait déferler énormément de réactions dans notre entourage et beaucoup d’amis nous ont témoigné combien cela les réconfortaient dans ses temps compliqués.

Jamais nous n’avions reçu autant de félicitations et de messages de personnes autour de nous…
Victoria, remplis déjà son petit rôle, à savoir booster l’immunité en redonnant espoir.

Voilà notre traversée, nous allons en entamer une autre à présent, mais avec confiance et en gardant en mémoire qu’on à tous des clefs pour y arriver !

Alors à vous les mamans, qui allez à votre tour prendre ce passage, confiance en vous !
C’est l’histoire de votre petit, et vous pouvez être fière !

Puisez dans toutes vos personnes ressources, dans tout ce que vous avez reçu de cours de préparation, conseils et messages d’encouragement de copines.

Stoppez les médias et leurs lots de mauvaises nouvelles.

Positivez malgré la situation !
Ecouter votre corps vous parler.

Faites confiance à l’équipe qui sera certainement deux fois plus attentive, vous verrez l’ocytocine va bien faire son job, vous serez en sécurité !

Allez go, vous êtes une guerrière et ce combat vous allez le gagner !
À votre tour, je vous passe le relai de cette flamme d’espoir que nos enfants nous demandent de transmettre.

Vive les mères veilleuses !

 

📸 @monetnicolebirths